#MeToo: «Difficile de se débarrasser de lui sans risquer de l’énerver», des joggeuses témoignent du harcèlement de rue

UN AN APRES, VOUS TEMOIGNEZ Un an après le début de l’affaire Weinstein et la création du mouvement #MeToo, les femmes sont toujours harcelées lors de leur jogging. Une course organisée à Paris veut « réhabiliter le mot “Non” »…

Floréal Hernandez

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Une joggeuse. (Illustration)
Une joggeuse. (Illustration) — Shutterstock/SIPA
  • 43 % des 2.533 femmes qui ont témoigné pour une étude en ligne du magazine américain The Runner’s World déclarent avoir été victimes de harcèlement lors d’un jogging. 30 % ont été suivies.
  • « Coups de klaxon », « sifflements », « remarques » pavent le jogging de nombreuses femmes.
  • Le 13 octobre, la Sine Qua Non Run est organisée au parc de La Villette, une course « ouverte aux femmes et aux hommes pour montrer que la société est prête à évoluer vers plus d’égalité et de respect ».

Elles courent avec des freins. De nombreuses femmes font le choix de ne pas courir de nuit ou font attention à avoir une tenue neutre pour leur jogging. Car elles se méfient de l’espace public. Une étude réalisée en ligne par le magazine américain The Runner's World en 2016 indiquait que 43 % des 2.533 femmes interrogées avaient été victimes de harcèlement lors d’une de leur sortie en baskets. Contre 4 % des 2.137 hommes consultés.

« Quand on court, on est dans une situation de faiblesse : essoufflée, toute rouge, en short et t-shirt. Les réflexions sont généralement humiliantes », note Lucie, 27 ans et qui court une à deux fois par semaine à Paris. Les remarques lancées aux joggeuses peuvent aussi avoir un caractère sexuel, 18 % des sportives interrogées par The Runner’s World ont déclaré en avoir reçu.

« Il a couru à côté de moi pendant un moment »

Les remarques entendues lors de ses sorties footing, Clémence s’y habitue « comme pour le harcèlement de rue ». La jeune femme de 27 ans adepte des sorties running à Saint-Ouen ou dans l’Est parisien constate : « Je m’arrête plus facilement pour répondre à une réflexion quand je marche que quand je cours. »

Nancy, une internaute de 20 Minutes, explique avoir été suivie par un homme, comme 30 % des femmes ayant témoigné dans l’étude en ligne de The Runner’s World. « Pour faire le malin, il a couru à côté de moi pendant un moment et me parlait. Difficile de s’en débarrasser sans risquer de l’énerver. »

La joggeuse de Deuil-la-Barre (Val-d’Oise) évoque aussi « les coups de klaxon des camions », « les sifflements », « les paroles de ces messieurs : “Allez ! Plus vite !”». Elle précise : « Tout ça bien sûr alors que je prends soin de ne pas m’habiller sexy pour éviter cela justement. »

« Réhabiliter le mot “Non” »

« Courir avec des freins, ce n’est pas normal. On doit se réapproprier l’espace public », lance Mathilde Castres, une des organisatrices de la Sine Qua Non Run, qui a lieu le 13 octobre. Cette course – de 6 ou de 10 km – est ouverte aux femmes et aux hommes (déjà plus de 700 inscrits et l'ambition d'atteindre les 1.000) et « 100 % des bénéfices seront reversés à des associations qui accompagnent les personnes victimes de violences sexuelles dans leurs démarches administratives et juridiques, dans leur reconstitution physique, mentale, professionnelle ».

« On veut aller vers une société plus respectueuse où les rapports hommes-femmes sont fondés sur la bienveillance », explique Mathilde Castres. L’association créée une semaine après la révélation de l'affaire Weinstein veut « réhabiliter le mot “Non” en lui redonnant du sens, de la force et du poids. Pour qu’il soit dit, entendu et respecté car c’est une condition sine qua non pour redéfinir les relations femmes - hommes, pour lutter contre les violences sexuelles ».

Depuis début août, il existe une contravention pour outrage sexiste

La Sine Qua Non Run se courra à la tombée de la nuit – « un moment où certaines, certains se sentent menacé.es », explique Mathilde Castres – et dans le parc de La Villette, « un lieu familial, ouvert, qui nous permettra de sortir de Paris pour aller à Pantin », poursuit l’organisatrice. Car le harcèlement des joggeuses ne se limite pas au périphérique. « Le phénomène est très urbain », juge Lucie qui en discutant se souvient de « coups de klaxon » sur les routes des Landes.

En réponse à l'appel à témoignages lancé par 20 Minutes sur le harcèlement lorsque l’on court, de nombreux trolls se sont exprimés. L’une d’elle a commenté sur Facebook : « Ça devient soûlant tout ça, laissez-nous vivre tranquille. La drague a toujours existé. » Ce à quoi lui a répondu une autre femme : « La drague OK. Mais quand on insiste et on insulte, ce n’est pas normal. »

Depuis début août, la loi renforce la lutte contre les violences sexistes et sexuelles avec la création d’une contravention pour outrage sexiste​. L’amende est comprise entre 90 et 750 euros et le coupable peut être condamné à accomplir des peines complémentaires : stage de lutte contre le sexisme et de sensibilisation à l’égalité entre les femmes et les hommes, stage de citoyenneté…