Marseille: Face aux pressions politiques, l'Aquarius veut mobiliser pour sauver son pavillon

SAUVETAGE SOS Méditerranée lance un appel à la mobilisation ce samedi en Europe pour que l’Aquarius garde son pavillon panaméen…

Adrien Max

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L'Aquarius au large de Marseille, son port d'attache.
L'Aquarius au large de Marseille, son port d'attache. — Claude Paris/AP/SIPA
  • SOS Méditerranée lance un appel à la mobilisation ce samedi pour faire pression sur les politiques alors que la situation de l’Aquarius est critique.
  • Le Panama, sous la pression de l’Italie, souhaite retirer son pavillon à l’Aquarius.
  • L’ONG espère une pression politique pour faire changer d’avis au Panama, et que l’Aquarius reprenne la mer le plus rapidement possible.

Il faut sauver le soldat Aquarius. Cinq ans jour pour jour après le drame de Lampedusa, et la prise de conscience européenne sur ce qui se joue en Méditerranée, SOS Méditerranée lance un appel à la mobilisation. Les citoyens sont appelés à se réunir ce samedi dans plusieurs villes de France et d' Europe, vêtus de la couleur orange, des gilets de sauvetage.

Une mobilisation pour sauver l’Aquarius, le bateau que l’ONG européenne affrète avec Médecins du Monde, alors que la situation est « critique », selon Sophie Beau, la directrice de l’ONG. « Je n’utilise pas ce mot pour exagérer, c’est bien le cas. Il n’y a actuellement plus aucun navire de sauvetage en mer Méditerranée, même la plupart des navires militaires se sont retirés. A part l’Aquarius », affirme Sophie Beau. Et bientôt il se pourrait même que le navire de sauvetage reste à quai.

23 % de la flotte mondiale VS l’Aquarius

Alors que le Panama lui a délivré un pavillon en août, le pays est revenu sur sa décision. « On a compris, par les communiqués du Panama, qu’ils avaient reçu des pressions de l’Italie, les menaçant de ne plus laisser l’accès aux navires panaméens à leurs ports. Or, ils représentent 23 % de la flotte mondiale. C’est l’Aquarius, contre 23 % de la flotte mondiale », résume Sophie Beau.

« Le Panama avance la défense de ses intérêts et sa sécurité nationale pour justifier ce retrait. Mais il n’y a absolument aucune menace. Ils jouent sur l’ambiguïté des "intérêts de l’Etat", ce qui offre une marge d’interprétation », explique Alina Miron, professeure de droit international à l’université d’Angers.

Sans parler de l’argument de l’Italie selon lequel l’Aquarius serait en infraction aux lois sur l’immigration et les réfugiés. « Si infraction aux lois il y avait, pourquoi les autorités italiennes ont-elles longtemps demandé à l’Aquarius d’intervenir ? Pourquoi n’ont-elles jamais initié de procédure pénale ? Car le gouvernement sait que l’accusation est creuse et sans fondement », avance la professeure.

Un changement complexe

Après son arrivée à Marseille, prévue dans la matinée de jeudi, il se pourrait que la situation s’éternise. « Le changement de Pavillon entre Gibraltar et le Panama nous avait déjà obligés à rester à quai pendant près de 20 jours. Avec un pavillon plus contraignant, on peut imaginer que ça prendra encore plus de temps », explique Frédéric Penard, directeur des opérations.

Car les pavillons dépendent des règles nationales. « Celles du Panama sont assez souples, elles respectent les règles minimales du droit international. La fiscalité est plus souple, le droit des marins également. Il n’est par exemple pas nécessaire de se rendre au Panama pour être immatriculé », précise Alina Miron.

« Faire changer d’avis le Panama »

Même si un pays européen lui offrait son pavillon, rien ne dit que l’Aquarius remplirait les conditions. « Elles sont très complexes. Il est probable que nous ne remplissions pas celles pour battre pavillon français. Rien que par l’âge du navire, qui a 43 ans, alors que beaucoup d’états européens refusent d’immatriculer des bateaux de plus de 15 ans », considère Sophie Beau.

L’espoir d’SOS Méditerranée repose désormais sur la mobilisation de ce samedi. Une mobilisation « apolitique, humaniste et solidaire pour réclamer le respect de la vie et du droit maritime international ». Une mobilisation, aussi, pour mettre la pression sur les états européens. « La prise de position de l’Italie est très politique, c’est pourquoi nous réclamons le même type de réponse. Il faut que les citoyens, les parlementaires, les états, jouent de la même pression pour faire changer d’avis le Panama », espère Sophie Beau, qui considère qu’il est encore temps.