Paca: Des travailleurs détachés agricoles réduits en «esclavage»?

AGRICULTURE Le procès qui s’ouvre ce jeudi devant les prud’hommes d’Arles est très attendu par la CGT, qui veut mettre fin à une « omerta »…

Mathilde Ceilles

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Un ouvrier agricole (photo d'illustration)
Un ouvrier agricole (photo d'illustration) — P. Magnien / 20 Minutes

L’audience se tiendra vers 13 heures, devant le conseil des prud'hommes d' Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Ce jeudi, cinq travailleurs détachés marocains attaquent leur société d’intérim espagnole, ainsi que cinq donneurs d’ordre français, pour licenciement abusif.

Ces Marocains travaillaient au moment des faits pour plusieurs exploitants agricoles ou entreprises d’emballages agricoles dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et le Gard, rapporte Mediapart. L’une d’entre eux affirmait à nos confrères avoir travaillé dans des conditions particulièrement difficiles, exercant 200 heures par mois et sans aucune protection sociale.

Devant les prud’hommes se tiendra un rassemblement de soutien​, à l’appel de la CGT​. Le syndicat attend en effet beaucoup de cette audience, qui contribuerait à briser une « omerta », selon les termes de Stéphan Dainotti, responsable fédérale de l’union régionale des syndicats CGT de l’agroalimentaire et forestiers, pour qui « cette situation de surexploitation est loin d’être un cas isolé ». « Il faut envoyer un message fort », affirme-t-il, face à ce qui est selon lui une forme de « dumping social ».

Employés par des boîtes d’intérim espagnoles

« On voit une hausse de l’utilisation de ces travailleurs dans le nord des Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et le Var, explique-t-il. Les employeurs français ont tendance à utiliser des prestataires de services qui font débarquer dans les exploitations des travailleurs issus d’Amérique Latine ou du Maghreb. »

« Les exploitants agricoles font face à une pénurie de main-d’œuvre, analyse Frédéric Bertorello, maraîcher à Grans et membre du bureau de la confédération paysanne des Bouches-du-Rhône. Et certains utilisent ces boîtes d’intérim, car elles leur proposent des travailleurs moins cher que le prix du marché, ou quasi équivalent, mais avec une certaine souplesse qu’offre l’intérim. »

« Je ne peux pas condamner les personnes qui emploient des travailleurs détachés car il y a des besoins, abonde Patrick Lévêque, président de la FDSEA 13. Mais ils doivent respecter la législation. »

« De l’esclavagisme »

Le hic ? Selon la CGT, en Paca, certains travailleurs détachés se trouveraient dans des situations proches de « l’esclavage ». « On a par exemple le cas d’Equatoriens qui travaille dans les champs six à sept jours par semaine, 10 à 12 heures par jour, logés dans des mobil-homes à plus de huit, avance Stéphan Dainotti. On a vu à Châteaurenard que certains travailleurs détachés étaient interdits de tout lien social avec l’extérieur sans être accompagné par des chefs d’équipe, y compris pour ne faire que de simples courses. »

Et d’avancer : « ces travailleurs sont abusés depuis le début. La société d’intérim leur facture toute une série de services, en retenant une partie de leur rémunération, et c’est à peine s’ils ne se retrouvent pas avec des salaires négatifs ! C’est du racket auprès d’une main-d’œuvre malléable et sans aucun recours. » « Comme ils sont employés par des boîtes d’intérim espagnoles, c’est assez opaque pour savoir s’ils sont bien rémunérés », abonde Frédéric Bertorello.

Un système organisé de fraude dans le Vaucluse

En juillet 2017, une opération de l’inspection du travail et de ses partenaires avait révélé l’existence d’un système organisé de fraude dans le secteur de l’agriculture dans le Vaucluse. Selon un communiqué de presse de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Dirrecte), « les contrôles effectués ont mis en évidence une violation manifeste et organisée des droits fondamentaux et des abus de la vulnérabilité de ces salariés […]. »

La Dirrecte avait notamment constaté « des durées de travail allant jusqu’à 260 heures mensuelles avec le non-respect des repos hebdomadaires, des salariés qui travaillent 30 jours sur 30 plusieurs mois consécutifs, ou le non-respect des règles sociales d’ordre public tel que le SMIC. »

«La Dirrecte fait plusieurs contrôles, et ce cas est un cas particulier, tempère Patrick Lévêque. Ce type de dérives, importantes, ne doit pas faire l'objet d'une généralisation quant à la situation des travailleurs détachés agricoles. »

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