Lyon: Père d'une enfant handicapée, il crée un collège adapté aux adolescents atteints de troubles intellectuels et cognitifs

HANDICAP L’établissement privé, baptisé Nescens, doit ouvrir en janvier à Caluire, près de Lyon, et pourra accueillir une vingtaine d’élèves en situation de handicap intellectuel et cognitif…

Elisa Frisullo
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Un collège pour adolescents souffrant de troubles intellectuels et cognitifs doit ouvrir en janvier 2019 à Caluire, près de Lyon. Illustration.
Un collège pour adolescents souffrant de troubles intellectuels et cognitifs doit ouvrir en janvier 2019 à Caluire, près de Lyon. Illustration. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Un collège privé pour adolescents atteints de troubles intellectuels et cognitifs doit ouvrir à Caluire, près de Lyon, en janvier.
  • Ce projet est né à l’initiative d’un père de famille, confronté au manque de structures adaptées pour certains collégiens handicapés, comme sa fille.
  • L’établissement n’est pour l’heure pas reconnu par les autorités académiques.

C’est en constatant par lui-même le manque de dispositifs existants pour scolariser les adolescents handicapés que l’idée lui est venue de créer un nouvel établissement. En janvier, un collège, baptisé Nescens, et destiné aux enfants souffrant de troubles intellectuels et cognitifs, doit ouvrir à Caluire, près de Lyon, à l’initiative d’un père de famille.

Entrepreneur à Lyon et papa d’Avril, une fillette de 12 ans souffrant d’un retard mental, Sébastien s’est investi pendant plusieurs mois pour donner naissance à son projet et convaincre des professionnels de l’éducation et du handicap de rejoindre l’aventure. « En maternelle et en primaire, la scolarisation des enfants en situation de handicap en milieu ordinaire se fait bien. Mais, à 12 ans, au moment du passage au collège, cela devient très compliqué pour les enfants présentant des troubles intellectuels et cognitifs », explique ce Lyonnais de 45 ans.

Construire la « brique manquante »

Dans les collèges ordinaires, les places en classe Ulis sont toujours insuffisantes, malgré des efforts ces dernières années. Et les instituts médicaux éducatifs (IME), où les places sont comptées également, ne sont pas toujours adaptés à ces enfants. « Ces structures sont beaucoup dans le soin, il y a peu de place pour le temps scolaire. Or, s’ils ne sont pas stimulés, ces petits perdent vite en matière d’apprentissage », estime ce père de famille, soucieux de créer « la brique manquante » aux dispositifs existants.

Dès janvier, une vingtaine d’élèves pourra être scolarisée à Nescens, où deux enseignantes, issues de l’éducation spécialisée, et deux éducateurs ont été recrutés. Des intervenants extérieurs interviendront également pour assurer des séances d’art-thérapie, des activités sportives ou encore de l’ergothérapie.

« L’objectif est de les rendre les plus autonomes possible, en leur donnant les bases indispensables, comme la lecture et l’écriture, pour qu’ils puissent se débrouiller. Mais l’autonomie n’est pas tout. Nous voulons qu’ils soient épanouis et intégrés dans la société », indique Christel Martin Borie, directrice et enseignante du futur collège, également maman d’une enfant déficiente mentale.

Une levée de fonds prévue pour baisser les frais de scolarité

Le temps de classe se partagera entre des apprentissages communs et des cours par niveaux, avec des « objectifs réalistes » adaptés à chaque élève. Les pédagogies classiques et nouvelles, à l’instar de la méthode Montessori ou Freinet, auront toute leur place dans cet établissement privé hors contrat. Les autorités académiques ont été averties de la création de l’établissement. Tout comme la Maison départementale des enfants handicapés du Rhône.

« L’objectif est que Nescens passe rapidement sous contrat et que les familles puissent bénéficier d’une prise en charge de la MDPH. Nous sommes convaincus que nous aurons davantage de soutien quand nous aurons fait nos preuves », ajoute Sébastien, qui pour l’heure investit seul pour concrétiser son projet.

500 euros par mois de frais de scolarité

Pour inscrire leurs enfants, les parents devront débourser 500 euros par mois. Des frais de scolarité, moins élevés que dans certaines écoles privées pour enfants handicapés, qui restent toutefois très considérables. Pour diminuer la facture des familles, l’association Nescens, qui évalue à 100 000 euros le budget annuel de fonctionnement du collège, a prévu de lancer prochainement une levée de fonds. Et espère convaincre les collectivités de soutenir financièrement la démarche.

« Nous ne souhaitons pas que ce collège soit pour les élites. Il faut que toutes les familles concernées puissent y avoir accès », ajoute l’entrepreneur, dont la fille est accueillie dans une école privée pour jeunes autistes jusqu’à l’ouverture de Nescens. « Cela coûte 850 par mois. J’ai la chance de pouvoir lui offrir, mais je sais que beaucoup d’autres n’en ont pas les moyens. »

A quatre mois de son ouverture, le collège compte quelques inscrits, selon ses responsables. Des enfants autistes ou présentant des troubles intellectuels, auxquels devraient s’ajouter des adolescents atteints de troubles du comportement, pour lesquels peu d’établissements adaptés existent.