Bouches-du-Rhône: «A force de jongler, on fait mal notre boulot», les directeurs d’école n’en peuvent plus

EDUCATION Les directeurs d’école des Bouches-du-Rhône tirent la sonnette d’alarme quant à leurs conditions de travail…

Adrien Max

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Illustration d'un couloir dans une école élémentaire.
Illustration d'un couloir dans une école élémentaire. — C. Allain / 20 Minutes
  1. Des directeurs d’école élémentaires des Bouches-du-Rhône dénoncent la situation intenable dans laquelle ils se retrouvent. Depuis la disparition des emplois aidés à l’été 2017 leurs tâches deviennent de plus en plus insurmontables.
  2. Près d’un quart des directeurs d’école sont en burn-out en France.
  3. Cette problématique a été inscrite à l’agenda social du gouvernement, et elle devrait être abordée en janvier 2019.

Un directeur d’école sur quatre souffre de burn-out en France. Face à cette situation, et pour ne pas pénaliser les élèves et leurs familles, les directeurs d’école des Bouches-du-Rhône ont choisi de transmettre à leur hiérarchie des fiches « danger grave imminent », plutôt que de faire grève.

« Nous avons appris qu’aucune des fiches n’avait été enregistrée par le Comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). C’est pourquoi nous avons décidé d’alerter la presse, la situation n’est plus tenable », dénonce Carole Gelly, secrétaire départementale de l’UNSA.

Certains abandonnent

Déjà très compliquée depuis plusieurs années, leur situation s’est encore aggravée depuis 2017, et la suppression progressive des emplois aidés. « Beaucoup abandonnent face à la charge de travail alors qu’il souhaiterait poursuivre cette tâche. A tel point que le rectorat est obligé de nommer d’office certains directeurs », explique Michel Touin, directeur d’une école de 11 classes, et délégué syndical.

En fonction du nombre de classe, le temps de détachement du directeur, qui est aussi enseignant, varie. Mais pour Fanny Apotheloz-Selles, directrice de l’école élémentaire Ruffi à Marseille – et aussi déléguée syndicale –, qui est pourtant détachée à 100 % sur son poste de directrice, cela ne suffit pas.

Nous devons absolument tout gérer, le relationnel avec les collègues, avec les parents d’élèves, l’administratif, des enquêtes pour le rectorat, le moindre problème de sonnerie. Ce qui m’oblige même à travailler tout le mercredi et le dimanche après-midi pour venir à bout de toutes ces tâches. »

Manque de moyens

Des obligations qui ont des conséquences sur les élèves. « On a l’impression de mal faire notre boulot de directeur, et d’enseignant, à force de jongler », détaille Michel Touin. « Depuis les attentats, ils ont installé l’interphone dans ma classe. Les élèves ont donc la sonnerie de l’interphone toute la journée dans les oreilles », ajoute Marc Dol, directeur de l’école Jules Ferry d’Aix-en-Provence et délégué syndical.

Ils dénoncent tous un manque criant de moyens, et réclament une refonte du système scolaire. « Je n’ai plus Internet à l’école depuis cet été car le modem a grillé à cause de la foudre. Pour les évaluations des CP et CM1, qui nécessitent une application, ils m’ont installé un tout petit modem qui n’est pas suffisant », dénonce Michel Touin. Une autre directive explique venir avec son propre ordinateur et son téléphone, qui lui sert de réseau Internet. « La plupart du temps on se retrouve bloqué entre les municipalités, dont dépendent les écoles élémentaires, et le rectorat. C’est un véritable casse-tête », ajoute Fanny Apothéloz-Selles.

Agenda social du gouvernement

Certaines écoles sont presque similaires, en nombre d’élèves, à des collèges. Pourtant ils disposent d’un principal, d’un principal adjoint, de CPE, de secrétaire, quand le directeur d’école doit faire face seul.

Ce malaise est si présent que les députées Cécile Rilhac (LREM) et Valérie Bazin-Malgras (LR) ont été missionnées pour faire un état des lieux de la situation. Elles pointent également un mal-être des directeurs, lié à un manque de moyens, notamment. Et proposent certaines mesures comme une décharge plus importante, ou des enseignements sans classe attitrée, mais surtout la nécessité de repenser une nouvelle organisation pour les écoles.

Cette problématique a été inscrite à l’agenda social du gouvernement, qui devrait aborder cette question en janvier 2019. Mais les directeurs préviennent, ils ne tiendront jamais une deuxième année avec si peu de moyens.