Islam de France: «Le défi du Conseil français du culte musulman, c'est la communication»

INTERVIEW Ahmet Ogras, le président du CFCM, revient pour 20 Minutes sur la nouvelle stratégie de communication de son organisation...

Mathilde Cousin

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Ahmet Ogras, le président du Conseil français du culte musulman, en janvier 2016.
Ahmet Ogras, le président du Conseil français du culte musulman, en janvier 2016. — JOEL SAGET / AFP
  • Enseignement de l’arabe dans les mosquées, suivi des flux financiers dans l’islam, organisation d’un « congrès des musulmans de France »… Ahmet Ogras, président du CFCM, revient sur les dossiers de la rentrée.
  • Ahmet Ogras désavoue les préconisations de l’institut Montaigne, qui recommandait, en autres, de « taxer le halal ».

Edit : La phrase « Il faut que les mosquées soient en lois 1905 le plus possible » a été modifiée. Une précédente version évoquait la loi de 1901.

La rentrée a été chargée pour le Conseil français du culte musulman (CFCM) : participation à des assises territoriales de l’islam de France voulues par le ministère de l’Intérieur, organisation d’un congrès des musulmans de France… Le CFCM s’est aussi étonné et opposé aux préconisations d'un rapport de l'institut Montaigne, publié début septembre, qui recommandait la création d’une « taxe halal », une réorganisation des flux financiers dans la communauté musulmane ou encore le renforcement de l’apprentissage de l'arabe à l'école. Ahmet Ogras, le président du CFCM, revient pour 20 Minutes sur la nouvelle stratégie de communication de son organisation et sur les préconisations de l’Institut Montaigne.

Dans son rapport publié par l’institut Montaigne, Hakim El Karoui rappelle​ que des cours d’arabe sont donnés dans les mosquées. Quel est l’état de l’enseignement de l’arabe dans les mosquées et les centres cultuels ?

Aujourd’hui, l’enseignement de la langue arabe est assez institutionnalisé. Il est dispensé par des associations loi 1901. La mosquée a un rôle social et culturel auprès de ses fidèles. L’arabe est une grande langue. L’arabe, c’est la langue de l’avenir, c’est la langue des débouchés professionnels. N’ayant pas accès à ces cours au sein de l’école de la République, ces gens ont demandé à apprendre l’arabe (seulement 0,20 % des collégiens et des lycéens apprenaient l’arabe avec l’Education nationale en 2016-2017).

Qui apprend l’arabe dans ces cours ?

Les adultes musulmans l’apprennent pour avoir accès à la culture des parents, des grands-parents. Certains adultes apprennent l’arabe parce qu’ils viennent d’entrer dans l’islam. 

L’estimation de 80.000 élèves apprenant l’arabe dans les mosquées, une statistique avancée par le ministère de l’Intérieur et reprise dans le rapport de l’institut Montaigne, est-elle juste ?

Il n’y a jamais eu de chiffrage officiel il y a dix ou vingt ans et il n’y en a toujours pas aujourd’hui. L’enseignement est fait dans des salles de classe, il est ouvert à tous, il est plus visible qu’auparavant.

Le CFCM a été associé aux assises territoriales de l’islam de France, qui se sont déroulées cet été dans les départements. Qu’en tirez-vous ?

Mardi, nous avons déjeuné avec le ministre de l’Intérieur. Il a reçu un quart des synthèses faites par les préfets. Ce qui est important, c’est que ça s’est très bien passé. Cela nous a permis que tout se fasse naturellement au sein du CFCM et des CRCM. Cette transformation [du CFCM] elle est en train de se faire. Le CFCM doit se réformer et être encore plus professionnel. On a créé l’association pour le financement et le soutien du culte musulman pour permettre de tracer, de fluidifier les ressources de ce culte.

Le seul souci, c’est la communication. Nous ne savons pas communiquer. C’est le défi pour les prochaines années.

Vous souhaitez organiser un « Congrès des musulmans de France »…

Il se tiendra le 25 novembre à l’institut du monde arabe (à Paris). On a fait l’annonce pour que chacun voie le dynamisme. Dans les prochaines semaines, on va faire l’annonce du contenu.

Ces initiatives ne viennent-elles pas répondre aux demandes du gouvernement ?

Cela ne vient pas en réponse. Le culte musulman ne répond pas des exigences des politiques. Par contre, les politiques sont là pour accompagner et ne pas laisser d’espace libre aux populistes.

Le rapport de l’institut Montaigne propose de taxer le halal. Qu’en pensez-vous ?

Quand on parle du mot « taxer », cela montre qu’on veut faire de l’ingérence. L’auteur de ce rapport est en train de donner des mesures, mais des mauvaises mesures. C’est un lobbyiste qui a une feuille de route. Son rapport n’a pas été relayé par des partis républicains, mais par l’extrême-droite.

Comment mieux tracer les flux financiers qui circulent pour financer l’islam ?

Aujourd’hui, dans la pratique, le suivi se fait. Il faut que les 2.500 mosquées de France soient en loi 1905 le plus possible. Aujourd’hui, avec le déficit qu’on a sur l’image de l’islam et des musulmans en France, il faut que nous en fassions plus. S’il se passe quelque chose d’illégal dans un lieu de culte, j’invite les pouvoirs publics à appliquer les lois.