« L’allongement du congé de paternité et d’accueil à l’enfant serait profitable à toute la société »

VOUS TEMOIGNEZ Après l'ouverture du congé de paternité et d'accueil à l'enfant aux couples de même sexe, Charlotte, mariée à Melissa explique pourquoi il lui semble nécessaire d'en allonger la durée... 

Nils Wilcke

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Les couples de femmes peuvent bénéficier du congé de paternité et d'accueil à l'enfant depuis 2013.
Les couples de femmes peuvent bénéficier du congé de paternité et d'accueil à l'enfant depuis 2013. — Pixabay

L’allongement du congé du second parent, pour le moment, c’est non. Le premier ministre Edouard Philippe a douché les espoirs de nombreux parents en annonçant le report de la réforme du congé de paternité et d’accueil à l’enfant, le 20 septembre dernier. De leur côté, les internautes de 20 Minutes qui ont répondu à notre appel à témoignages se sont largement prononcés en faveur d’un congé paternité plus long.

C’est aussi le cas de Charlotte. Pour cette jeune maman qui travaille dans le domaine de la petite enfance, ce serait même une « véritable solution ». Mariée à Mélissa, toutes deux mamans d’une petite Callie, elle fait part de leur frustration face à ces congés jugés « trop courts » pour se remettre des suites de l’accouchement et découvrir leur nouveau-né

Créé en 2002, le congé « de paternité et d’accueil du jeune enfant » accorde onze jours consécutifs pour une naissance simple et dix-huit jours pour une naissance multiple au second parent. Indemnisé par l’Assurance-maladie en fonction du salaire, ce congé reste toutefois optionnel. Les couples de même sexe peuvent bénéficier de cette disposition depuis 2013. Avant, « il n’était réservé qu’au père biologique de l’enfant et nous étions privées de ce droit », rappelle Charlotte.

« Mon épouse a dû cesser le protocole d’induction de lactation »

L’accouchement a été difficile. Le travail a duré quatre jour. Elle se souvient notamment « des nuits blanches à mettre en place des moyens d’atténuation de la douleur du pré-travail infini de la naissance ». Le travail se finira par une césarienne.

Alors onze jours « pour remettre en ordre » son domicile après cinq jours d’hospitalisation, « trouver une nouvelle organisation » et se « remettre pleinement d’une opération invasive pour assurer le bien-être de mon enfant », elle trouve ça vraiment trop court.

« Onze jours, témoigne-t-elle, c’est le temps qu’il m’a fallu pour sortir à nouveau dehors et réussir à marcher 50 mètres sans m’effondrer d’épuisement mais c’est aussi le temps qu’il a fallu à ma fille pour recommencer à prendre du poids après le démarrage d’un allaitement plus que compliqué ».

Pour permettre à son épouse de récupérer, Mélissa souhait coallaiter le bébé. Elle se préparait depuis cinq mois. Mais après tous ces efforts, « elle a dû cesser le protocole d’induction de lactation faute de temps et d’énergie », raconte Charlotte. Une déception de plus pour les deux mamans.

« La dépression du post-partum est sous-estimé dans notre société »

Au-delà de la fatigue inhérente à tous les nouveaux parents, Charlotte pose la question du rapport de la société à la maternité. « Je me demande vraiment comment j’ai pu survivre à cette période de réajustements intenses, s’interroge-t-elle. A ces tétées de nuit, complètement seule, ma femme étant épuisée par son travail, à cette césarienne, si difficile physiquement à surpasser mais aussi psychologiquement. La dépression du post-partum est sous-estimée dans notre société ».

Pourtant, Charlotte était bien informée et préparée. Cette professionnelle de la petite enfance avait longuement mûri son projet de naissance et projet parental. De part sa profession, elle porte aussi un regard précis sur ces semaines cruciales où l’on apprend à être parent et où le soutien est indispensable. C’est pourquoi elle en est persuadée, « l’allongement du congé d’accueil à l’enfant serait une véritable solution ». Elle ferait « reculer le nombre de dépressions maternelles responsables de nombreux arrêts de travail post congé maternité, diminuerait le nombre de syndromes du bébé secoué grâce à un lien d’attachement de meilleure qualité noué ». Bref, « cet allongement serait profitable non seulement à la famille, mais aussi à toute la société », conclut-t-elle.

En attendant, une pétition allant dans ce sens a été lancée par des collectifs féministes avec le soutien de 160 personnalités dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, ou l’ex-patronne du Medef, Laurence Parisot ou encore l’humoriste Guillaume Meurice dans Le Parisien le 23 septembre dernier. Et un rapport remis récemment à l’exécutif, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) préconise de rallonger le congé paternité et de le rendre au moins en partie obligatoire.