Suicides dans la police: «Il faut appréhender les causes réelles de ces passages à l’acte»

MANIFESTATION Environ 200 policiers ont manifesté ce mardi à Paris à l’appel du syndicat Unité-SGP Police…

Thibaut Chevillard

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Environ 200 agents ont manifesté ce mardi à Paris à l'appel du syndicat Unité-SGP Police
Environ 200 agents ont manifesté ce mardi à Paris à l'appel du syndicat Unité-SGP Police — Thibaut Chevillard
  • Environ 200 policiers ont manifesté ce mardi à Paris à l’appel du syndicat Unité-SGP Police.
  • Ils demandent au gouvernement des mesures pour endiguer la vague de suicides qui frappe les rangs de la police.
  • Depuis le début de l’année, 33 fonctionnaires ont mis fin à leurs jours.

Porteurs de brassards «police », les visages dissimulés, une dizaine d’agents s’allongent tour à tour sur le bitume au rythme d’un morceau de Schubert. Un fonctionnaire, debout, brandit une pancarte sur laquelle est écrit : « plus jamais ça ». Sur la place du Palais-Royal, environ 200 personnes ayant répondu, ce mardi à l’appel du syndicat de gardiens de la paix Unité-SGP Police, observent la chorégraphie. « On organise ce rassemblement pour dénoncer l’immobilisme de l’administration face aux vagues de suicides qui touchent la police depuis des années », explique à 20 Minutes Eddy Sid, porte-parole du syndicat en Ile-de-France.

Depuis le début de l’année, 24 policiers ont mis fin à leurs jours. L’an passé, ils étaient un peu plus du double. En mai dernier, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait présenté une salve de mesures destinées à stopper cette sinistre épidémie qui frappe également les gendarmes. Avant lui, Bernard Cazeneuve avait également tenté de saisir le sujet à bras-le-corps en lançant, en 2014, un plan comprenant 23 mesures. Pour Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat, il ne s’agissait que de « pansements sur une jambe de bois ». « Il faut appréhender les causes réelles de ces passages à l’acte », affirme-t-il à 20 Minutes.

Des « petits chefs » enclins à des « excès d’autoritarisme »

Selon lui, la place Beauvau n’a en particulier jamais « remis en cause le management » des chefs de service qui pressent leurs équipes d’atteindre des objectifs d’interpellations ou de PV définis par avance. La fameuse politique du chiffre que la direction de la police nationale jure pourtant avoir abandonnée. Confrontés à des « chefaillons », des « petits chefs », enclins à des « excès d’autoritarisme », les gardiens de la paix exercent par conséquent un métier de plus en plus « générateur de stress », affirme au micro Rocco Contento, secrétaire départemental Paris d’Unité SGP-Police.

« Il y a des soucis de management, de conditions de travail, mais il y a aussi un problème d’accompagnement des jeunes policiers », analyse pour 20 Minutes Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip (Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales). « Il y a beaucoup de policiers, notamment ceux dont c’est la première affectation, qui se retrouvent seuls dans des grandes villes, particulièrement en région parisienne, où ils n’ont aucune attache. » Or, la détention d’une arme de service peut faciliter le passage à l’acte de ces agents désocialisés, isolés, confrontés au quotidien à la misère humaine et aux situations délicates.

Un travail « plus dur à Paris qu’ailleurs »

Le syndicat réclame donc la mise en place d’un cycle de travail permettant aux agents de ne travailler qu’un week-end sur deux, contre cinq sur six actuellement. Ce qui permettrait aux policiers originaires d’autres régions de rentrer plus régulièrement chez eux voir leur famille. Il estime également nécessaire de mettre en place une « véritable politique de logement ». La préfecture de police ne dispose en effet que d’un logement pour dix fonctionnaires, souvent « à l’autre bout de la région », note Yves Lefebvre. Certains policiers se retrouvent dans des situations très précaires, obligés dit-il de « vivre dans leur voiture ».

Enfin, parce que leur travail « est plus dur à Paris qu’ailleurs », les agents qui exercent dans la capitale et sa banlieue doivent être mieux payés, ce qui permettrait aussi de les « fidéliser », assure le porte-parole du syndicat en Ile-de-France. « Les flics risquent leur peau pour 2.000 euros par mois », s’emporte Yves Lefebvre. Les nombreux fonctionnaires présents ce mardi demandent au gouvernement d’organiser rapidement des « Etats généraux de la police » afin de discuter des mesures présentées aujourd’hui. En attendant, Eddy Sid redoute la fin de l’année, une période « propice au passage à l’acte ». « Malheureusement, ce n’est pas fini. Alors on ne lâchera rien. »