Parcoursup: Quels ajustements sont prévus en 2019 pour remédier aux bugs?

EDUCATION Lors de sa conférence de presse de rentrée, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé un petit lifting de la plateforme d'orientation…

Delphine Bancaud

— 

Photo illustration parcoursup; Credit:ALLILI MOURAD/SIPA/
Photo illustration parcoursup; Credit:ALLILI MOURAD/SIPA/ — SIPA
  • Le calendrier de la procédure d’orientation sera repensé en 2019 et la phase principale s’achèvera fin juillet et non plus début septembre.
  • La mobilité des étudiants sera encouragée notamment grâce à la création d’un fonds d’aide.
  • En revanche, il n’y aura pas de hiérarchisation des vœux.

«  Parcoursup est une vraie réussite, mais cela ne veut pas dire que des ajustements ne sont pas nécessaires », a déclaré ce mardi la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, lors de sa conférence de presse de rentrée. La ministre a aussi indiqué qu’à ce jour, 955 étudiants étaient encore sans affectation et elle a détaillé ses projets de révision de la procédure d’orientation dans l’enseignement supérieur pour l’an prochain. 20 Minutes passe en revue les annonces.

Le calendrier de Parcoursup va bouger

« La durée de la procédure a entretenu un sentiment d’insécurité », a reconnu la ministre. Du coup, le calendrier de la procédure Parcoursup sera revu. « La procédure principale en 2019 s’achèvera au plus tard fin juillet », a annoncé la ministre. Et non plus début septembre donc. Ce qui signifie que les candidats ne pourront plus garder des vœux en attente ensuite. Le détail du calendrier sera annoncé après les vacances d’automne. « Ce changement de calendrier est une bonne chose car cela permettra aux établissements d’avoir davantage de visibilité pour préparer la rentrée et d’éviter aux lycéens les plus fragiles d’attendre 4 mois pour savoir ce qu’ils feront », estime Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU. Mais Orlane François, vice-présidente de la Fage est moins enthousiaste : « précipiter les choses peut créer des frustrations chez les bacheliers. Car au final pourront-ils réellement choisir leur formation préférée ? », interroge-t-elle. Même scepticisme chez Abdoulaye Diarra, vice-président de l’Unef : « en resserrant le calendrier, certains étudiants risquent d’avoir à choisir encore plus rapidement une filière par défaut », s’inquiète-t-il ?

Des changements prévus dans les dossiers de candidature

Frédérique Vidal a annoncé être « prête à travailler l’anonymisation des dossiers » des candidats sur Parcoursup afin de « répondre à un ressenti ». « S’il y a des jeunes qui pensent que l’Etat les abandonne, alors je suis prête à travailler à ce sujet », a-t-elle renchéri. Le nom et le lycée d’origine du candidat pourraient ainsi ne plus apparaître dans les dossiers. « Il faut regarder techniquement comment cela se fera », a indiqué la ministre. « C’est une manière de reconnaître en creux qu’il a pu y avoir des discriminations sur le lycée d’origine, ce dont nous sommes persuadés », commente Hervé Christofol. « C’est assez grave de se dire qu’il faut cacher l’identité ou le lycée des candidats pour garantir l’égalité de traitement des dossiers », abonde Orlane François.

La mobilité des étudiants sera boostée

La loi ORE (relative à l’orientation et à la réussite des étudiants) a instauré un quota de candidats par formation venus d’une autre académie. Un système qui a porté ses fruits selon la ministre : « Cette année 10 % de lycéens de plus ont accepté une proposition hors académie. » Une progression qui a été plus forte dans certains départements, comme en Seine-Saint Denis ou 15 % de lycéens de plus ont accepté une proposition hors académie. « Nous irons plus loin en 2019 », a déclaré la ministre. « Il faut en effet être plus ambitieux dans ce domaine, car à Paris par exemple, le quota de candidats issus d’autres académies n’était que de 1 % », relève Orlane François. Frédérique Vidal a aussi annoncé la création d’un fonds pour la mobilité qui servira à aider les jeunes à financer un déménagement, à trouver un logement ou à payer des transports. « La Fage a toujours défendu l’idée d’un vrai droit opposable à la mobilité étudiante, assortie d’un accompagnement financier du jeune pour l’aider à s’installer. C’est une vraie avancée », réagit Orlane François. De son côté, Hervé Christofol ne se satisfait pas de cette mesure : « car cela ne résoudra pas le vrai problème : l’inégalité des dotations des universités qui ne leur permet pas de proposer les mêmes conditions d’études partout », affirme-t-il. « Au final un très bon bachlier aura le choix d’aller dans une université très cotée, alors que son camarade avec un moins bon dossier devra se contenter de l’université de proximité. Ce qui va accentuer l’inégalité des universités », craint aussi Abdoulaye Diarra.

Les quotas de boursiers par formation pourraient augmenter

La loi a instauré un quota minimum de boursiers par formation. Cela a produit des effets selon le ministre : « Avec Parcoursup, nous avons fait un pas de géant pour la démocratisation de l’enseignement supérieur : plus 21 % de candidats boursiers ont accepté une proposition en phase principale cette année », a-t-elle déclaré. « Nous déterminerons avec les comités de suivi comment augmenter les quotas l’an prochain pour aller encore plus loin », a-t-elle indiqué au JDD dimanche. Une mesure saluée par Hervé Christofol : « Ce quota de boursier a permis de démocratiser les classes prépas. Il faut poursuivre ce mouvement », estime-t-il. « Il serait utile de fixer un quota national minimum de boursiers à accueillir dans chaque formation », ajoute Orlane François. Un avis partagé par Abdoulaye Diarra : « car tant que c’est laissé à l’appréciation des recteurs comme cette année, les quotas seront trop faibles », estime-t-il.

Le temps de réponse des candidats sur la plateforme pourrait être plus court

La ministre a indiqué que pour réduire le temps d’attente sur la plateforme, les candidats auraient désormais la possibilité de définir par avance la réponse qu’ils apporteront aux propositions. Si le candidat sait dès le début le vœu qu’il choisira en cas de réponse positive, il pourra ainsi le signaler par avance à la plateforme. Mais la ministre a confirmé qu’il n’y aurait pas de retour à la hiérarchisation des vœux « car cela limite la liberté des candidats. Le fait d’avoir une seule proposition était synonyme d’autocensure », explique-t-elle. « A la Fage, nous sommes opposés à l’idée de diminuer le temps de réponse. Car il faut laisser aux jeunes le temps de la réflexion », indique ainsi Orlane François.

Les candidats auront plus d’infos sur les listes d’attente

« Le rang du dernier candidat intégré sera désormais indiqué dans le dossier des candidats en face de chaque vœu » a indiqué Frédérique Vidal. Histoire que le bachelier sache si ça vaut le coup d’attendre qu’une place se libère ou pas. Une mesure qui fait consensus.

De nouvelles formations seront proposées pour satisfaire la forte demande de formations courtes

En 2018, les BTS et les DUT ont été plus que jamais demandés. « Nous devons travailler avec les universités et les IUT sur l’offre de formations professionnalisantes, afin de proposer de nouveaux parcours d’une, 2 ou 3 années », a annoncé Frédérique Vidal. Une annonce qu' Hervé Christofol interprète ainsi : « la ministre n’a pas les moyens de créer beaucoup de nouvelles places en BTS ou en DUT car cela coûte environ 13.000 euros par an et par étudiant. Elle veut donc créer des formations professionnalisantes, mais plus légères. Nous sommes prêts à étudier cette option », indique-t-il. Mais pour Orlane François, « le ministère planche peut être sur la création de nouvelles spécialités en BTS ou DUT ». Ce que ne croit pas Abdoulaye Diarra : « le budget 2019 ne nous laisse pas présager beaucoup d’ouverture de places », estime-t-il.