L’éthylotest antidémarrage, solution miracle contre l’alcool au volant?

SECURITE ROUTIERE Cela fait plusieurs mois qu’une expérimentation a été lancée dans le Finistère. Le département généralise la pratique...

Camille Allain

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Le 20 août 2015. Un éthylotest installé dans un car à Paris.
Le 20 août 2015. Un éthylotest installé dans un car à Paris. — AFP
  • Le département du Finistère va généraliser la proposition de l’éthylotest antidémarrage, qu’il expérimente depuis décembre 2017.
  • Les conducteurs contrôlés en ivresse positive entre 0,8 et 1,8 gramme d’alcool peuvent se voir proposer cette alternative à la suspension de permis.
  • L’association 40 Millions d’Automobilistes émet des réserves au sujet du système.
  • L’EAD pourrait être facilement débranché du véhicule.

Cela fait presque un an que le Finistère expérimente l’éthylotest antidémarrage. Et à en croire les autorités, le test est plutôt concluant. Le préfet du département breton a décidé de généraliser la pratique dès cette semaine. Les autres territoires français seront libres de le faire dès le 1er janvier, a promis le gouvernement.

Ce dispositif permet à des conducteurs contrôlés en état d’ivresse délictuelle (entre 0,8 et 1,8 gramme d’alcool dans le sang) d’éviter la suspension de leur permis, à condition d’installer à leurs frais un éthylotest anti-démarrage (EAD).

Dans le Finistère depuis le 1er décembre, les commissions médicales l’ont proposé à 20 automobilistes. Et 14 ont accepté d’équiper leur véhicule. « L’EAD est un outil reconnu contre la récidive d’alcool au volant », déclarait récemment Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière. En 2017, 2.270 permis ont été suspendus pour cause d’alcoolémie dans le département de la pointe bretonne.

Tient-on là l’outil miracle contre ce problème de société, cause de centaines de morts sur les routes chaque année ? Sans doute que non. D’abord parce qu’il ne s’applique qu’aux volontaires, qui acceptent de verser plus de 1.500 euros pour équiper leur voiture et ne pas perdre leur permis. Et souvent pour garder leur job.

« Il est très facile de le débrancher »

Ensuite parce qu’il n’empêche pas la triche. L’an dernier, un chauffeur de bus avait fait souffler un élève pour faire démarrer son véhicule dans le Loir-et-Cher. « Il est très facile de le débrancher. Dès lors, le système perd toute son efficacité, déplore Pierre Chasseray, porte-parole de l’association 40 Millions d’Automobilistes. L’EAD, c’est une très bonne idée mais à condition qu’il soit relié au parquet. Il faut un suivi judiciaire. Là, on fait les choses de travers ».

Selon lui, 80 % des éthylotests installés sont régulièrement désactivés. Le porte-parole regrette également que l’équipement soit affilié à un véhicule et non pas à une personne. « Quelqu’un qui conduira sa voiture de société n’aura aucune contrainte. Et il a peu de risques de se faire prendre ».

« Ce qu’il faut, c’est éduquer »

Plutôt que d’imposer cette mesure répressive, d’autres insistent pour une solution « d’auto-mesure ». « Les éthylotests, ils se débranchent donc on prend le risque de mettre des gens alcoolisés sur les routes. Ce qu’il faut, c’est éduquer », estime Karl Auzou. Cet entrepreneur a reçu le prix de l’innovation de la sécurité routière en 2017 pour sa solution Good Angel.

Cet éthylotest connecté à un smartphone permet de venir en aide aux conducteurs qui ne sont pas en état de conduire. « Il faudrait équiper les jeunes conducteurs, que cela rentre dans les habitudes », martèle Karl Auzou. Mais là aussi, la solution est payante, même si elle est bien moins chère que l’EAD.