Congé paternité: Désemparés face au faible nombre de jours accordés, des parents témoignent

VOUS TEMOIGNEZ Beaucoup de parents voudraient allonger la durée du congé paternité... 

Nils Wilcke

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Le second parent dispose de onze jours consécutifs pour une naissance simple et dix-huit jours pour une naissance multiple depuis 2002.
Le second parent dispose de onze jours consécutifs pour une naissance simple et dix-huit jours pour une naissance multiple depuis 2002. — Pixabay

D’abord, Henri a été submergé par le bonheur d’apprendre qu’il allait devenir papa. Puis, le « temps des questions » est venu avec sa compagne. « Qui allait se lever la nuit pour bébé, s’occuper des courses, du linge… Nous avons eu le vertige », reconnaît-il. En parallèle, Henri découvre qu’il a droit « seulement à onze jours de congé paternité ». Il le vit comme « une injustice ». « Même en le cumulant avec le congé de naissance obligatoire de trois jours, ça fait court ». Comme lui, de nombreux internautes de 20 Minutes se sentent floués par le nombre de jours alloués aux seconds parents. 

Et le report de la réforme du congé paternité, annoncé par le premier ministre Edouard Philippe, le 20 septembre dernier a constitué une véritable douche froide pour les parents qui demandent son allongement. 

« Je ne sais pas comment j'aurais fait toute seule »

En France, le congé « de paternité et d’accueil du jeune enfant » instauré en 2002 accorde onze jours consécutifs pour une naissance simple et dix-huit jours pour une naissance multiple au second parent. Indemnisé par l’Assurance-maladie en fonction du salaire, ce congé reste cependant optionnel. 

De nombreux parents souhaitent qu'il devienne obligatoire. Au nom de l'égalité entre les femmes et les hommes. C'est le cas de Sébastien. « Je trouvais ça normal d'être aux côtés de ma femme pour élever nos enfants. Et puis, un accouchement, ça fatigue, pouvoir se reposer sur son mari est indispensable ». 

« Mon compagnon avait mis de côté des jours de congés payés et négocié avec son chef pour prendre un mois entier en les cumulant au congé paternité à la naissance de chacun de nos deux enfants, témoigne une internaute. Je ne sais pas comment j’aurais fait toute seule ».

« Un allongement du congé paternité serait profitable à toute la société »

Charlotte et son épouse Mélissa sont également de cet avis. Quand Charlotte a mis au monde leur nouveau-né, elle a eu du mal à se remettre des suites d'un accouchement difficile. Elle se souvient notamment « des nuits blanches à mettre en place des moyens d’atténuation de la douleur du pré-travail infini de la naissance ».

Alors onze jours « pour remettre en ordre » son domicile après cinq jours d’hospitalisation, « trouver une nouvelle organisation » et se « remettre pleinement d’une opération invasive pour assurer le bien être de mon enfant », elle trouve ça vraiment trop court. Elle et son épouse réclament un allongement du congé paternité, qui serait « profitable à toute la société ». 

C’est aussi la volonté des 160 signataires d’une pétition lancée par les collectifs Congé parentégalité et Pour une parentalité féministe. « L’organisation des congés "à la française" participe au maintien d’un système inégalitaire et patriarcal au travail, en biaisant les critères d’embauche et d’avancement », estiment les 160 signataires dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, ou l’ex-patronne du Medef, Laurence Parisot ou encore l'humoriste Guillaume Meurice dans Le Parisien le 23 septembre dernier.

« Mon employeur ne considérait pas le congé parental comme normal »

Pour autant, le congé de second parent a parfois encore du mal à s’imposer dans les entreprises. « Mon conjoint a déjà eu des difficultés à prendre le sien dans sa boîte. Cela n'a pas été vu d’un très bon œil », déplore Sarah. « Son boss était atterré qu’il ait "osé" le demander en intégralité et n’avait "jamais vu cela", selon lui ».

« Au début mon employeur disait qu’il était d’accord mais je me suis rendu compte qu’il ne considérait pas le congé paternité comme normal, explique un autre père qui souhaite rester anonyme. Nous sommes une petite structure et j’ai senti une vraie pression ». La mort dans l’âme, il se résout à prendre « cinq jours au lieu des onze jours réglementaires » pourtant intégralement déclarés par son patron.

Pour passer outre la mauvaise volonté des employeurs, certains parents ont recours à la débrouille. « Je n'ai pris que dix jours », relate Mathieu. « Mon employeur m'a dit que c'était légitime mais j'ai senti que si j'avais voulu prendre davantage de temps, cela aurait été galère ». Il a fini par prendre un mois de congés « en mixant congé de naissance, congés payés et RTT». 

« La France est moins évoluée que d'autres pays »

« La durée de ce congé en France est beaucoup trop courte pour profiter des premiers jours de son enfants », regrette Mathieu. Comme les signataires de la pétition des 160, d'autres parents mettent eux aussi en avant les autres pays d'Europe comme l'Espagne, la Norvève ou le Portugal, qui accordent aux parents des possibilités bien plus avantageuses. «La France est moins évoluée », ajoute Mathieu. 

Pourtant, les lignes bougent sur le sujet. Dans un rapport remis récemment à l’exécutif, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) avait préconisé de rallonger le congé paternité et de le rendre au moins en partie obligatoire.