Marseille: Une contre-proposition pour économiser 300 millions d'euros dans la construction d'écoles en PPP

PARTENARIAT PUBLIC PRIVE Les opposants au partenariat public-privé (PPP) pour la reconstruction d’une dizaine d’écoles à Marseille ont rendu ce lundi matin une contre-proposition…

Adrien Max

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Une école de Marseille
Une école de Marseille — BERTRAND LANGLOIS AFP
  • Le collectif Marseille contre les PPP a présenté ce lundi matin une contre-proposition pour refaire une trentaine d’écoles à Marseille, avec une économie de 300 millions d’euros.
  • Le collectif souhaite faire suspendre la procédure de partenariat public-privé retenu par la mairie dans ce dossier.

Voila près d’un an qu’ils sont vent debout contre le partenariat public-privé (PPP) retenu par la mairie pour moderniser les écoles de Marseille. Vingt-huit  écoles GEPP seront démolies puis reconstruites, et six nouvelles seront construites sur une durée de six ans. Ils, ce sont le collectif Marseille contre les PPP, regroupant l’ordre national des architectes, le syndicat des architectes 13, des syndicats d’enseignants, des parents d’élèves et la confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB).

Ce lundi matin, ils se sont réunis pour pointer, une nouvelle fois, bon nombre d’incohérences dans ce partenariat, et surtout présenter une contre-proposition qui ferait économiser plus de 300 millions d’euros à la ville.

Rénovation lourde

Maxime Repaux, du syndicat des architectes 13, a élaboré avec des architectes, des économistes et des spécialistes des coûts d’exploitation une contre-proposition qui prendrait la forme d’une maîtrise d’ouvrage partagée. « Pour les PPP, il n’y a eu aucune étude de faisabilité, ni aucun diagnostic dans les 444 écoles de la ville. Ils ont fait le choix de la démolition reconstruction, et basta. Or la plupart des problèmes de ces écoles sont thermiques et acoustiques. En faisant le choix d’une réhabilitation lourde, où l’on referait entièrement les façades, les cloisons et l’isolation, avec l’ajout d’une production d’énergie photovoltaïque, et la prise en compte des risques, nous économisons plus de 300 millions d’euros », a-t-il détaillé. Le coût total s’élève à 1,036 milliard d’euros avec le PPP contre 723 millions d’euros avec une maîtrise d’ouvrage partagée.

La contre-proposition chiffrée du collectif Marseille contre les PPP.
La contre-proposition chiffrée du collectif Marseille contre les PPP. - Adrien Max / 20 Minutes

Une contre-proposition plus que nécessaire, puisque de nombreux points sont plus que critiquables selon les opposants. Ils s’accordent tous pour critiquer une vision à trop court terme de la mairie. « Ce recours au PPP coûte beaucoup plus cher sur le long terme, et surtout il n’y a aucune concertation avec le corps enseignant, avec les parents d’élèves, les artisans, les citoyens, les professionnels du bâtiment », a regretté Pierre-Marie Ganozzi, secrétaire départemental FSU 13.

Souplesse et valorisation du foncier

Christian Brushi, avocat honoraire, et fer de lance de la fronde citoyenne détaille deux problèmes majeurs. En premier lieu, la valorisation du foncier. L’entreprise de BTP retenue aura la jouissance de l’espace foncier, soit près de 34 hectares pour les écoles concernées par le partenariat. « Ces majors ont la possibilité, et sont même encouragés, à y construire des surfaces immobilières et commerciales. Il n’y a eu aucune étude de compatibilité entre ces projets immobiliers, le PLU et la politique immobilière de la ville. On ne sait pas non plus quels types de baux seront conclus, c’est le flou le plus total », a-t-il critiqué.

Un exemple de réhabilitation lourde pour les écoles de Marseille.
Un exemple de réhabilitation lourde pour les écoles de Marseille. - Adrien Max / 20 Minutes

« Le dernier exemple de PPP à Marseille est la reconstruction du stade Vélodrome. Le président de l’OM ne cesse de dénoncer ce partenariat en expliquant qu’ils ne peuvent pas changer la moquette sans demander à Bouygues. Sans parler du centre commercial et de l’hôtel 4 étoiles qu’ils ont construit alors qu’on manque de piscine et de bibliothèque. Imaginez dans le cas de la réforme du dédoublement des classes de CP et CE1, comment fait-on pour créer une nouvelle cloison ? Il n’y a aucune souplesse », s’est demandé Pierre-Marie Ganozzi.

70 % de la somme au premier loyer

Christian Brushi a également pointé du doigt le cofinancement public, une autre « hérésie » selon ses mots. « Dans ces partenariats, le partenaire privé amène l’investissement, puis la ville rembourse avec des loyers successifs. Or la ville a prévu de verser 70 % de la somme au premier loyer. Pourquoi avoir recours au partenariat public-privé si la ville a les moyens de verser une telle somme ? », a détaillé Christian Brushi.

Le loyer versé chaque année s’élève à 40 millions d’euros pendant 25 ans, alors que le budget consacré à l’investissement dans les écoles est de 50 millions. « Aucun autre projet ne pourra voir le jour alors qu’une infime partie des écoles insalubres de Marseille a été intégrée dans ce partenariat », a regretté Sophie Camard, suppléante de Jean-Luc Mélenchon.

Sans parler des conséquences désastreuses pour le tissu économique local, alors qu’aucune des petites entreprises du bâtiment n’a « les reins assez solides pour répondre aux appels d’offres ». Quant à l’obligation de 10 % de sous-traitance ? « On nous impose les prix, on a l’impression de se prostituer », considère Patricia Blanchet-Bhang, présidente de la Capeb, très inquiète.

Contre la montre

Le collectif compte désormais sur cette contre-proposition pour faire changer d’avis à la mairie. Trois recours suspensifs au tribunal administratif ont été déposés en décembre 2017, puis en avril 2018. Sans réponse du tribunal. « Nous allons saisir le procureur pour savoir pourquoi nous n’avons toujours pas de réponse », a prévenu Christian Brushi. Les demandes de rendez-vous avec le maire sont restées lettre morte.

Le temps presse désormais, puisque les appels d’offres ont été lancés en juin et les résultats des accords-cadres multi-attributaire doivent être connus en octobre. Pour cette raison, Samia Ghali, maire des 15e et 16es arrondissements, qui s’est saisie très récemment du dossier, demande la tenue d’un conseil municipal extraordinaire. Elle a rencontré le directeur général des services, Jean Pierre Chanal, qui lui a demandé de lui transmettre la contre-proposition.

Benoit Payan compte, lui, pointer les incohérences de la mairie dans ce dossier lors du prochain conseil municipal. « Quand on expliquera aux Marseillais qu’on peut économiser 300 millions d’euros, Gaudin ne pourra pas se dérober », considère-t-il. Sophie Camard a, elle, prévenu : « On assiste à une fuite en avant de la municipalité. Que ce soit Bruno Gilles, Samia Ghali ou Jean-Luc Mélenchon en 2020, le prochain maire aura les pieds et les mains liés par ce partenariat. »