Alors au final Parcoursup fait-il mieux qu'APB?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Ce vendredi est le dernier jour de la procédure Parcoursup pour 2018...

Delphine Bancaud

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Le site Parcoursup, destiné à l'orientation des lycéens (image d'illustration).
Le site Parcoursup, destiné à l'orientation des lycéens (image d'illustration). — DENIS CHARLET / AFP
  • Le nouveau système n’a pas été très probant pour limiter le nombre de candidats sans solution à la fin de l’été par rapport à APB.
  • Impossible pour l’heure de dire si moins d’étudiants se sont inscrits à contre cœur dans une filière par peur de n’être pris nulle part, mais selon l’Unef, de nombreux jeunes comptent se réorienter.
  • Le parcours d’accompagnement qui est proposé aux étudiants représente cependant une avancée par rapport à l’ancien système.

Le marathon prend fin. Ce vendredi s’achève la phase complémentaire de la procédure d’accès à l’enseignement supérieur, Parcoursup. L’occasion de faire un bilan détaillé de cette première année de la nouvelle plateforme, de ses avantages et inconvénients par rapport à son prédécesseur décrié APB (admission post-bac).

Y a-t-il moins de candidats sans solution avec Parcoursup qu’APB ?

La ministre a indiqué vendredi dernier (le 14 septembre) que « moins de 2.500 » bacheliers étaient encore en recherche d’une place dans le supérieur, un chiffre qui n’inclut pas les candidats en réorientation également sans affectation et qui étaient quelque 4.000 le 5 septembre. Par ailleurs au 7 septembre, 40.000 candidats étaient inactifs, sans que l’on sache s’ils avaient trouvé une solution ou pas.  En comparaison, le 14 septembre 2017, 3.000 bacheliers inscrits sur la plateforme admission post-bac (APB), essentiellement issus de filières techniques et professionnelles, étaient toujours sans affectation à l’université. Mais le chiffre des candidats en réorientation sans affectation n’était pas donné.

Difficile donc d’en conclure à une forte plus value du nouveau système par rapport à l’ancien sur ce point, reconnaît Jimmy Losfeld, président de la Fage, premier syndicat étudiant, qui a soutenu la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE) : « Parcoursup a fait juste un peu mieux qu’APB sur ce point ». Ce qu’a récusé un collectif de syndicats et d’associations de l’enseignement (Unef, UNl, FSU, FCPE, Ferc CGT…) ce jeudi : « Parcoursup n’a quantitativement apporté aucun bénéfice par rapport à APB », explique l’un de ses porte-parole Hervé Christofol, secrétaire général du Snesup-FSU.

Le système d’affectation est-il plus rapide avec Parcoursup ou APB ?

Beaucoup de jeunes ont passé un été très stressant à attendre une réponse positive et Khaled Bouabdallah, le vice-président de la conférence des présidents d’université (CPU) déclarait à 20 Minutes fin août « le nouveau processus d’orientation est trop lent ». Un avis partagé par Hervé Christofol. « Au bout de 103 jours de procédure, nous avons eu 63 % d’affectation définitive avec Parcoursup, alors que nous avions 61 % dès le premier jour des résultats d’APB, avec 70 % d’acceptation des premiers vœux ». En cause, la non-hiérarchisation des vœux dans Parcoursup qui a fait que beaucoup de jeunes n’ont pas accepté définitivement une proposition qui leur était faite et ont gardé des vœux en attente, ce qui a embouteillé le système.

Y a-t-il moins d’orientations par défaut ?

C’est là tout le débat. Car Parcoursup ne permet pas de quantifier le nombre d’étudiants qui ont vraiment obtenu la place de leur choix puisque les vœux ne sont plus hiérarchisés. Pour Jimmy Losfeld, « il n’y a pas eu d’évolution significative sur ce point cette année par rapport à l’an dernier. Car certains vœux d’orientation des candidats ne correspondent pas à des projets mûris. La faute à un travail insuffisant sur l’orientation en lycée ». L’an dernier, les étudiants étaient obligés de mettre dans leur liste de vœux une licence « pastille verte » à l’université qui leur garantissait une place, même si cela ne correspondait pas à un désir profond chez eux.

Cette année, certains jeunes qui n’avaient aucune solution (notamment ceux qui n’avaient demandé que des BTS ou DUT) ont été épaulés par une commission rectorale, qui ne leur a pas forcément proposé une solution idéale et certains l’ont acceptée. « Et des dizaines de milliers d’étudiants sont partis dans le privé faute de mieux. On nous a vendu du rêve et on nous a trahis », estime quant à lui, Louis Boyard, président du syndicat lycéen UNL. « Beaucoup de jeunes nous disent qu’ils veulent se réorienter en janvier car ils ont accepté une filière par dépit », poursuit Abdoulaye Diarra, vice-président de l’Unef.

Les étudiants sont-ils davantage mis en position de réussite ?

La mise en place d’attendus a permis aux universités de classer les candidatures en fonction de leurs capacités prétendues à réussir dans la filière. Et quelque 130.000 étudiants, les plus fragiles (ceux qui ont reçu la réponse « oui si » de la fac), vont pouvoir suivre des parcours d’accompagnement. Donc a priori, le nouveau système devrait permettre de réduire le nombre d’étudiants qui quittent les bancs de l’université dès le premier trimestre. Reste que de grosses questions demeurent sur les parcours d’accompagnement. Ils risquent fort d’être de qualité variable car certaines universités n’ont pas eu beaucoup de temps pour les préparer et d’autres manquent d’enseignants pour les assurer. Idem pour les classes passerelles pour ceux qui n’ont pas le niveau pour entrer en BTS (2.000 places créées cette année).

La nouvelle plateforme est-elle plus juste que l’ancienne ?

La précédente plateforme, APB, était décriée à cause du tirage au sort dans les filières en tension qui était complètement injuste. Avec Parcoursup, le système est plus transparent et repose davantage sur le dossier du candidat. Mais certains proviseurs de lycées de banlieue parisienne ont accusé le nouveau système de privilégier les élèves issus de lycées de Paris intra muros. Une thèse réfutée par Jimmy Losfeld : « Avec Parcoursup, 43 % des bacheliers de l’académie de Créteil ont reçu une proposition pour une formation dans Paris contre 26 % l’an dernier avec APB. De plus davantage de bacheliers professionnels ont été accueillis en BTS, davantage de bacheliers technologiques ont eu une place en DUT et plus de boursiers ont intégré une classe prépa », estime-t-il. Mais selon Hervé Christofol, « Parcoursup est un échec en ce qui concerne la démocratisation de l’enseignement supérieure ».

Parcoursup a-t-il permis plus de mobilité chez les étudiants ?

La mobilité des lycéens entre académies a pu mieux être mise en place avec Parcoursup contrairement à APB qui interdisait pratiquement la mobilité sur les filières en tension. Un quota de places a été réservé pour les candidats qui viendraient d’autres académies. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur contacté par 20 Minutes, cela a eu des effets dès cette année : « à la fin de la phase principale, plus de 43 % des candidats de l’académie de Créteil avaient reçu une proposition dans une formation à Paris, contre 26 % l’année dernière ». Mais au niveau national, trop peu de bacheliers ont saisi la balle au bond.

Que faudrait-il améliorer pour l’an prochain ?

Il faut raccourcir tous les délais du processus, cela semble être un consensus dans la communauté éducative. Parcoursup offrait cette année aux étudiants un délai de 7 jours pour répondre à chaque proposition d’admission. Beaucoup proposent de le réduire. Une partie de la communauté universitaire plaide aussi pour le retour à une hiérarchisation des vœux. La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a exclu vendredi un retour à la hiérarchisation des vœux des candidats dès leur inscription sur Parcoursup, mais a indiqué « réfléchir » à une hiérarchisation a posteriori. Deux cas de figure, déjà évoqués par des syndicats d’enseignants et d’étudiants, sont alors possibles : les candidats pourraient hiérarchiser les réponses en liste d’attente qu’ils reçoivent. L’autre cas de figure serait la hiérarchisation des vœux par les candidats sur la phase complémentaire. Les formations pourraient aussi être invitées à raccourcir leurs listes d’attente.

Le ministère pourrait aussi publier l’an prochain pour chaque formation le rang auquel le dernier candidat sur liste d’attente a reçu une proposition d’affectation. Ce qui permettrait aux candidats sur liste d’attente de savoir si ça vaut le coup d’attendre qu’une place se libère ou s’il vaut mieux regarder ailleurs. Enfin, l’un des principaux soucis de la plateforme cette année, c’est que la majorité des candidats ont demandé une filière sélective (68 % des vœux exprimés). Ce qui va pousser le ministère à réfléchir à l’offre de formation qui sera disponible l’an prochain. « Quel que soit le système d’affectation, il manque des places », tranche Marie Buisson, secrétaire générale de la FERC-CGT.