Ain: Les salariés dénoncent le fichage «honteux et illégal» de la CPAM

SOCIAL Des salariés de la CPAM de l’Ain ont découvert qu’ils étaient fichés par leurs supérieurs en des termes bien peu élogieux. Une action de protestation est prévue ce jeudi à Bourg-en-Bresse…

Elisa Frisullo

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Des salariés de la CPAM de l'Ain ont été fichés par certains de leurs supérieurs en des termes bie peu élogieux. Illustration.
Des salariés de la CPAM de l'Ain ont été fichés par certains de leurs supérieurs en des termes bie peu élogieux. Illustration. — F. dufour/ AFP
  • Lundi, des salariés de la CPAM de l’Ain ont découvert qu’ils étaient fichés par certains de leurs cadres en des termes humiliants et peu flatteurs.
  • Selon la CGT, ce fichage, lié à des consignes managériales nationales, dépasserait largement le cadre de l’assurance maladie de l’Ain.
  • Un rassemblement est prévu ce jeudi pour dénoncer cette pratique « honteuse et illégale ».

Leur direction a beau s’être excusée, le malaise reste toujours très présent à la Caisse primaire d’assurance maladie de l’Ain, située à Bourg-en-Bresse, où un rassemblement soutenu par la CGT et la CFDT est organisé jeudi. Au choc et aux pleurs des premières heures ont succédé la colère et l’incompréhension, deux jours après la découverte de fichiers informatiques sur lesquels les salariés n’auraient jamais dû tomber.

Lundi, une trentaine d’employés du service des Risques professionnels de la sécurité sociale ont compris qu’ils étaient fichés par leurs cadres en des termes bien peu élogieux. « Nous sommes tombés sur un fichier qui aurait dû être crypté mais qui, à la suite d'une fausse manipulation, s’est retrouvé accessible à tous sur notre serveur informatique », raconte l’une des salariées concernées, Lydie Moreau, secrétaire CGT de la CPAM de l’Ain.

« Grognons, hésitants, déchirés, bons petits soldats… »

Sur le document, détruit depuis par la direction, les employés fichés étaient classés selon des qualificatifs humiliants et peu flatteurs. « Il y avait les grognons, les hésitants, les salariés déchirés, les opposants, les engagés, les révoltés… Que des termes négatifs. Pour chacun, il était préconisé des solutions, comme isoler le salarié révolté ou s’appuyer sur les bons petits soldats n’ayant aucun sens critique », s’insurge la syndicaliste, qui dénonce des pratiques de fichage « illégales et honteuses ».

Selon la CGT, ce document avait été préparé dans le cadre d’un séminaire prévu jeudi et annulé depuis, destiné à renforcer… la cohésion d’équipe. « La confiance va être très difficile à rétablir. Les salariés concernés sont choqués. Deux sont en arrêt de travail. Ils ne comprennent pas comment des cadres, avec lesquels ils s’entendent pourtant bien, ont pu participer au fichage avec des termes pareils sans réaliser ce qu’ils faisaient », ajoute Lydie Moreau.

Une pratique généralisée ?

Dès l’incident, la direction de la CPAM de l’Ain a réagi, a présenté ses excuses et a assuré aux salariés qu’elle ne cautionnait pas ce fichage. « Le rassemblement de jeudi, voulu par les salariés, est destiné à montrer qu’on ne peut pas tolérer de telles pratiques. Nous ne sommes pas dans l’idée de couper des têtes ou de taper sur notre direction. Nous voulons revenir à une vraie considération des salariés dans les entreprises », ajoute le syndicat CGT, convaincu que ce service de l’Ain est loin d’être le seul concerné.

« Tous les organismes sociaux le sont. Les consignes viennent d’en haut sauf que là, manque de bol pour eux, le fichier a été découvert », ajoute une employée de l’Ain. « Ces pratiques, imaginées dans le cadre d’un séminaire pour renforcer l’esprit d’équipe, ne peuvent pas être isolées. Elles sont institutionnalisées, c’est ce qu’on apprend aux managers lors des formations », regrette le syndicat. Suite à cette affaire, la CGT locale a prévu de rencontrer, vendredi, à Paris ses homologues nationaux. Une motion nationale devrait être adressée le même jour au directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) pour dénoncer ces pratiques managériales « inacceptables ». Contactée par 20 Minutes ce mercredi, la Cnam n’a, pour l’heure, pas pu être jointe.