VIDEO. «C’est un leurre de se dire qu’une fourrure peut être éthique»

INTERVIEW Aucune fourrure ne sera présentée lors de la Fashion week de Londres qui se tient cette semaine. Une initiative saluée par Isabelle Goetz, porte-parole de Peta (Pour une Ethique dans le Traitement des Animaux)...

Lise Abou Mansour

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Capture d’écran d’une vidéo réalisée par l’association PETA dans un élevage de fourrure du Wisconsin (Etats-Unis)
Capture d’écran d’une vidéo réalisée par l’association PETA dans un élevage de fourrure du Wisconsin (Etats-Unis) — PETA
  • 56 millions d’animaux sont tués chaque année pour leur fourrure dans le monde.
  • « En France, on trouve surtout de la fourrure de coyote, de chien et de chat », explique Isabelle Goetz, porte-parole de Peta.
  • « Pour fabriquer une seule capuche, un coyote entier est sacrifié », ajoute-t-elle.

Des animaux enfermés dans des cages minuscules et insalubres, tournant continuellement en rond et présentant des blessures à vif purulentes : voici les conditions dans lesquelles vivent de nombreux animaux tués pour leur fourrure. L’association PETA a tourné plusieurs vidéos dans des élevages de fourrure à travers le monde pour dénoncer ces maltraitances.

Isabelle Goetz, porte-parole de Peta (Pour une Ethique dans le Traitement des Animaux) explique à 20 Minutes dans quelles conditions sont fabriquées les fourrures présentes dans nos magasins.

Dans quelles conditions les animaux vivent-ils dans ces élevages de fourrure ?

Ce sont des animaux qui sont enfermés dans des cages grillagées insalubres et minuscules, des animaux qui ne sont pas faits pour vivre dans des espaces clos, confinés et avec d’autres animaux. Ils ne sortent jamais de leur cage, donc quand ils défèquent, comme il n’y a pas de sol solide ni de litière, les excréments passent par les grilles en dessous de leur cage.

De plus, ils ne sont pas soignés. Ils ont des plaies, des infections et toutes sortes de blessures qui ne sont jamais soignées. A cause de l’enfermement, certains deviennent complètement aliénés et fous. Ils vont jusqu’à s’automutiler et se dévorer entre eux.

Tout cela, ça se passe en Europe. Mais en Chine, par exemple, les animaux sont matraqués. Des enquêtes ont été réalisées dans l’industrie de la fourrure de chien en Chine. Elles montrent que les chiens se font tabasser à mort. Certains animaux se font retirer leur peau alors qu’ils sont encore vivants. On les voit cligner des yeux alors qu’ils sont tout ensanglantés et qu’ils n’ont plus de peau sur le corps.

Ce sont des animaux qui vivent dans des conditions absolument abjectes. Ce serait choquant si c’était des animaux de compagnie qui vivaient dans ces conditions-là.

56 millions d’animaux sont tués chaque année pour leur fourrure dans le monde. Les animaux souffrent-ils lors de leur mise à mort ?

Dans les élevages d’animaux à fourrure, les animaux sont gazés ou électrocutés vaginalement ou analement afin de préserver toute la fourrure. Ces méthodes sont cruelles. Pour le gazage, les animaux deviennent inconscients au bout de plusieurs minutes et ils suffoquent pendant plusieurs minutes avant de périr. C’est pareil pour l’électrocution, ce n’est pas une mort instantanée et rapide.

Les exportateurs de ces fourrures-là écrivent volontairement sur les étiquettes « racoon » au lieu de « racoon dog » parce qu’ils savent très bien que personne n’achèterait de la fourrure de chien.

Quand une personne achète de la fourrure en France, de quels animaux s’agit-il ?

Ce qu’on retrouve partout en France, c’est la fourrure de coyote, de chien et de chat. On ne le sait pas mais en Chine on tue les chiens et les chats pour leur viande et on utilise leur peau pour en faire de la fourrure. Ce sont des articles qu’on retrouve dans le commerce, en France, en Europe et partout dans le monde.

En Chine, ils tuent notamment les chiens viverrin. C’est l’appellation en français. En anglais, on dit « racoon dog », « chien raton laveur », parce que le chien ressemble au raton laveur. Les exportateurs de ces fourrures-là écrivent volontairement sur les étiquettes « racoon » au lieu de « racoon dog » parce qu’ils savent très bien que personne n’achèterait de la fourrure de chien. Et ces articles sont vendus en France. Vous pouvez les trouver dans les magasins en France.

Il y a aussi une très grande marque de doudoune qui piège des coyotes au Canada dans la nature. Ce sont des pièges à mâchoire métallique avec des dents qui se referment et qui peuvent briser les pattes des animaux qui sont piégés. Pour fabriquer une seule capuche, un coyote entier est sacrifié. Beaucoup de mamans coyotes partent à la recherche de nourriture pour leurs petits et se retrouvent dans ces pièges. Elles sont tellement désespérées de s’échapper de ces pièges pour retrouver leurs petits affamés qu’elles vont jusqu’à ronger leurs propres membres pour essayer de se dégager.

Un label de fourrure « origine assurée » a été créé en 2008 par la Fédération internationale du commerce de fourrure. Plusieurs pays, comme la France, la Finlande ou les Etats-Unis en sont signataires. Ce label est-il un gage de bon traitement ?

Ce label a été créé pour rassurer les consommateurs de fourrure. Plusieurs pays sont signataires de ce label, comme la France, la Finlande, le Danemark, les Pays Bas ou encore les Etats-Unis. Nous avons diffusé des images dans ces pays et nous avons constaté les mêmes conditions atroces. Aucun label ne peut certifier qu’une fourrure a été produite dans de bonnes conditions. C’est absolument un leurre que de se dire qu’une fourrure peut être éthique.

La fourrure s’est-elle démocratisée ces dernières années avec l’apparition de doudounes possédant des capuches en fourrure ?

Dans les années 1980, il y a eu un rejet de la fourrure. Pour revenir sur le marché, l’industrie de la fourrure a commencé à en introduire des morceaux sur le col, sur les manchons ou à en faire des accessoires. Les gens n’osaient plus porter une veste en fourrure.

Quand vous vous promenez aujourd’hui, il y a beaucoup moins de personnes qui portent des manteaux en fourrure. C’est quelque chose que les gens rejettent massivement même s’ils ne font pas attention quand ils ont un col en fourrure. Le consommateur est un peu dupé. Quand il trouve une doudoune qui lui plaît, il fait abstraction du fait qu’il y a de la fourrure sur la capuche.

La Fashion Week de Londres, qui se tient en ce moment, vient d’interdire les fourrures de ses défilés. La marque Burberry a également décidé d’arrêter la fourrure dans ses prochaines collections. Ces interdictions peuvent-elles avoir un impact sur le consommateur ?

Les marques de luxe s’engagent les unes après les autres contre la fourrure. Versace, Michael Kors, John Galliano, Gucci, Armani et maintenant Burberry : toutes se sont engagées à retirer définitivement la fourrure de leur collection. Et pour cause, la fourrure n’est plus assimilée au luxe.

Le consommateur lambda ne va pas acheter ces marques de luxe directement mais toutes les marques de luxe sont les influenceurs de la mode. En ce qui concerne la Fashion Week, c’est le symbole que la société est en train de changer son regard sur les animaux et sur l’industrie de la fourrure.