Vingt-cinq ans après avoir tué sa famille, Jean-Claude Romand réclame sa remise en liberté

JUSTICE Condamné à la perpétuité en 1996 pour avoir tué sa famille, Jean-Claude Romand présente, ce mardi, une demande de remise en liberté à la justice…

Vincent Vantighem

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Jean-Claude Romand lors de son procès, en 1996, devant la cour d'assises de l'Ain, à Bourg-en-Bresse.
Jean-Claude Romand lors de son procès, en 1996, devant la cour d'assises de l'Ain, à Bourg-en-Bresse. — Philippe DESMAZES / AFP
  • Pendant 18 ans, Jean-Claude Romand s’est fait passer pour un médecin.
  • Sur le point d’être découvert, il a tué sa famille avant de tenter de se suicider.
  • Il a été condamné à la réclusion à perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté.
  • Après 25 ans de détention, il va demander, ce mardi, sa remise en liberté.

Un homme pleurnichant. Vacillant dans le box des accusés à l’évocation du chien de son enfance, son « seul confident ». Regrettant même l’abolition de la peine de mort, « la pire des sanctions étant [qu’il soit] encore en vie ». Voilà comment Le Dauphiné Libéré décrivait Jean-Claude Romand, lors de son procès aux assises de l’Ain, en 1996.

Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, cet homme qui a méticuleusement tué sa famille en 1993 et donné corps à l’un des plus célèbres faits divers français, va présenter, ce mardi, sa première demande de remise en liberté conditionnelle. Une démarche qu’il aurait pu théoriquement effectuer depuis 2015.

Un détenu qui « ne pose aucun problème »

Elle doit être examinée à la maison centrale de Saint-Maur (Indre) où il est incarcéré. Contactés par 20 Minutes, ni son avocat Jean-Louis Abad, ni la procureure de la République de Châteauroux, Stéphanie Aouine, n’ont souhaité s’exprimer sur cette affaire, avant l’audience.

Mais les voyants semblent au vert pour qu’il recouvre prochainement la liberté si l’on en croit une source proche du dossier qui s’est confié à l’Agence France Presse. « Calme », « solitaire », Jean-Claude Romand est un détenu qui « ne pose aucun problème, tout à fait gérable » et « qui n’a pas de passé disciplinaire », a estimé celle-ci.

Lors de son procès, il s’est lui-même qualifié de « monstre »

« Or, le dossier pénitentiaire est l’un des éléments qui doit être pris en compte lors d’une demande de libération conditionnelle, indique Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature. Bien sûr, il faut aussi qu’il dispose d’un projet de réinsertion et que les expertises psychologiques et psychiatriques soient favorables. Et donc qu’il accepte et prenne conscience de ce qu’il a fait… »

Cela semble être le cas depuis la révélation des faits. Se qualifiant lui-même de « monstre », il a reconnu dès le début de l’enquête avoir décimé sa famille car elle était sur le point de découvrir qu’il n’était pas médecin à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et qu’il lui mentait depuis 18 ans.

Sa femme à coups de rouleau à pâtisserie, ses enfants à coups de carabine

Selon son récit, c’est d’abord son épouse Florence qu’il a tuée à coups de rouleau à pâtisseries avant d’abattre ses deux enfants de 5 et 7 ans de plusieurs coups de carabine dans le dos. Après 80 kilomètres de route à travers le Jura, il avait, ensuite « déjeuné tranquillement » chez ses parents avant de les abattre également. De retour chez lui la nuit suivante, il avait fini par avaler des barbituriques périmés juste après avoir incendié sa propre maison. A l’époque, il n’avait dû son salut qu’aux éboueurs inquiets de voir, au petit matin, de la fumée sortir de la demeure.

Sorti d’affaire après une période de coma, il avait expliqué aux enquêteurs avoir gagné sa vie en escroquant plusieurs membres de sa famille en leur faisant miroiter des gains mirifiques dans des placements en Suisse où il disait travailler. Manipulateur et « narcissique criminel », selon les experts, il était par exemple parvenu à extorquer 60.000 Francs à l’oncle de son épouse, en paiement d’un traitement soi-disant révolutionnaire contre le cancer qui ne l’avait pas sauvé.

37 condamnés à perpétuité libérés entre 2015 et 2017

Sans diplôme après un échec en deuxième année de médecine, Jean-Claude Romand passait, en réalité, ses journées à errer, notamment sur les aires d’autoroute de Savoie et dans les rues de Lyon. Aucune information n’a pour le moment filtré sur l’endroit où il pourrait être hébergé s’il bénéficiait d’une libération conditionnelle.

Mais difficile à croire qu’il sorte totalement des radars de la justice. « Il a pu cacher son histoire toutes ces années, il n’est pas impossible que pour sa demande, il monte un scénario tout beau, tout rose, vu le manipulateur qu’il est », redoute ainsi quelqu’un qui l’a côtoyé à la prison de Saint-Maur.

Selon les données les plus récentes fournies à 20 Minutes par le ministère de la Justice, 7.949 libérations conditionnelles ont été accordées en 2014. Et entre 2015 et 2017, 37 personnes condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité ont été libérées. En moyenne, elles avaient passé 23,2 années derrière les barreaux.

>> Les faits: Le faux-médecin Romand réclame sa liberté