A quoi vont ressembler les évaluations en CP et en CE1?

EDUCATION Plus de 1,6 million d’écoliers de CP et CE1 vont passer à partir de lundi une série d’évaluations en français et mathématiques...

Delphine Bancaud

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Un enfant en train d'écrire des lettres.
Un enfant en train d'écrire des lettres. — Pixabay/Neifo
  • Ces évaluations nationales visent à mieux «connaître les compétences de chaque élève». Le professeur pourra «ainsi mieux adapter son enseignement» et «mieux accompagner les élèves vers la réussite», selon la rue de Grenelle.
  • Deux séances de 20 minutes sont prévues en français et une séance de mathématiques de 20 minutes.
  • Mais le contenu de ces tests et leur finalité sont remis en cause par des syndicats d’enseignants, dont certains appellent à les boycotter.

Cette semaine devrait être tendue dans les écoles primaires françaises. Car plus de 1,6 million d’écoliers de CP et CE1 vont passer à partir de lundi une série d’évaluations en français et mathématiques, les mêmes dans chaque école, afin que les enseignants puissent mieux accompagner leurs élèves. Mais ces dernières étant critiquées par les syndicats de profs, on peut s’attendre à quelques remous. 20 Minutes fait le point sur le sujet.

Quel est l’objectif de ces évaluations ?

Lors de sa conférence de rentrée, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer avait qualifié ces tests d' « évaluations diagnostiques » en déclarant qu’il était « très important de développer une culture de l’évaluation positive ».

« L’objectif est de permettre aux enseignants de disposer d’informations sur le niveau des élèves afin de les aider à piloter leur démarche pédagogique. En connaissant mieux les difficultés des élèves, les enseignants savent quelles sont les compétences à renforcer et peuvent tirer des bilans réguliers pour mesurer la progression des élèves », explique à 20 Minutes, Michel Fayol, professeur émérite en psychologie du développement à l’université de Clermont-Auvergne*, qui a participé à l’élaboration de ces évaluations.

« L’objectif n’est pas de noter ou de classer les enfants, ni d’établir des moyennes des classes, mais de connaître les compétences de chaque élève nécessaires pour un bon apprentissage de la lecture et des mathématiques », renchérit la rue de Grenelle dans un communiqué. L’enseignant recevra ensuite le profil de chaque élève (acquis et besoins) et celui de sa classe, le directeur le profil de son établissement et l’inspecteur d’académie celui des écoles de sa circonscription.

Quel sera leur contenu ?

Les évaluations ont été conçues par des membres du Conseil scientifique de l’Éducation nationale, de l’Inspection générale et les directions de l’Éducation nationale. Le Snuipp-FSU, première organisation chez les instits, a mis en ligne les tests sur son site.

Les CP passeront des tests de français (deux séances de 20 minutes) et de mathématiques (une séance de 20 minutes). Une nouvelle batterie d’évaluations se déroulera en début d’année calendaire. « En français, elles portent sur l’agilité des enfants à identifier les lettres et à manipuler les sons. Elles portent également sur la capacité des élèves à comprendre les mots, les phrases ou un court texte lu par le professeur. En mathématiques, les élèves sont interrogés sur leur connaissance des nombres jusqu’à dix et sur leur capacité à les mobiliser dans une situation simple », explique le ministère de l’Education.

Les tests des CE1 porteront sur la lecture, l’écriture et la numération. « En français, ils portent sur la capacité à décoder rapidement les mots, lire à voix haute avec fluidité, comprendre un texte simple, orthographier les mots les plus fréquents. En mathématiques, ils portent sur l’utilisation des nombres entiers supérieurs à dix et les premières notions de géométrie », explique le ministère.

Pourquoi certains profs sont vent debout contre elles ?

Le Snuipp-FSU qualifie ces évaluations de « très inquiétantes » car « inadaptées ». Il estime que ces tests « ne respectent pas les apprentissages réels des élèves issus des programmes de maternelle » et « placeront artificiellement la majorité d’entre eux en situation d’échec et de stress important ».

Autre critique : elles seraient inutiles. Car les enseignants font de toute façon « passer des évaluations diagnostiques en début d’année », note le Sgen-CFDT.

Les enseignants pointent aussi d’autres dérives auxquelles pourraient conduire ces tests : « Les enseignants peuvent avoir la tentation d’organiser les apprentissages en fonction des évaluations et non des compétences à acquérir. On risque d’abaisser le niveau en bachotant, de privilégier uniquement les disciplines concernées par les tests au détriment des autres », fustige Francette Popineau, secrétaire général du SNUipp-FSU. « Et le fantasme derrière ces évaluations est qu’il existerait une pédagogie de la réussite qui marche pour tous les élèves », souligne Claire Krepper, secrétaire nationale du SE-UNSA. Mais ce que les enseignants redoutent le plus, c’est que ces évaluations nationales aient une autre finalité que celle qui a été annoncée initialement par le ministre : « Ces évaluations leur laissent craindre un classement des écoles, voire des enseignant·es », indique le Sgen-CFDT.

Des enseignants vont-ils les boycotter ?

Difficile de le dire mais le Snuipp-FSU propose aux professeurs de « reprendre la main sur ces évaluations, de ne pas les faire passer dans l’immédiat, d’en sélectionner les items qu’elles jugent utiles à leurs élèves et de ne pas en saisir les réponses ». Les maîtres et maîtresses doivent en effet saisir les réponses sur un portail en ligne. L’interprétation ne sera pas menée localement, mais de manière automatisée et centralisée par un logiciel. Sud Education, appelle aussi les professeurs des écoles à ne pas faire passer les évaluations ou à ne pas faire remonter les résultats.

Comment réagissent les parents ?

« Concernant les évaluations, les parents sont inquiets. Quel est l’objectif de fond ? Quid des cycles ? Et la liberté pédagogique des enseignants ? », a déclaré Raymond Artis, le président de la FCPE lors de sa conférence de presse de rentrée. Et l’on peut craindre des mauvaises réactions chez les parents dont les enfants n’auront pas réussi les tests.

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