«Plus de transparence», «risque de tensions»... Faut-il publier les écarts de salaires en entreprise?

REMUNERATION Vous êtes partagés sur la proposition de publier les écarts de salaires dans les entreprises comme le prévoit un amendement du projet de loi PACTE...

L.C.

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Illustration Bulletin de salaire.
Illustration Bulletin de salaire. — laire

Le débat s’annonce vif. Dans le cadre de l’examen du projet de loi PACTE sur les entreprises, les députés vont examiner un amendement qui vise à obliger les entreprises à publier les écarts de salaires entre leurs employés et à les justifier dans leur rapport annuel. Pas toutes les sociétés, seulement celles de plus de 1.000 salariés en France ou 5.000 dans le monde.

Les élus de la majorité qui signent cet amendement estiment que contraindre les sociétés à publier ces informations « aurait un effet régulateur, puisque les entreprises devront justifier publiquement ces écarts ». Au Royaume-Uni, une loi similaire a été adoptée en juin dernier et entrera en vigueur en 2019. Aux Etats-Unis, l’écart entre les plus bas et les plus hauts salaires des entreprises cotées est aussi publié depuis une loi de 2010.

« Pourquoi devrions-nous cacher cette donnée aussi fondamentale ? »

Les internautes consultés par 20 Minutes sont partagés sur cette proposition, entre les partisans de la transparence sur la rémunération et ceux qui craignent que la publication de ces montants génère des tensions entre salariés. Parmi les premiers, certains souhaiteraient que la loi s’applique à toutes les entreprises, peu importe leur taille. D’autres soulignent l’importance d’inclure la part variable des rémunérations (bonus, prime…) et pas uniquement la part fixe, sinon « les chiffres seront publiés, mais ils ne voudront rien dire », écrit maisheu.

« Seules les différences de responsabilité peuvent justifier des écarts de salaires qui doivent rester cohérents (…) Pourquoi devrions-nous cacher cette donnée aussi fondamentale ? », s’interroge Benjamin, ingénieur expatrié au Burkina Faso. « Les iniquités de revenus sont véritablement destructrices aux échelles micro et macroéconomiques. Elles créent des frustrations, des comportements opportunistes et individualistes qui vont à l’encontre d’un socle social sain et durable pour l’entreprise », poursuit-il, favorable à la transparence sur les salaires et au plafonnement des rémunérations.

« Ça va changer quoi à part créer des tensions supplémentaires ? »

Mais de nombreux lecteurs s’inquiètent des conséquences d’une telle transparence sur les relations entre salariés d’une même entreprise. Christophe craint des jalousies et un coup pour les demandes de revalorisation collective : « plutôt que d’être solidaires entre eux, les salariés seront envieux du collègue plutôt que de chercher à être unis pour tous obtenir une revalorisation ». « Ça va changer quoi à part créer des tensions supplémentaires sur les lieux de travail ? », réagit Evelyne.

Selon le principal regroupement syndical des États-Unis, l'AFL-CIO, l’écart entre la rémunération moyenne des patrons et celle des salariés était de 104 en France en 2013, contre 147 en Allemagne, 354 aux Etats-Unis, mais 36 en Autriche et 48 au Danemark.