Plan pauvreté: «Pour la première fois, on parle d'éradiquer la pauvreté», se réjouit ATD Quart Monde

INTERVIEW Déléguée nationale de l’association ATD Quart-Monde, Isabelle Bouyer réagit pour « 20 Minutes » au plan de lutte contre la pauvreté présenté par Emmanuel Macron, ce jeudi…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Un SDF. (Illustration)
Un SDF. (Illustration) — VINCENT WARTNER / 20 Minutes
  • Emmanuel Macron a dévoilé ce jeudi un plan pour lutter contre la pauvreté.
  • Doté de 8 milliards d’euros, il doit « éradiquer la pauvreté », selon lui.
  • Le mouvement de lutte contre la misère et l’exclusion ATD Quart-Monde, qui avait reçu le chef de l’État, lundi, se félicite des mesures.

La date était forcément cochée dans leur agenda. Trois jours après avoir reçu, en toute discrétion, le chef de l’État dans leur centre de Noisy-le-Grand, (Seine-Saint-Denis), les responsables de l’association ATD Quart Monde se sont retrouvés, ce jeudi matin, devant la même télévision pour regarder le discours du chef de l’État. 20 Minutes a profité de l’occasion pour appeler Isabelle Bouyer, l’une des déléguées nationales du mouvement de lutte contre la misère et l’exclusion, et lui demander ce qu’elle pense de ce plan de lutte contre la pauvreté…

Emmanuel Macron n’a pas dévoilé un « plan charité » mais un plan permettant, à ses yeux, de « sortir de la pauvreté ». Pourquoi faudrait-il le croire aujourd’hui ?

Peut-être parce que c’est la première fois qu’un responsable politique parle d’éradiquer la pauvreté. D’habitude, les élus proposent de réduire la pauvreté. Certains vont même jusqu’à chiffrer à -20 % ou -30 % la baisse qu’ils visent. Le président, lui, a clairement parlé de suppression. Or, c’est notre but à ATD Quart Monde. Notre raison d’être. La plupart du temps, on nous qualifie même d’utopiste pour cette raison.

A défaut d’être utopiste donc, n’êtes-vous pas un peu naïf tout de même ?

Je ne le pense pas. On a entendu la force qu’Emmanuel Macron a mise dans la présentation de son plan. Cela ne nous empêche pas d’avoir beaucoup de questions, notamment à propos de la mise en œuvre des mesures. Je ne vais prendre qu’un seul exemple : celui de l’accès aux crèches des enfants les plus défavorisés. Si l’on ne forme par les personnels au repérage de ces enfants, cela ne servira à rien…

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Il suffit de prendre l’exemple de notre centre de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Celui qu’Emmanuel Macron a d’ailleurs visité, lundi dernier, pour préparer son discours. Malgré une grande campagne de communication, le personnel a été surpris de constater qu’aucun parent ne venait déposer son enfant dans cette nouvelle crèche les premiers jours. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient peur de se voir retirer leurs petits en raison de leur pauvreté… Le personnel est donc sorti du centre pour aller dans la rue et faire du porte à porte. Pour rencontrer les parents et les rassurer. Tisser un lien de confiance nécessite du temps et surtout de la formation.

De quel œil voyez-vous le revenu universel d’activité que le président a également annoncé ?

On aimerait d'abord qu'il y ait une revalorisation de l'actuel Revenu de solidarité active (RSA) qui n'a pas bougé au contraire de  l’Allocation adulte handicapé (AAH). Aujourd’hui, le RSA s’élève à 486 euros. C’est trop peu. Quand Emmanuel Macron est venu à Noisy-le-Grand, lundi, nous le lui avons expliqué. Il est impossible de se battre pour un emploi lorsqu’on doit déjà se battre pour manger deux repas par jour. Or, avec 486 euros par mois, les gens doivent se battre pour manger. Cela me rappelle ce que l’une de nos bénéficiaires nous avait dit : « La nuit, je ne dors pas. Je compte… »

Voilà pourquoi nous attendons que le revenu de solidarité active soit revalorisé. Selon nos estimations, il faudrait qu’il atteigne 800 ou 850 euros par mois pour permettre aux gens de retrouver de l’activité.

Un revenu que le président pourrait accorder en échange de certains « devoirs » comme il l’a expliqué dans son plan ?

Je pense qu’il s’adressait aux 1 % de bénéficiaires du RSA qui se satisfont des 486 euros pour vivre et ne cherchent pas de travail. De notre côté, on pense surtout aux 99 % de gens qui constituent le reste des bénéficiaires. Et on répète inlassablement que personne n’est inemployable ! C’est à l’État d’offrir les conditions pour que chacun trouve une activité. C’est l’État qui a le plus de devoirs.

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