Plan pauvreté: L'obligation de formation qui passe de 16 à 18 ans, ça va changer quoi?

EDUCATION Cette mesure du plan de lutte contre la pauvreté annoncé ce jeudi vise à mieux accompagner les jeunes sans projet professionnel…

Delphine Bancaud

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Des apprentis d'une formation cuisinier à Serris.
Des apprentis d'une formation cuisinier à Serris. — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • « Aucun jeune ne pourra se trouver sans solution », a déclaré ce jeudi Emmanuel Macron.
  • Mieux repérés, les jeunes de 16 à 18 ans sans projet seront systématiquement accompagnés par une mission locale et orientés vers une formation, un emploi, un service civique…
  • Si l’intention est bonne, encore faut-il que cette mesure soit accompagnée de moyens supplémentaires pour les missions locales et les centres de formation.

« J’ai décidé qu’une obligation de formation jusqu’à 18 ans serait mise en place. L’objectif est clair : aucun jeune ne pourra se trouver sans solution. Il devra être soit scolarisé, soit en formation, soit en emploi », a annoncé ce jeudi Emmanuel Macron dans le cadre de son plan pauvreté. Une mesure qui entrera en vigueur en 2020.

Car le président l’a rappelé : « 60.000 jeunes se retrouvent chaque année en dehors de tous les radars : ni à l’école, ni en emploi. Ils deviennent peu à peu des perdus de vue ». En effet, aujourd’hui les jeunes ont une obligation d’instruction (c’est-à-dire qu’ils doivent être inscrits dans un établissement public ou privé ou bénéficier d’une instruction à domicile) jusqu’à 16 ans. Mais ensuite, ils peuvent quitter le système scolaire sans diplôme et sans avoir d’emploi. « Et ils ne fréquentent pas les missions locales pour être accompagnés », explique Jean-Patrick Gille, président de l’Union nationales des missions locales.

Les décrocheurs mieux identifiés et accompagnés

L’idée du gouvernement n’est pas de rallonger la durée de l’instruction obligatoire de deux ans, mais de proposer des solutions diverses à ces jeunes décrocheurs. « On passe d’une logique de scolarisation à une logique d’acquisition de compétences. Et sachant que 50 % des jeunes sans qualification sont au chômage, il est important de renforcer leur bagage », souligne Antoine Dulin, vice-président du Conseil économique social et environnemental (Cese). Dans un premier temps, cette obligation de formation va impliquer un meilleur repérage de ces décrocheurs. « Le repérage des décrocheurs qui se fait aujourd’hui au mieux deux fois par an se fera désormais en continu », a ainsi promis Emmanuel Macron.

Les missions locales devront ensuite systématiquement accompagner ces jeunes de 16 à 18 ans. « Nous devrons agir le plus vite possible et nous serons obligés de leur proposer quelque chose », explique Jean-Patrick Gille. Pour y parvenir, l’Education nationale, les collectivités territoriales et l’Etat seront mises à contribution : « ils devront développer des places dans les écoles de la 2e chance, les microlycées, les chantiers d’insertion, les écoles de production, ainsi que des missions de service civique… », explique Antoine Dulin.

Des moyens supplémentaires nécessaires pour atteindre l’objectif

L’Elysée a précisé que si le jeune refuse toutes les solutions qui lui sont proposées, il pourra être signalé et un éducateur sera désigné pour le suivre. « Ce ne sera pas de manière coercitive, mais il s’agira d’assurer son suivi éducatif », précise le président du Cese.

Si sur le papier cette obligation de formation pour les 16-18 ans apparaît comme une mesure positive, reste à savoir comment elle sera mise en musique. « Il faudra accorder des moyens supplémentaires aux missions locales et aux centres de formation », souligne Antoine Dulin. Autre bémol selon Maryse Esterle, sociologue de l’éducation : « Il sera difficile de trouver des emplois aux jeunes de 16-18 ans, tout d’abord parce que les emplois non qualifiés sont en forte diminution dans notre pays et que les employeurs préfèrent généralement des profils plus expérimentés ».

Difficile d’assurer 100 % de réussite

Par ailleurs, cette obligation de formation ne pourra pas être un remède miracle pour tous les jeunes : « Si des solutions leur sont trouvées, on ne pourra pas empêcher que certains jeunes soient licenciés par leur employeur ou qu’ils échouent à leurs examens de fin de formation », reconnaît le président de l’Union nationales des missions locales. « Il faudra aussi que les missions locales veillent à la motivation des jeunes à entrer dans une formation. Car si on leur force la main, les risques d’échec seront importants », souligne aussi Maryse Esterle.