Soupçons de financement libyen: Le deuxième fils de Kadhafi accuse à nouveau Nicolas Sarkozy dans une lettre à la justice

JUSTICE Dans cette lettre, transmise par ses avocats britanniques, le fils de Mouammar Kadhafi assure qu'il y a bien eu des échanges financiers illicites entre le dictateur et les proches de Sarkozy...

L.Br.

— 

Saïf al-Islam Kadhafi lors de son emprisonnement en 2014.
Saïf al-Islam Kadhafi lors de son emprisonnement en 2014. — MAHMUD TURKIA / AFP

De nouvelles révélations viennent étayer le dossier tentaculaire du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy. Elles émanent à nouveau de Saïf al-Islam Kadhafi, le deuxième fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi. Agé de 38 ans, celui-ci a livré son témoignage à la justice française, selon des révélations du Monde. Un long texte à prendre avec précaution, selon les observateurs, tant l’homme a été traumatisé par la torture et la détention.

La lettre tient sur huit pages, écrites à la main en arabe. Elle a été transmise pendant l’été aux juges français par l’intermédiaire du cabinet d’avocats britanniques de Saïf al-Islam Kadhafi. Dans cette missive, l’homme, qui est recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, raconte dans le détail les discussions entre le pouvoir libyen et les équipes de Nicolas Sarkozy en 2007.

Debout sur la valise de billets

Il explique que la Libye avait décidé d’apporter un soutien financier à Nicolas Sarkozy, qui dépassait de loin Dominique de Villepin dans les sondages. Un soutien de 2,5 millions d’euros que le candidat à la présidentielle aurait perçu, selon lui, en petites coupures.

« M. Sarkozy a dépêché un représentant, Claude Guéant, afin de recevoir l’argent », affirme le fils de Mouammar Kadhafi.

C’est Bechir Saleh, ex-directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, qui aurait été chargé de transmettre l’argent.

« Il lui aurait raconté que « la valise n’ayant pu contenir les sommes facilement, Claude Guéant serait monté dessus, appuyant avec ses pieds pour la fermer. Claude Guéant serait ensuite reparti en France avec ce montant », poursuit Saïf al-Islam Kadhafi dans sa lettre »

Les négociations auraient débuté plus tôt, en 2006, quand la Libye s’est intéressée à l’achat d’armes françaises. Contacté par Le Monde, Claude Guéant a nié son implication.

Deux millions d’euros supplémentaires

Toujours selon le fils Kadhafi, Nicolas Sarkozy aurait réclamé deux millions d’euros supplémentaires, en plus de la somme déjà reçue, pour faire innocenter Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité en France dans le cadre de l’attentat du DC10 d’UTA qui a fait 170 morts, au Niger, en septembre 1989. Il aurait même proposé les services de son avocat Thierry Herzog, se souvient Kadhafi. Contacté par Le Monde, celui-ci n’a pas souhaité répondre. 

La lettre mentionne aussi le rôle d’Alexandre Djouhri, homme d’affaires de 59 ans et figure clé de l’enquête. Selon lui, il aurait menacé Bechir Saleh de mort s’il révélait qu’un soutien financier avait été accordé à Nicolas Sarkozy. Selon LObs, Alexandre Djouri aurait rendu visite 59 fois à Claude Guéant à l’Elysée entre 2007 et 2012, et 14 fois à Nicolas Sarkozy. Une audition doit avoir lieu prochainement à Londres pour savoir si Alexandre Djouhri sera bientôt remis à la justice française dans cette enquête.

Saïf al-Islam Kadhafi a toujours affirmé détenir des preuves solides contre Nicolas Sarkozy. Mais ces accusations sont à prendre avec précaution. Saïf al-Islam Kadhafi a été détenu entre novembre 2011 et juin 2016 par des miliciens qui lui ont coupé trois doigts. Il raconte avoir été mis à l’isolement total pendant plusieurs années. L’homme demeure pour le moment introuvable.

>> A lire aussi : Soupçons de financement libyen. Carnet secret, valises de cash... Les indices troublants qui ont conduit Nicolas Sarkozy en garde à vue

>> A lire aussi : Soupçons de financement libyen. Nicolas Sarkozy demande l'annulation des poursuites

>> A lire aussi : Un livre expose les relations entre Sarkozy et la Libye de Kadhafi