Salaire trop faible, emploi du temps de ministre... Pourquoi les directeurs d'école ont le blues?

EDUCATION Selon un rapport de l'OCDE publié ce mardi, ils bénéficient d'un salaire à peine supérieur à celui des enseignants et de conditions de travail difficiles...

Delphine Bancaud

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Ecole élémentaire à Paris,04/09/2018. Credit:ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
Ecole élémentaire à Paris,04/09/2018. Credit:ROMUALD MEIGNEUX/SIPA — SIPA
  • Selon le rapport Regards sur l’éducation de l’OCDE rendu public ce mardi, les directeurs d’école ne gagnent que 7 % de plus que les enseignants et 70% de moins qu'un principal de collège.
  • La charge de travail de ces personnels est aussi très lourde, comme en témoignent pour 20 Minutes Gilles et Claude.
  • Des syndicats de l'Education nationale, l'OCDE et une mission parlementaire plaident pour une révision des missions des directeurs d'école et une revalorisation de leurs conditions de travail.

Un privilégié de l’Education nationale ? Gilles ne se voit pas vraiment comme ça. Directeur d’une école élémentaire de 17 classes estampillée Rep + en région parisienne, il a vingt ans d’expérience professionnelle et travaille une soixantaine d’heures par semaine pour… 3.200 euros nets mensuels. Une rémunération qui semble modeste au regard de son niveau de diplôme, de la nature de son poste et de son investissement professionnel : « la différence entre mon salaire et celui de mes collègues enseignants est assez mince au vu de ma charge de travail et de mes responsabilités », reconnait-il.

Même son de cloche chez Claude, qui dirige une école de neuf classes en Rep + en Seine-Saint-Denis. « J’ai 18 ans d’expérience et je gagne 2.800 euros net. Et encore, je bénéficie d’une prime parce que je travaille en Rep + ! J’ai fait le deuil de la reconnaissance de mon travail par l’institution », se désole-t-elle. Des situations représentatives du manque de reconnaissance des directeurs d’école, comme le montre le rapport Regards sur l’éducation de l’OCDE rendu public ce mardi. « Les directeurs d’école ne gagnent que 7 % de plus que les enseignants, alors que l’écart est de 41 % en moyenne dans les autres pays de l’OCDE. Et ils reçoivent une rémunération inférieure de 70 % à celle des principaux du collège. C’est le plus gros différentiel qui existe dans tous les pays de l’OCDE (la moyenne est de 13 %) », souligne Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE.

« On ne s’attend pas à cette masse de travail »

Et cette rémunération qui manque d’attractivité finit par poser problème, estime Eric Charbonnier, analyste à l’OCDE : « Il y a peu de volontaires pour devenir directeurs d’école », constate-t-il. D’autant que ceux qui le deviennent, déchantent un peu : « Bien que nos missions soient passionnantes et variées, on ne s’attend pas à cette masse de travail : gérer les présences et les absences des enseignants, rencontrer les parents d’élèves, veiller à la sécurité de l'établissement,​ organiser des réunions pédagogiques, passer commande aux fournisseurs, contacter l’inspection académique… », énumère Gilles, qui démarre sa journée de travail à 7 heures pour la finir à 18-19 heures, généralement sans pause déjeuner. Pour boucler tout son programme, il rogne même sur ses vacances. « Je n’en prends que la moitié ». Idem pour Claude, qui a retravaillé le 20 août cet été pour préparer la rentrée.

Et le quotidien de nombreux directeurs d’école s’est encore compliqué après la suppression des emplois aidés à la rentrée 2017. « Du coup, j’ai beaucoup plus de tâches administratives très chronophages à accomplir au détriment de projets pédagogiques que je n’ai pas le temps de lancer », déplore Claude. Gilles ressent aussi cette frustration : « j’ai souvent l’impression que m’occuper des élèves aux situations les plus dégradées, alors qu’il y en a encore beaucoup d’autres que je devrais mieux accompagner », confie-t-il.

Le temps de décharge de classe insuffisant

Par ailleurs, si certains directeurs d’école bénéficient d’une décharge totale de classe pour assurer le pilotage de l’établissement, ce n’est pas le cas de la majorité. Claude continue ainsi à enseigner en petite section une journée par semaine : « Même quand je suis dans ma classe, je suis sans cesse sollicitée par les enseignants ou par les appels extérieurs. Je suis toujours obligée de m’interrompre et les élèves en pâtissent », reconnait-elle.

Des contraintes dont sont bien conscients les syndicats : « Clairement, l’amélioration de l’exercice de la direction passe avant tout par l’extension du régime de décharge et par la mise à disposition d’un personnel d’aide administrative qualifié et doté d’un statut pérenne », estime ainsi Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU.

Pas assez d’autonomie professionnelle

Outre ces conditions d’exercice peu confortables, le manque d’autonomie des directeurs d’école constitue aussi un frein à l’attractivité du métier, selon Eric Charbonnier : « le champ d’action laissé aux directeurs d’école est faible par rapport aux principaux de collège. Seules 10 % des décisions relevant des écoles sont prises au niveau de chaque établissement ». Or selon lui, des pays qui ont progressé dans l’enquête Pisa, sont ceux « qui ont donné plus de responsabilité aux chefs d’établissement, comme le Portugal et le Royaume Uni ». L’idée de refondre le statut des directeurs d’école serait donc judicieuse, selon l’OCDE.

Et l’organisation n’est pas la seule à le penser. une mission parlementaire sur la direction d’école qui a rendu ses conclusions le 1er août préconisait aussi de créer un statut de direction dont les contours s’appuieraient sur ceux des chefs d’établissement du second degré, d’alléger les tâches administratives et de fusionner les écoles élémentaires et maternelles en une école primaire. Mais Jean-Michel Blanquer ne s’est pas encore exprimé sur le dossier. Des annonces pourraient être faites dans le cours de l’année.

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