Participer à une assos, être délégué... Comment favoriser l'engagement citoyen des élèves?

EDUCATION Une étude du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) révélée ce vendredi, montre que l’école ne répond pas suffisamment aux nouveaux besoins d’engagement des jeunes…

Delphine Bancaud

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Des lycéens dans la cour d'un lycée nantais.
Des lycéens dans la cour d'un lycée nantais. — FRANK PERRY / AFP
  • Les jeunes rejettent les formes conventionnelles de militantisme, mais plébiscitent les actions ponctuelles revendicatives et l’engagement bénévole.
  • Mais l’école n’accompagne pas assez leur volonté de s’impliquer dans cette forme d’engagement.
  • D’où la nécessité de développer les opportunités de s’investir dans la gouvernance des établissements (en étant délégué ou en prenant part au conseil de la vie lycéenne) ou dans des projets citoyens.

Génération désenchantée, désengagée, individualiste ? Pas vraiment. « Contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont pas du tout apathiques civiquement et souhaitent s’engager, mais autrement », affirme Nathalie Mons, la présidente du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), qui sort une étude sur les engagements citoyens des lycéens* ce vendredi.

« L’engagement civique est en train de changer de visage »

Adhérer à un parti politique ou un syndicat, très peu pour eux. D’ailleurs, seulement 12 % des élèves déclarent s’être déjà engagés dans des associations militantes politiques. Pas question pour autant de rester dans leur bulle. « L’engagement civique est en train de changer de visage », insiste Nathalie Mons. Exit donc les formes conventionnelles de militantisme, mais les jeunes veulent intervenir dans la politique par le biais d’actions ponctuelles revendicatives et sans forcément d’affiliation à un mouvement. Comme en signant des pétitions (actions à laquelle ils adhèrent à 71 %), en participant à des manifestations (62 %) ou en  boycottant des produits (58 %)… Les jeunes plébiscitent aussi désormais l’engagement bénévole. Et d’ailleurs 44 % des lycéens se sont déjà engagés dans une association humanitaire et ou de défense de l’environnement. « Cela montre leur très forte confiance dans les associations et leur volonté d’agir concrètement », analyse Nathalie Mons. Reste que « l’école ne répond que partiellement à ces nouveaux besoins d’engagement », estime Nathalie Mons.

Seulement 25 % des élèves déclarent avoir déjà été délégués de classe

Paradoxalement, la France est un pays phare sur l’éducation à la citoyenneté puisqu’elle prévoit un continuum d’heures d’éducation morale et civique en primaire, au collège et au lycée, ainsi que la possibilité pour les élèves de s’impliquer dans la gouvernance des établissements (en étant délégué ou en prenant part au conseil de la vie lycéenne) ou dans des projets citoyens (actions de solidarité, humanitaire, protection à l’environnement..). Mais force est de constater que ces derniers sont peu développés dans les établissements, puisque près des deux tiers des élèves de terminale (63 %) déclarent ne jamais avoir participé à un projet citoyen. Par ailleurs, seulement 25 % des élèves déclarent avoir déjà été délégués de classe au lycée, 10 % des lycéens ont participé à un journal école, 10 % ont déjà été tuteur et 7 % ont eu des responsabilités dans une maison ou un foyer des lycéens.

Une situation qui n’est pas inexorable, selon le Cnesco, dont le rôle est de formuler des préconisations pour améliorer le système scolaire et qui ne s’en prive pas sur ce dossier. « L’école doit d’abord valoriser davantage les formes d’engagement. Par exemple, en créant un compte "temps de bénévolat" associé au bac. C’est-à-dire que pour obtenir son bac, un élève devrait faire un certain nombre d’heures de bénévolat », estime Nathalie Mons. Deuxième impératif pour elle : créer des opportunités d’engagement pour les jeunes. « En proposant aux collégiens et lycéens davantage de projets citoyens, en développant le tutorat dans les établissements… », énumère-t-elle.

Le service national universel à la rescousse ?

C’est ce qu’a fait le collège Henri Ageron à Vallon -Pont-d’Arc Ardèche, en créant, il y a quatre ans un conseil de la citoyenneté avec des élèves médiateurs : « Le but de ce conseil composé de 12 élèves, du principal, du CPE et de moi-même, est de traiter les plaintes émanant d’élèves. Ces dernières portent sur des insultes, des malaises relationnels, l’ostracisation d’un élève… Nous examinons chaque affaire en interrogeant les protagonistes et nous tentons de les résoudre », explique à 20 Minutes, Gontran Leroy, l’enseignant qui coordonne le dispositif. Et les résultats sont probants : « Nous avons déjà traité 60 plaintes et le climat scolaire s’est amélioré », poursuit-il.

Et les élèves médiateurs y gagnent aussi beaucoup : « Leur parole a un poids, ils sont responsabilisés et ont l’impression d’être utiles », se félicite l’enseignant. D’autres établissements pionniers proposent aussi des projets innovants, comme le collège Rosa Parks de Rennes (Ille-et-Villaine) qui a créé une revue intitulée Médiaparks traitant de la démocratie, de la fabrique de l’opinion publique… Le collège Pierre Mendès-France à Arques (Pas-de-Calais) implique quant à lui, des élèves dans le conseil de vie collégienne qui mène des projets variés, comme une collecte de bouchons pour aider au financement de fauteuils roulants pour des personnes handicapées ou des actions avec les Restos du coeur​.

L’espoir repose aussi sur le futur service national universel, qui va promouvoir différentes formes d’engagement. Et l’enjeu est de taille, comme le souligne Nathalie Mons : « car c’est l’engagement à l’âge de l’adolescence qui conditionne les engagements de l’adulte ».

*Enquête menée entre le 26 mars et le 18 mai 2018 via un questionnaire en ligne auprès de 16.000 collégiens et lycéens répartis dans toute la France dans des établissements publics et privés.