Haute-Savoie: Il faudra désormais un permis pour grimper sur le Mont-Blanc, devenu la «Cour des miracles»

ALPINISME Pour enrayer les nombreuses incivilités, les autorités ont décidé de restreindre les conditions d'accès au sommet, du côté de Saint-Gervais...

Caroline Girardon

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Vue du Mont-Blanc. KONRAD K./SIPA
Vue du Mont-Blanc. KONRAD K./SIPA — SIPA
  • Pour enrayer les nombreuses incivilités, les autorités ont décidé de restreindre les conditions d'accès au sommet du Mont-Blanc, du côté de Saint-Gervais.
  • Il faudra désormais un permis pour y grimper.
  • Le nombre d'alpinistes autorisés sur le domaine sera limité à 214 par jour à compter de l'été prochain.

«Le Mont-Blanc ? C’est devenu la Cour des miracles. Tout le monde savait ce qui se passait mais personne ne disait rien ». Aujourd’hui, Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais exulterait presque. Durant de nombreuses années, l'élu n'a cessé d'alerter sur les nombreuses incivilités commises au sommet de sa montagne.

Désormais, les autorités l’ont entendu et ont décidé de durcir le ton envers les (trop) nombreux alpinistes qui arpentent les sommets enneigés. Dès l’été prochain, tous ceux qui emprunteront la « voie normale », à savoir l’itinéraire qui part de Saint-Gervais, devront présenter un permis d’ascension. Et le nombre sera limité à 214 par jour.

« L’omerta est enfin brisée »

« C’est une vraie victoire. L’omerta est enfin brisée », poursuit Jean-Marc Peillex qui a décidé de réagir dès 2003. « Cette année-là, nous étions montés au sommet avec le préfet de région et nous avions atterri dans un champ d’excréments et d’urine, explique-t-il. Tout ce que les alpinistes laissent est pris dans la glace. Mais avec la canicule, tout avait fondu. On s’est aperçu de l’étendue des dégâts et du mépris que certains avaient pour le milieu naturel ». Depuis, les incivilités n’ont cessé de croître. Elles se seraient même accélérées à partir de 2012, selon l’élu.

« Dernièrement, on a eu un groupe de Russes qui n’ont pas payé leur nuit au refuge et que les autorités n’ont pu rattraper car ils sont partis par un autre chemin », expose-t-il. Aujourd’hui, entre 300 et 400 alpinistes escaladent quotidiennement le toit de l’Europe. Les deux-tiers font l’ascension en free-lance, c’est-à-dire sans guide de montagne. En partant dans 75 % des cas de Saint-Gervais.

Des cordes volées, des guides frappés

« Le problème est que ces gens-là s’en fichent. Ils ne laissent pas leur adresse. Ils sont là pour faire leur ascension du Mont-Blanc et ne respectent pas les autres. On a affaire à une bande de margoulins qui bousculent les autres cordées, voire les insultent. Des guides ont même été frappés. Des cordes ont été volées dans le refuge du Goûter. Et même dernièrement une paire de chaussures. Les gendarmes du PGHM (peloton de gendarmerie de haute montagne) ont dû venir chercher en hélicoptère l’alpiniste qui n’avait plus de chaussures », relate Jean-Marc Peillex.

Les différents partenaires (commune, Etat, guides etc.) ont donc décidé de réagir en urgence en actant le principe d’une réglementation lors d’une réunion, qui s’est déroulée le 2 septembre. Si les contours juridiques restent à définir, les participants se sont rapidement mis d’accord sur les principes. Tous les candidats à l’ascension devront désormais déposer une demande avant de se lancer dans la course. Et les nuits dans les différents refuges devront être réservées le plus tôt possible.

Une décision qui ne fait pas l’unanimité

Une brigade pourrait être également créée pour faire respecter cette nouvelle réglementation au départ du train menant vers l’ascension du Mont-Blanc. Le maire de Chamonix a de son côté regretté cette décision « non concertée ».

« Il est déplorable qu’une analyse plus globale des solutions, qui pourraient être mises en œuvre sur l’ensemble des voies d’accès du Mont-Blanc, n’ait pas été travaillée », lâche Eric Fournier dans un communiqué, regrettant que les « incivilités inadmissibles » se reportent sur les voies d’accès au Mont-Blanc, que sont la voie italienne et le chemin partant de Chamonix.