VIDEO. «Shéhérazade»: «Chaque élément est inspiré du réel», quand un film parle de la prostitution des mineurs à Marseille

INTERVIEW Jean-Bernard Marlin a réalisé le film « Shéhérazade », en salle ce mercredi, qui traite de la prostitution des mineurs à Marseille…

Adrien Max

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Les deux personnes principaux du film Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin
Les deux personnes principaux du film Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin — Guerrar
  • Jean-Bernard Marlin s’est inspiré d’un fait réel pour Shéhérazade. Celle d’un jeune homme qui prostituait sa petite amie. « Une relation amoureuse dans un contexte de pauvreté », explique-t-il.
  • La prostitution est « un phénomène commun pour des jeunes filles en rupture familiale », souligne le réalisateur.
  • « Je voulais que la fiction et la vie réelle ne fassent plus qu’un, c’est aussi pour ça que j’ai choisi ces acteurs amateurs. »

Avec son filmShéhérazade qui sort ce mercredi dans les salles, Jean-Bernard Marlin aborde le thème de la prostitution des mineurs à Marseille. Acteurs amateurs, retours d’expérience, manière de filmer, le rendu donne presque l’impression d’un documentaire. Jean-Bernard Marlin se confie à 20 Minutes sur ses recherches sur la prostitution pour coller au plus près du réel.

Quel est le point de départ du film ?

Jean-Bernard Marlin, réalisateur du film Shéhérazade.

Il vient d’un fait divers survenu à la gare Saint-Charles. C’était une histoire d’amour entre deux jeunes, et le garçon prostituait sa copine. Derrière la prostitution, il y a cette relation amoureuse dans un contexte de pauvreté. C’est ce qui m’a plu. Raconter comment on vit une histoire lorsqu’on manque d’argent, ce qui est un obstacle à l’amour.

Comment avez-vous pu glaner autant de renseignements sur la prostitution des mineurs à Marseille ?

J’ai rencontré énormément de personnes. D’abord des membres d’une association qui viennent en aide aux prostituées, et qui connaissent donc bien la situation. Des éducateurs spécialisés pour les mineurs m’ont expliqué que c’était un phénomène commun pour des jeunes filles en rupture familiale. J’ai également passé beaucoup de temps dans la rue, à observer le phénomène, à discuter avec des gens. Et j’ai également beaucoup lu d’articles de journaux. Je fais des films sur la jeunesse depuis près de dix ans. J’ai donc passé beaucoup de temps avec eux, le fait que je m’intéresse à eux m’a permis de me faire beaucoup de contact dans cette jeunesse.

Mais justement où est la frontière entre le réel et la fiction ?

Chaque élément du film m’a été raconté ou alors je l’ai vu. J’ai donc construit tout le film avec des éléments réels afin que la construction du film se rapproche le plus possible du réel. J’ai par exemple appris le décès récent d’une prostituée que je voyais tous les jours qui s’est fait tuer par un client ou son proxénète. Je voulais que la fiction et la vie réelle ne fassent plus qu’un, c’est aussi pour ça que j’ai choisi ces acteurs amateurs.

Dans le film, la prostitution est bien réelle, pourtant elle semble moins l’être pour ceux qui la vivent…

C’est tout à fait ça. Il y a tout un mécanisme qui se met en place pour faire passer les clients pour des amis, ou des pigeons. Tout est fait pour se voiler la face. La prise de conscience n’arrive que beaucoup plus tard.

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