Cadeaux, pancartes ou vidéos amusantes... Comment des communes tentent-elles d'attirer des médecins?

WANTED Face à la difficulté de faire venir des médecins dans leur commune, de plus en plus de maires lancent d'originales initiatives...

Thibaut Chevillard

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Illustration d'un médecin.
Illustration d'un médecin. — POUZET/SIPA
  • De plus en plus de commune, souvent rurales, manquent de médecins.
  • Pour les attirer, des maires font preuve d’une imagination débordante.
  • Certains leur proposent des cadeaux tandis que d’autres lancent des campagnes de communication originales.

Le maire de Barneville-Carteret, ne sait plus quoi faire pour attirer un médecin dans la petite station touristique de la Manche. Il faut dire qu’il y a urgence. Il n’y a pas si longtemps, ils étaient encore cinq à exercer dans cette commune de 2.300 âmes. Mais aujourd’hui, ils ne sont plus que deux, et l’un d’eux doit prochainement partir en retraite. Alors l’édile, Pierre Gehanne, est prêt à tout pour dénicher la perle rare. « Je mets à disposition un logement, mon bateau et je paye, s’il le faut, des repas au restaurant de la Marine », expliquait-il début août à Ouest-France.

Un mois plus tard, la situation n’a pas beaucoup avancé. « Une quinzaine de personnes intéressées se sont manifestées », confie Pierre Gehanne à 20 Minutes. Mais, souffle-t-il, il s’agit soit « de médecins étrangers n’ayant pas les diplômes nécessaires pour exercer en France, soit de médecins proches de la retraite alors que nous visions les jeunes ». Selon lui, deux ou trois d’entre eux sont des candidats sérieux. « Mais ils ne viennent pas pour l’appartement ou le bateau », assure le maire. En revanche, son initiative a permis de mettre en lumière la situation de la commune.

Mettre en lumière la situation de la commune

Pierre Gehanne n’est pas le seul élu de France à rencontrer des difficultés pour faire venir un médecin dans sa commune. En 2016, près de 5,7 millions de Français vivaient dans une commune sous-dotée en médecin, selon une étude de la Drees. Un phénomène qui ne touche pas que les campagnes. Entre 2007 et 2016, l’Ile-de-France a perdu 18,7 % de ses médecins généralistes libéraux et des départements aussi peuplés que la Seine-Saint-Denis sont presque devenus des déserts médicaux.

Fin août, c’est le maire de Rungis (Val-de-Marne), qui recherche toujours deux médecins pour sa nouvelle maison médicale, qui exprimait son découragement dans les colonnes du Parisien : « Ce n’est pas faute d’avoir multiplié les appels d’offres. On a pris contact avec l’agence régionale de santé (ARS), participé à différents séminaires, posté des messages de recrutement sur le site de la ville, compté sur le bouche-à-oreille, sollicité la faculté de médecine de Créteil, personne ne s’est manifesté depuis. »

« Les inciter à venir s’installer chez nous »

Alors, certains maires déploient des trésors d’imagination pour donner envie aux jeunes médecins de venir s’installer dans leur commune. A La Garnache, en Vendée, les habitants ont joué la carte de l’humour. Avec l’aide d’une troupe de théâtre locale, ils ont tourné un court-métrage intitulé « We need a doctor », diffusé sur la page Facebook de la ville. « Nous avons surtout voulu lancer un appel du pied aux praticiens pour les inciter à venir s’installer chez nous, en leur montrant que l’on a de l’humour, et une qualité de vie également puisque l’on est proche de la mer », raconte à France 3 François Petit, le maire. Et ça marche. Selon lui, quatre médecins ont pris contact avec lui après avoir vu la vidéo.

Les habitants de Guiclan, dans le Finistère, sont eux aussi passés devant l’objectif de la caméra. Leur vidéo raconte l’histoire de Lucky Luke à la recherche d’un médecin pour la commune. Le maire s’était même déguisé en shérif pour l’occasion. « Pour jouer Lucky Luke, on a fait appel à un jeune du coin qui fait du cheval et dont les parents font de la danse country. Ce sont eux qui m’ont prêté ma tenue de cow-boy. Pour les Dalton, j’ai demandé à deux adjoints et deux habitants de la commune », explique Raymond Mercier à La Croix. Résultat : deux jeunes médecins ont été convaincus de venir s’installer.

« Stéthoscope célibataire recherche médecin »

Dans un autre style, la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) a lancé une étonnante campagne de communication. Sur les affiches et les vidéos crées pour l’occasion et publiées sur la page Facebook de la commune, on voit des têtes de lièvre, de renard ou de biche sur des corps de femmes et d’hommes accompagné du slogan suivant : « Médecin en Sologne, ça va vous changer ! » « Nous voulons attirer l’attention sur les nombreux avantages de la Sologne réputée pour ses gibiers et valoriser de façon humoristique la commune », explique au Quotidien du médecin la maire de la commune, Constance De Pélichy.

Le maire de Raon-l'Etape, lui, a opté pour une autre méthode. Le Vosgien a déployé le long de la voie rapide une banderole, rapporte France Bleu. Car Benoit Pierrat doit lui faire face au départ en retraite de deux des cinq médecins de la commune. « Le sujet est important, explique l’élu à la radio, tous les appels concernant ce sujet sont prioritaires et atterrissent dans mon bureau car il y a urgence ». La commune a aussi réalisé et diffusé sur les réseaux sociaux une affiche humoristique sur laquelle on peut lire : « Stéthoscope célibataire recherche médecin pour son futur pôle médical ». Pour l’instant, le cœur du stéthoscope reste à prendre.

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