Changement d’heure: Pourquoi la Commission européenne veut-elle le supprimer?

TIC TAC Les Européens ont été consultés sur le sujet…

Nicolas Raffin

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Le changement d'heure ne devrait pas nous faire passer à l'heure de Séoul.
Le changement d'heure ne devrait pas nous faire passer à l'heure de Séoul. — AP/SIPA
  • Les Européens se sont prononcés en majorité contre la fin du changement d’heure.
  • Les bénéfices liés au passage à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver sont minimes.
  • La proposition doit encore être validée par le Parlement européen et les Etats membres.

« On avance ou on recule d’une heure ? ». Ce débat passionné, qui enflamme la France deux fois par an au moment du changement d’heure, est peut-être sur le point de vivre ses derniers instants. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a en effet annoncé ce vendredi les résultats d’une grande consultation à l’échelle de l’UE : « Des millions de personnes [4,2 millions] ont répondu et sont d’avis qu’à l’avenir c’est l’heure d’été qui devrait être tout le temps la règle [en réalité, les Européens se sont seulement prononcés pour la fin du changement d’heure], et nous allons réaliser cela ».

Cette proposition fait suite à une demande du Parlement européen. En février, les eurodéputés avaient massivement demandé à la Commission de lancer « une évaluation complète » du système actuel (alternance heure d’hiver/heure d’été) pour savoir s’il était encore pertinent ou non. « Nous nous sommes appuyés sur la consultation citoyenne, mais aussi sur plusieurs études déjà publiées » explique un porte-parole de la représentation de la Commission européenne en France.

L’argument de la sécurité

A l’appui de ces déclarations, plusieurs travaux mis en avant par Karima Delli, eurodéputée écologiste. « Les études démontrant un accroissement des accidents de la route ou des troubles du sommeil lors du changement d’heure, doivent être prises au sérieux » expliquait-elle en février, au moment du débat.

En 2016, la Sécurité routière rappelait ainsi que « les jours suivant le changement d’heure enregistrent un pic d’accidentalité de +40 % pour les piétons en fin de journée (17h-19h) ». La raison ? « Le recul d’une heure a une conséquence importante sur les heures d’éclairement : la nuit tombe alors plus tôt dans la journée », et aux heures de sorties des bureaux ou des écoles.

Gain marginal

Le deuxième argument des partisans de la suppression du changement d’heure : celui-ci n’a quasiment plus d’effet sur les économies d’énergies. En 1976, au moment de la crise pétrolière, la France avait institué l’heure d’été et l’heure d’hiver pour faire baisser la consommation d’énergie, à l’époque où le fioul était massivement utilisé pour se chauffer.

Mais 40 ans plus tard, le raisonnement n’est plus aussi évident : dans ses dernières estimations, l’Ademe explique que le changement d’heure permet d’économiser « 351 Gwh, soit 0,07 % de la consommation d’électricité totale. » Le gain semble donc assez marginal, d’autant que comme le rappelle un article de Reporterre, cette estimation ne prend pas en compte l’utilisation de la climatisation. Or, avec la multiplication des canicules et le réchauffement climatique, le bénéfice du changement d’heure pourrait passer de « marginal » à « nul ».

Le changement ce n’est pas pour maintenant

Enfin, les eurodéputés s’inquiétaient aussi des effets du changement d’heure pour « la santé des êtres humains ». Sur ce dernier argument, les spécialistes sont plutôt réservés. « On met en général deux ou trois jours à se remettre d’un décalage de trois heures et à peine un jour pour un décalage d’une heure » expliquait le chronobiologiste Yvan Touitou dans un article du Monde paru en 2016.

Au final, la disparition du changement d’heure ne devrait pas bouleverser les habitudes. Mais attention, ce n’est pour tout de suite : la disposition doit maintenant être votée par le Parlement européen et validée par une majorité d’États membres. En octobre, il faudra donc encore reculer sa montre…