Rentrée scolaire: Comment l'interdiction du portable sera mise en oeuvre dans les collèges?

EDUCATION A partir de lundi, cette mesure qui a été votée fin juillet par le Parlement, sera appliquée…

Delphine Bancaud

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Une collégienne passe un appel devant son établissement à Lille.
Une collégienne passe un appel devant son établissement à Lille. — BAZIZ CHIBANE/SIPA
  • Chaque établissement a édicté ses propres règles en la matière, le conseil d’administration de chaque collège ayant révisé son règlement intérieur pour l’occasion.
  • Les collégiens devront avoir leur portable éteint dans leur sac ou rangé dans un casier.
  • Certains syndicats d’enseignants craignent que la mesure entraîne quelques conflits avec les parents d’élèves et contestent l’intérêt de la mesure.

Dommage pour les collégiens qui passaient leurs récréations sur Snapchat ou WhatsApp car à partir de ce lundi, exit le portable au collège. 20 Minutes, qui s’est procuré le vade-mecum envoyé aux principaux de collège par le ministère de l’Education, vous explique comment cette mesure, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, va être mise en musique dans les établissements.

Sera-t-il possible de venir au collège avec son portable même si on ne l’utilise pas ?

Oui, car ce n’est pas la possession du portable qui est interdite, mais son utilisation. Aux établissements de choisir les modalités de mise en oeuvre de la mesure : en imposant d’éteindre le portable, ou en installant des casiers pour les déposer à l’arrivée au collège, a rappelé le ministre Jean-Michel Blanquer mercredi lors de sa conférence de presse. Chaque établissement a édicté ses propres règles en la matière, le conseil d’administration de chaque collège ayant révisé son règlement intérieur pour l’occasion.

Y aura-t-il des exceptions ?

Oui, pour les enfants handicapés. Le vade-mecum envoyé aux principaux de collège par le ministère de l’Education, que 20 Minutes s’est procuré, explique qu’ils peuvent en effet avoir besoin d’utiliser leur portable pour avoir recours à un dispositif médical.

Le règlement intérieur pourra aussi définir pour quels usages pédagogiques le portable sera autorisé. Par ailleurs, selon le vade-mecum, « l’utilisation du téléphone mobile à l’internat est interdite par la loi, sauf mention contraire dans le règlement intérieur de l’établissement ». Maison peut s’imaginer que dans la majorité des internats, les élèves pourront utiliser leur mobile lors d’une plage horaire définie dans la soirée.

Le portable sera-t-il interdit aussi lors des sorties scolaires ?

Oui, ainsi que lors des séances de sport en gymnase. En ce qui concerne les voyages scolaires, si l’interdiction reste la règle, des plages horaires d’utilisation du téléphone pourront être définies par les règlements intérieurs.

Et comment fera le collégien s’il doit impérativement joindre ses parents dans la journée ?

« Les établissements peuvent prévoir des lieux spécifiques où les élèves ont la possibilité de joindre leurs responsables locaux », précise le vade-mecum. Par exemple : dans le bureau du CPE (au service de la vie scolaire).

Que se passera-t-il si un collégien contourne l’interdiction ?

Son portable sera confisqué au maximum pour la journée. Car la loi votée fin juillet autorise les équipes éducatives à le faire. Et l’établissement sera aussi libre de définir d’autres sanctions en plus comme le précise le vade-mecum. « Au collège, la confiscation du téléphone mobile peut être associée à une autre punition scolaire telle qu’un devoir supplémentaire ou une heure de retenue ».

Au collège Romain-Rolland de Déols (Indre) qui a mis en place cette mesure l’an dernier, les élèves ayant enfreint le règlement ont par exemple dû faire un exposé sur le droit à l’image : « Autant que la sanction ait une vertu pédagogique », précise Dominique Brizeul, le principal.

Ces nouvelles règles peuvent-elles entraîner des conflits entre le collège et les parents d’élèves ?

« La confiscation, c’est à double tranchant : d’un côté cela donne du pouvoir aux personnels, mais cela fait peser aussi le risque d’une dégradation du portable par inadvertance. Ce qui pourrait entraîner des conflits avec les familles », estime Xavier Marand, secrétaire général adjoint du Snes-Fsu, qui affirme aussi que « la confiscation sans action pédagogique associée n’a aucun sens ».

Et pour les profs, le portable sera-t-il aussi interdit ?

Bien sur que non, mais ils devront en faire « une utilisation raisonnable de leurs appareils de communication, pour permettre aux élèves de bien s’approprier la mesure », précise le vade-mecum.

Quels peuvent être les bénéfices d’une telle mesure au final ?

« Il y a des aspects négatifs à l’utilisation des nouvelles technologies, comme le cyberharcèlement, addiction aux écrans », a rappelé ce mercredi Jean-Michel Blanquer lors de sa conférence de presse rentrée. Le vade-mecum envoyé aux principaux de collège souligne aussi que l’utilisation du portable « est à l’origine d’une part importante des incivilités et des perturbations au sein des établissements. Les téléphones mobiles peuvent susciter la convoitise, les rackets, le vol entre camarades. En outre, leur utilisation dans l’enceinte des établissements diminue la qualité de la vie collective ». Ils peuvent aussi faciliter la triche en classe… Le but de la mesure est donc d’apaiser le climat scolaire et de recréer du lien entre les élèves.

« Tous les collèges qui l’ont déjà mis en place en sont heureux. Et c’est une mesure qui attire l’attention de nombreux pays », a déclaré le ministre de l’Education. Dominique Bizeul, principal du collège Romain-Rolland de Déols, qui a anticipé la mesure, est du même avis : « Le climat scolaire a changé, il est plus apaisé. Au lieu de s’envoyer des messages équivoques, les élèves discutent ensemble pendant les récréations. Il y a moins de conflits entre eux », observe-t-il.

Mais, dans un grand nombre de collèges, le nouveau dispositif ne fera en fait qu’entériner un principe déjà mis en œuvre. Xavier Marand se montre d’ailleurs sceptique sur la portée de la mesure : « L’interdiction du portable, c’est une goutte d’eau dans l’océan. Dès qu’ils vont être sortis du collège, les élèves vont utiliser le portable à leur guise. Cette mesure ne pourra pas avoir d’effet sur leur addiction ou sur leur consultation de sites pornos. Pour y parvenir, il faudrait mettre des moyens pour renforcer l’éducation aux médias », estime-t-il. Même son de cloche du côté de la FCPE qui estime que la mesure « ne comporte aucun volet d’éducation aux usages du numérique ».

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