Justice: Quelles démarches les victimes de viol peuvent-elles entreprendre?

FAKE OFF Une internaute a recommandé aux victimes de se rendre directement à l'hôpital, provoquant de nombreuses réactions chez les avocats et les médecins...

Mathilde Cousin

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Illustration d'une victime de viol.
Illustration d'une victime de viol. — Rafael Ben-Ari/Cham/NEWSCOM/SIPA
  • Sur Twitter, une internaute a conseillé aux victimes de viol de se « rendre directement à un hôpital/CHU », en évitant la police ou la gendarmerie.
  • Si les faits viennent de se produire et que la victime veut porter plainte, il est préférable de se rendre directement à la police ou la gendarmerie.
  • Les forces de l’ordre conduiront ensuite la victime auprès de médecins, qui effectueront des prélèvements.

Comment doivent réagir les victimes de viol ? La question a provoqué un débat sur Twitter en début d’une semaine. Une internaute, sans qualifications apparentes sur le sujet, y a conseillé aux victimes de ne pas se doucher et de se « rendre directement à un hôpital/CHU », en évitant la police ou la gendarmerie. « Expliquez votre cas, des analyses seront faites et vous aurez une preuve pour plus tard en cas de besoin », ajoutait-elle. Son tweet, depuis effacé, a été retweeté 18.300 fois.

Les conseils de l’internaute ont provoqué de vives réactions de la part d’avocats et de médecins sur Twitter. Ceux-ci ont souligné que les prélèvements ne peuvent être faits que sous certaines conditions.

FAKE OFF

Quelles démarches peuvent entreprendre les victimes ? « Si on sort tout de suite après les faits, il faut d’abord aller auprès des services de police, conseille Maître Cécile Naze-Teulié, avocate spécialiste en droit pénal et droit de la famille. Ces services peuvent envoyer vers une unité médico-judiciaire. »

C’est dans ces unités médico-judiciaires que seront effectués les prélèvements qui pourront être utilisés ensuite lors de l’enquête et de l’instruction. « Pour avoir des prélèvements qui valent, il faut avoir une réquisition du procureur. Pour avoir une réquisition du procureur, il faut porter plainte », précise à 20 Minutes Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV), une association qui gère un numéro d’écoute pour les victimes (le 0 800 05 95 95).

« On ne dit jamais aux victimes " il faut porter plainte " »

Ces unités se trouvent dans les hôpitaux. Des médecins légistes sont chargés d’examiner les victimes. « La médecine légale, c’est ce qu’on voit à la télé, les autopsies, mais c’est aussi le constat de tout ce qui est le résultat d’un crime ou d’un délit qui n’a pas causé la mort », détaille Cécile Naze-Teulié. Ces médecins sont chargés d’établir un « certificat qui va rester dans la procédure », ajoute Maître Méhana Nouhou, qui défend des victimes de viol.

Si la victime ne souhaite pas porter plainte, ou si elle ne le peut pas, elle peut se rendre d’elle-même à l’hôpital. « On ne dit jamais aux victimes " il faut porter plainte ", car c’est leur vie et la procédure judiciaire peut durer de six mois à dix ans », rappelle Emmanuelle Piet. Une victime a également la possibilité de porter plainte en adressant une lettre recommandée au procureur de la République.

En France, un hôpital innove

Emmanuelle Piet et le CFCV militent pour l’ouverture de « centres spécifiques pour les personnes victimes de viol. » La présidente cite l’exemple de la Belgique, où de tels centres ont ouvert : les victimes y voient un psychologue, les prélèvements peuvent y être effectués… En France, l’unité médico-judiciaire de l’hôpital Jean-Verdier de Bondy innove sur cette question : les victimes de violences conjugales ou sexuelles peuvent s’y rendre pour une consultation, sans avoir déposé plainte au préalable.

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