Psychiatrie pour les homosexuels: Imprécision ou virage traditionaliste? Les propos du pape François passent mal

RELIGION Des associations LGBT ont bondi après les propos de François incitant les parents d’enfants homosexuels à recourir à la psychiatrie. Phrase réfléchie ou bévue d’un pape qui avait jusque-là fait preuve de plus d’ouverture que ses prédécesseurs sur le sujet ?….

F.P.

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Le pape François au Croke Park Stadium de Dublin le 25 août 2018.
Le pape François au Croke Park Stadium de Dublin le 25 août 2018. — Ben STANSALL / AFP
  • A un journaliste qui lui demandait quels conseils il donnerait à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant, le pape François a donné une réponse controversée en conseillant aux parents de jeunes enfants de recourir à la psychiatrie.
  • Les propos peu clairs, lâchés tard dans la nuit dans un avion, donnent lieu à diverses interprétations. Le Vatican plaide ce lundi un quiproquo et que jamais le pape n’avait voulu assimiler l'homosexualité à une maladie.
  • Cette sortie, que certains aussi analysent comme la volonté de rassurer la frange traditionaliste de l’Eglise, montre en tout cas à quel point le sujet est sensible au sein du catholicisme.

C’est une déclaration qui passe mal, même en prenant en compte le contexte dans lequel elle est sortie. Elle a été prononcée dans la nuit de dimanche à lundi par le pape François lui-même lors d’une conférence de presse dans l’avion qui le ramenait d’Irlande à Rome, l’épilogue d’une visite  marquée par les affaires de pédophilie das l'Eglise.

La question du journaliste : « Que diriez-vous à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant » ? La réponse du pape : « Je leur dirais premièrement de prier, de ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille ». Puis, le pape François estime qu’il faut tenir compte de l’âge des personnes. « Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après 20 ans ».

La mauvaise idée des conférences dans l’avion ?

Ces propos ont fait bondir les associations LGBT, car ils laissent entendre à leurs yeux que l’homosexualité est une maladie. « Or s’il y a une maladie, c’est cette homophobie ancrée dans la société qui persécute les personnes LGBT, a réagi Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT. Des propos « graves et irresponsables » qui « incitent à la haine des personnes LGBT dans nos sociétés déjà marquées par des niveaux élevés d’homophobie et de transphobie », estime de son côté SOS Homophobie.

Si Bernard Lecomte, ancien journaliste de La Croix, auteur du Dictionnaire amoureux des papes (Plon), a un conseil à donner au pape François, ce serait de cesser de tenir des conférences de presse dans les avions. La pratique ne date pas d’hier. Benoît XVI lui-même avait créé la polémique en 2009 en affirmant toujours en plein air que le préservatif accroît le problème du sida au lieu de le résoudre. « Mais les prédécesseurs de François étaient tous des hommes de l’écrit et, en général, leurs propos étaient d’abord préparés par écrit, reprend Bernard Lecomte. Le pape François, latin, est bien plus habitué à s’exprimer à l’oral et à improviser beaucoup plus. Or, quand on a 81 ans, qu’on est fatigué et qu’on parle librement de sujets sensibles et complexes, on risque forcément de dire des bêtises. »

Incompréhension ou phrase loin d’être anodine ?

Ce lundi après-midi, le Vatican a retiré la référence à « la psychiatrie » dans la déclaration du pape François, soulignant que le souverain pontife ne voulait pas évoquer cette question comme une « maladie psychiatrique ». « Quand le pape se réfère à la "psychiatrie", il est clair qu’il le fait comme un exemple qui rentre dans les différentes choses qui peuvent être faites, a expliqué après coup un porte-parole du Vatican. Avec ce mot, il n’avait pas l’intention de dire qu’il s’agissait d’une maladie psychiatrique, mais que peut-être il fallait voir comment sont les choses au niveau psychologique. »

Juste une incompréhension ? Virginie Riva, ancienne correspondante d’Europe 1 à Rome et auteur de Ce pape qui dérange (Les éditions de l'atelier) émet des doutes en voyant un caractère politique derrière les propos du pape François. La phrase viserait à donner des gages à la frange traditionaliste de l’Église catholique au moment où sa position est fragilisée par sa gestion des scandales de pédophilie dans l’Église critiquée, estime-t-elle sur le site Internet d'Europe 1. Elle colle bien en tout cas à la position officielle et très traditionnelle de l’Église catholique sur l’homosexualité. « Celle-ci est assez claire, explique Bernard Lecomte. Il y a aux yeux de l’Eglise, d’un côté l’homosexualité qui est un acte contre nature et il y a de l’autre côté les homosexuels qui sont des frères et qu’on accueille comme tels. Autrement dit, l’Église condamne le péché mais pas les pécheurs. »

Un pape qui a jusque-là fait preuve d’ouverture

Pour autant, Bernard Lecomte ne croit pas à l’idée d’un pape voulant rassurer la frange la plus traditionaliste de l’Église catholique avec ces propos ambigus. « Il ne faut pas voir de complots mais bien plus une imprécision malheureuse, estime-t-il. Le pape François nous a habitués à ce type d’approximation quand il revient de voyages et qu’il s’exprime dans l’avion. »

Jusqu’à présent, le pape François s’était en tout cas plus distingué par son ouverture personnelle à l’égard des personnes homosexuelles. « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ?, avait-il lancé en 2013, peu après son élection, une formule désormais célèbre. « Reprenez la partie de sa réponse, reprend Bernard Lecomte. Il dit bien aussi qu’il faut accueillir les homosexuels et qu’il n’est pas question de les discriminer ou de les stigmatiser. Aucun pape ne l’avait dit avant lui. »