Un uritrottoir a été installé sur l'île Feydeau à Nantes
Un uritrottoir a été installé sur l'île Feydeau à Nantes — J. Urbach/ 20 Minutes

PAUSE PIPI

Critiqués à Paris, pourquoi les uritrottoirs se multiplient à Nantes

Huit urinoirs écologiques sont accessibles dans la Cité des ducs, où ils ont été inventés...

  • Les uritrottoirs, qui font polémique depuis cet été à Paris, sont utilisés depuis près d'un an et demi à Nantes.
  • « Quand le bon emplacement est trouvé, ça marche !», justifie Laurent Lebot, qui a coinventé le concept.

Ce drôle d’urinoir a fait beaucoup parler de lui, cet été, sur l’île Saint-Louis à Paris. Il faut dire qu’une pause pipi en plein milieu de ce quartier chic, le long des berges de Seine où affluent touristes et bateaux-mouches, on peut comprendre que ça ne plaise pas à tout le monde. Vivement critiqué, l’uritrottoir, cet urinoir écologique inventé par des Nantais, n’a pour autant pas dit son dernier mot.

A Paris, l’expérimentation menée dans le 4e arrondissement devrait continuer, une fois un nouvel emplacement trouvé. A Nantes, où elle a été lancée il y a plus d’un an, elle a même été validée : dans le cadre du plan propreté, huit uritrottoirs sont désormais accessibles dans le centre-ville pour lutter contre les « pipis sauvages ». Les deux derniers ont d'ailleurs été installés en début de semaine, sur l’île Feydeau et aux abords du quai de la Fosse.

Expérience réussie

Dans la petite rue de la Bléterie, peu fréquentée mais en plein quartier historique du Bouffay, personne ne semble crier au scandale. La majorité des Nantais n’a de toute façon pas remarqué cette boîte rouge, remplie de paille et sur laquelle poussent des fleurs. Pour autant, 10.000 litres d’urine y ont été collectés (et transformés en engrais) en un an, selon Laurent Lebot de la société nantaise Faltazi, à qui l’on doit cette invention. En moyenne, chaque uritrottoir en recueillerait environ 300 litres par semaine.

« Quand les villes trouvent le bon emplacement, ça marche ! L’uritrottoir a été créé pour s’insérer dans les recoins, les endroits discrets, là où certains hommes peu éduqués vont se cacher la nuit pour uriner, assure le designer. Evidemment qu’il ne doit pas trôner en plein milieu d’un espace public ! Je comprends qu’il puisse y avoir polémique à Paris… »

L'uritrottoir de la rue de la Blèterie à Nantes a reçu 10.000 litres d'urine en un an
L'uritrottoir de la rue de la Blèterie à Nantes a reçu 10.000 litres d'urine en un an - J. Urbach/ 20 Minutes

En plus d’un an, les uritrottoirs nantais n’ont pas vraiment fait de vagues. S’il a fallu en déplacer un de quelques mètres, pour éviter qu'il ne jouxte une terrasse de restaurant, les plaintes adressées à la mairie restent rares. « C’est parce que l’on a installé les uritrottoirs là où les riverains se plaignaient déjà des nuisances, à cause des pipis partout sur les murs, assure Thomas Quéro, adjoint à la logistique urbaine à la ville de Nantes. Et ça marche. L’uritrottoir est un élément de réponse, que nous inscrivons dans une réflexion globale sur l’accès aux toilettes pour toutes et tous. »

Selon l’élu, le travail des équipes de propreté s’est vu facilité. « Les équipes consacrent moins de temps dans les zones des uritrottoirs, juge Thomas Quéro. Ce n’est pas plus mal car même au karcher, l’urine a tendance à s’incruster dans le bitume ! »

Faire face aux critiques

Depuis le lancement, l'entreprise Faltazi reçoit cependant régulièrement des critiques, même si « c’est devenu violent » depuis la polémique parisienne. Pour les questions de pudeur, les designers ont retravaillé l’ergonomie, pour rendre l’uritrottoir plus couvert. Question odeur, « c’est sur que ça sent parfois un peu, car même s’il est vidé régulièrement, l’objet ne peut pas être toujours propre, ça reste un urinoir », reconnaît Laurent Lebot.

« On nous fait aussi souvent remarquer que c’est une invention pour les hommes, un signe du patriarcat, admet Laurent Lebot. Ces reproches nous attristent car on essaye juste d’apporter un début de solution aux rues qui puent et où l’on patauge dans l’urine. Au début, on avait dessiné une cabine. Mais ça coûtait vraiment beaucoup trop cher. Et ne rien faire, c’est encore pire ! »