«Certains parents d'élèves n'ont pas de limites avec les enseignants»

INTERVIEW Sandra Guillot-Duhem, enseignante et coauteur de «Parents casse-couilles» qui sort ce jeudi en librairie, explique pourquoi certains parents d'élèves osent tout...

Delphine Bancaud

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Une élève avec sa mère
Une élève avec sa mère — Alexandre GELEBART/REA
  • Dans Parents casse-couilles, deux enseignantes dévoilent les questions saugrenues et des réclamations aberrantes de certains parents.
  • Des cas isolés, mais qui sont déconcertants pour les enseignants.
  • Des réactions souvent dues à la grande exigence des parents à l’égard de l’école et de leur inquiétude constante pour leur progéniture.

Certains parents d’élèves se croient tout permis. Ils se plaignent de ne pas avoir été choisis pour accompagner une sortie scolaire, demandent qu’on achète des coussins pour les chaises des élèves, veulent qu’on protège leurs enfants des fientes de pigeon dans la cour, jugent qu’il y a trop de légumes à la cantine, estiment que la maîtresse est trop laxiste… Dans Parents casse-couilles qui sort ce jeudi en librairie, deux enseignantes Sandra Guillot-Duhem et Sabrina Petit rapportent tous les dialogues surréalistes auxquels elles ont eu le droit. Le résultat est désopilant. Pour 20 Minutes, Sandra Guillot-Duhem décortique ces échanges étranges.

Quelles sont les demandes les plus loufoques des parents d’élèves ou les échanges les plus insensés que vous ayez eus avec eux ?

Une année, au moment de Noël, des parents d’élèves m’ont offert un rouge à lèvres en me disant qu’ils me trouvaient fade. J’en suis restée bouche bée. Une autre fois, des parents m’ont demandé de leur donner des fiches de cours au mois de juin car ils prévoyaient déjà que leur enfant ne serait pas là à la rentrée en raison de vacances prolongées. Je me souviens aussi de cette mère qui m’a dit que son mari assisterait au rendez-vous avec moi et non elle, parce qu’il me trouvait charmante. Ou celle qui m’a demandé si on pouvait retirer les pépins du raisin à la cantine car sa fille n’aimait pas ça.

Comment vous est venue l’idée de compiler ces anecdotes ?

En salle des profs, nous nous racontons souvent les réflexions que les parents nous ont faites. Du coup, avec mon amie Sabrina Petit, nous avons décidé de rassembler nos souvenirs les plus marquants. Et nous avions chacune beaucoup de matière étant donné notre expérience professionnelle (j’exerce depuis 16 ans).

Ce qui surprend, c’est le côté sans gêne de certains parents, comme s’ils pensaient que les enseignants étaient à leur service, comment l’expliquez-vous ?

Certains parents d’élèves n’ont pas de limites avec les enseignants et pensent qu’ils sont à leur disposition. Ils n’ont pas conscience que leurs demandes dépassent du cadre scolaire habituel et ne sont pas compatibles avec l’intérêt collectif. Mais heureusement, ce ne sont que des cas isolés !

La cantine suscite beaucoup de récriminations…

L’alimentation est devenue un sujet très important pour les parents. Au point que certains aient envie d’imposer leur menu idéal à la cantine ou qu’ils nous demandent de détailler ce que leur enfant a mangé dans la journée, alors que ce ne sont pas les enseignants qui surveillent la cantine.

Idem pour les sorties scolaires qui font beaucoup jaser…

Les parents ont très envie de participer à une sortie scolaire car c’est une manière pour eux de voir ce qui se passe dans le cadre scolaire. Ils veulent être choisis pour accompagner la classe, ce qui n’est pas toujours possible. D’où leur mécontentement…

Les critiques sur les aspects pédagogiques semblent fréquentes. Pourquoi s’immiscent-ils dans votre manière d’enseigner ?

Les parents sont très inquiets pour l’avenir de leurs enfants et ils ont une plus forte exigence par rapport à l’école. Ils ont peur que leurs enfants n’acquièrent pas assez de compétences à l’école ou n’y réussissent pas. Certaines de ces critiques sont peut-être aussi le signe que le métier d’enseignant est décrié par une frange de la société française.

Comment répondez-vous à ces parents ?

En entendant certaines réflexions, on a parfois envie de rire ou de s’énerver. Mais l’on doit garder nos états d’âme dans la poche et rester dans la bienveillance. D’autant, qu’en tant que parent d’élève moi-même, je suis sûre que j’ai déjà été « casse-noisettes » avec certains enseignants.

Pour prévenir tous les comportements excessifs, j’organise toujours une réunion en début d’année, lors de laquelle je tiens un discours très clair aux parents. Je leur explique que je fais ce que je veux dans ma propre classe, mais que je suis prête à leur expliquer toutes mes décisions s’ils ont besoin d’éclaircissement.

Avec votre ouvrage, on pourrait croire que les rapports parents-enseignants sont souvent conflictuels…

Non, c’est très rarement le cas. Et si un parent est mécontent, je prends le temps de le rencontrer. En communiquant bien avec lui, j’arrive presque toujours à le rassurer. Je n’ai d’ailleurs pas peur que les parents d’élèves m’en veuillent pour cet ouvrage, car ils savent que je les aime !

*Parents casse-couilles de Sandra Guillot-Duhem et Sabrina Petit, éditions de l'opportun, 9,50 euros.