Célébrer la «vertu» des jeunes filles? Face à la polémique, le maire de Salency compte annuler la fête de la Rosière 2019

POLEMIQUE Le maire de Salency (Oise) compte annuler la fête de la Rosière prévue l'an prochain, face à l'ampleur de la polémique provoquée par cette manifestation visant à couronner une jeune femme de la commune... 

Alexis Orsini

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Un bouquet de roses (illustration).
Un bouquet de roses (illustration). — Jacob Ford/SIPA
  • Le village de Salency (Oise) devait accueillir l'an prochain sa fête de la Rosière, plus de trente ans après sa dernière édition.
  • Face au scandale provoqué par les prétendus critères de sélection de la jeune femme couronnée (dont sa « virginité ») lors de cette fête née au Ve siècle, le maire indique à 20 Minutes qu'il compte l'annuler.
  • Bertrand Tribout, à l'origine de ce projet, réfute toute mention d'un critère de « virginité » et déplore une « polémique inutile ».

A peine annoncée, déjà annulée ? La fête de la Rosière, prévue au village de Salency (Oise) le 2 juin 2019 - pour la première fois depuis plus de trente ans - et censée couronner une jeune femme de la commune, fait l’objet d’une vive polémique qui dépasse largement le cercle de ses 900 habitants.

En cause : un article du Parisien, publié le 8 août, qui évoque « les critères de sélection retenus pour désigner la jeune Rosière : la conduite irréprochable, la vertu, la piété, la modestie, mais aussi… la virginité. » Des prérequis qui renvoient à l’histoire de cette fête, née à la fin du Ve siècle à l’initiative de saint Médard, un natif de Salency, et qui est encore célébrée aujourd’hui dans plusieurs communes de France.

Face à la « levée de boucliers » suscitée par ce projet porté par Bertrand Tribout, président de la Confrérie de Saint-Médard, le maire (sans étiquette) de Salency, Hervé Deplanque, préfère faire machine arrière. L’élu, qui a reçu de nombreux mails de protestation, affirme à 20 Minutes : « La fête était bien prévue mais je m’apprête à dire au président de la confrérie que je vais surseoir son autorisation, entre autres à cause de la polémique mais aussi pour des raisons pratiques d’organisation. »

Une « fête d’un autre temps »

« Je n’ai jamais connu la fête de la Rosière car je suis arrivé dans la commune en 1988 et que la dernière édition a eu lieu en 1987. J’ai toujours dit que j’y étais réticent mais j’ai dit oui car la fête me paraissait bon enfant, même si elle est d’un autre temps. Nous n’étions pas d’accord sur tout mais notre participation financière et logistique était prévue », ajoute l’élu.

Hervé Deplanque souligne par ailleurs que le conseil municipal n’avait donné son accord à Bertrand Tribout – ainsi qu’une subvention « de 1.800 euros » – qu’à condition de « revoir sa copie » car il « voulait reprendre à la lettre les critères en vigueur il y a une centaine d’années, dont la virginité des [candidates]. »

« La virginité n’a jamais été prise en compte »

Une version que dément l’intéressé, joint par 20 Minutes : « La virgnité n’a jamais été prise en compte dans la fête, à aucun moment, même il y a 150 ans. » Pour Bertrand Tribout, il s'agit en outre « d'un faux débat : il n’a jamais été question de "pureté", c’est un terme employé dans [un] article du Parisien [d'août 2017] qui a tout déclenché. »

En 1929, le baron Joseph Tardif de Moidrey revenait sur les origines de cette manifestation dans une revue de presse dédiée : « Désirant encourager les jeunes gens à la pratique de la vertu, saint Médard voulut que, tous les ans, une jeune fille de Salency, désignée par le suffrage de tous les habitants, reçût en dot une somme de 25 livres et une couronne de roses. Cette couronne, bénite et imposée par le prêtre, devait être le prix d’une vie sans tache et, pour celle qui l’avait obtenue, un engagement de ne jamais s’écarter de la voie de la vertu. »

Il y soulignait notamment la portée symbolique évidente de cette fleur : « On sait qu’autrefois la rose était un emblème tout païen. Ch. Joret a longuement étudié l’histoire du symbolisme de cette fleur que la religion fit sienne en la considérant comme l’emblème de l’innocence et de la virginité. »

Dans les villes où la fête de la Rosière a perduré, comme à Pontcharra (Isère), qui s’apprête à accueillir sa 112e édition, sa signification a logiquement évolué au fil du temps. « Si la Rosière reste couronnée le dimanche après la messe, on célèbre aujourd’hui une jeune fille investie dans la ville, dans les milieux associatifs », nous indique Florence Bancion, qui gère l’édition 2018.

« Une mise en valeur des femmes des milieux ruraux »

Pour Bertrand Tribout, la polémique autour de la fête initialement prévue à Salency s’explique avant tout par le fait que « l’actualité tourne au ralenti au mois d’août et que le moindre sujet est prétexte à une polémique ». Le président de l’association « sans aucun caractère religieux » déplore que le maire soit « déstabilisé par les courriels reçus » même si Hervé Deplanque affirme que « 70 % des habitants de Salency sont contre la fête de la Rosière ».

Un chiffre jugé « monumental » par Bertrand Tribout, qui affirme pour sa part recevoir des « échos plutôt favorables » à la fête de la Rosière, et pouvoir compter sur de nombreux jeunes du village pour assurer les rôles de garçons et de filles d’honneur censés accompagner la Rosière. Outre la couronne de roses reçue des mains du maire, celle-ci doit aussi se voir offrir des produits du terroir.

Le président de la confrérie de Saint-Médard, qui se définit comme « féministe sans être acharné » considère cette fête comme une « mise en valeur des femmes des milieux ruraux, souvent moins mises en avant que les femmes des villes ». Elle permet selon lui de perpétuer « une tradition locale dans sa dimension charmante et champêtre » mais ne prétend nullement en proposer « une reconstitution historique ».

Bertrand Tribout déplore une polémique « inutile qui est exactement le contraire de ce qu’on veut mettre en avant : les femmes des milieux ruraux avec un côté jeune, sympathique, souriant. » Pour autant, il promet de se montrer raisonnable face à la décision de la municipalité : « Si le maire annule la fête et ne peut pas mettre en valeur le patrimoine du village, ce que je trouverais extrêment dommage, on ne va pas s’y opposer. Nous ne sommes pas là pour nous livrer à un bras de fer avec la municipalité. »