Marseille: «On a cru qu'il allait mourir!» Les salariés d'un McDonald's traumatisés après que l'un d'entre eux a menacé de s'immoler

SOCIAL Les salariés du McDonald's Saint-Barthélémy, dans les quartiers Nord de Marseille, entament un mouvement social ce mercredi, après que leur délégué syndical a menacé de s'immoler. Ils protestent contre la cession du restaurant...

Jean Saint-Marc

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Le McDonald's a été fermé au public ce mercredi.
Le McDonald's a été fermé au public ce mercredi. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • Le McDonald's de Saint Barthélémy a été secoué par plusieurs faits divers, ces derniers jours. 
  • Ce mardi, un des salariés a menacé de s'immoler par le feu pour protester contre la reprise du restaurant par un nouvel investisseur. 
  • Les salariés soutiennent leur collègue et racontent leur désarroi : ils ne savent pas si leurs emplois seront préservés. 

Ils partagent un cookie, un café et, surtout, partagent leurs peines. « Qu’est-ce qu’on va devenir ? » Une vingtaine de salariés du McDonald's de Saint-Barthélémy, dans les quartiers Nord de Marseille, occupaient pacifiquement leur restaurant, ce mercredi. Ils ont bâché les fenêtres, monté les chaises sur les tables et discutent de l’avenir. Qu’ils voient en noir. « Je suis dans le flou… La seule chose qui se profile, c’est le chômage », lâche Sofiane, 11 ans de boîte.

Ce mardi, les salariés de McDonald’s ont vu leur sous-directeur et représentant syndical tenter de s’immoler par le feu. « Je suis prêt à donner ma vie si ça peut sauver les emplois » : voilà ce qu’aurait crié Kamel Guemari, syndiqué chez Force ouvrière, qui a « craqué » ce mardi. Juste avant, il avait rassemblé tous les salariés à l’extérieur, prétextant une assemblée générale improvisée. Sofia raconte :

Il voulait nous mettre à l’abri. On était tous dehors, bloqués à l’extérieur, impuissants. On tapait sur les portes, on ne pouvait rien faire… C’était vraiment traumatisant, on a cru qu’il allait mourir. »

Les forces de l’ordre et la sénatrice socialiste des Bouches-du-Rhône Samia Ghali ont réussi à le raisonner. « Il va mieux aujourd’hui, on est soulagés car sans lui, on n’est rien… C’est plus que notre délégué syndical, c’est notre force », s’enflamme Nour, proche parmi les proches. « Kamel a tout le conflit sur les épaules depuis le début, on peut comprendre qu’il ait craqué », reprend Sofia, qui répond à nos questions tout en… triant des bons de livraison.

La situation était particulièrement floue, ce mercredi, au McDonald’s de Saint-Barthélémy. Normalement, ce 8 août est la date de cession du restaurant à un repreneur qui projette d’y installer un fast-food asiatique hallal. « Mais on n’a encore vu personne et ce matin on a reçu une livraison de McDo, comme si tout continuait normalement », s’agace Tony Rodriguez, délégué syndical Sud Solidaires.

« La situation est très étrange », s’étonne auprès de 20 Minutes la sénatrice socialiste Samia Ghali, qui a rencontré Kamel Guemari ce mercredi matin et qui tente, depuis, de mettre les différents interlocuteurs autour d’une même table. « Il faut trouver une solution qui permette de préserver les 77 emplois, ce que le projet de reprise, tel qu’il nous est présenté, ne permet absolument pas », explique-t-elle. Ce restaurant est, aujourd’hui, le deuxième employeur privé des quartiers Nord de Marseille. Sollicité, la direction de McDonald’s n’a pas répondu à nos sollicitations dans les délais de bouclage de cet article.

Les salariés ont entamé un mouvement de grève illimité.
Les salariés ont entamé un mouvement de grève illimité. - J. Saint-Marc / 20 Minutes

Une bagarre dimanche dernier

« Comment je vais payer mon prochain mois de loyer, mes prochaines factures ? » s’emporte Zora, qui élève seule ses enfants. Chaque nuit, elle fait des cauchemars à l’idée de se retrouver au chômage. La nuit dernière, elle a en plus rêvé d’un Kamel dans les flammes. « En trois jours, les salariés ont vécu des choses traumatisantes », rappelle Sofia : dimanche, une violente bagarre a éclaté dans le restaurant. Plusieurs personnes ont été blessées.

Cette occupation pacifique, « c’est notre façon de résister », lâche un autre salarié. Les employés de ce McDo, un bastion syndical, tentent aussi de résister devant les tribunaux : leur avocat contestera le projet de reprise devant le tribunal de grande instance le 20 août prochain.

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