Marseille: «Oh con, ils ont même ramené un pare-chocs!» On a suivi une soirée nettoyage dans une cité sensible

BONNE ACTION Deux associations et une start-up organisaient une soirée nettoyage dans la cité Félix-Pyat, dans le 3e arrondissement de Marseille. «20 Minutes» y était…

Jean Saint-Marc

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Des gants et des sacs ont été distribués aux minots bénévoles.
Des gants et des sacs ont été distribués aux minots bénévoles. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • La cité Félix-Pyat est une des zones les plus pauvres de Marseille.
  • Des associations se battent pour sensibiliser les habitants au tri sélectif.
  • Ils mènent des actions ludiques avec les jeunes du quartier, comme ce vendredi, à l'initiative du charismatique Edmund Platt, créateur de l'association «Un déchet par jour.»

« Oh con, ils ont même ramené un pare-chocs ! » Disons que c’est l’enthousiasme de la jeunesse. Ils sont une trentaine, entre 6 et 14 ans, et ça grouille autour d’Edmund Platt. Le charismatique patron de l’asso «Un déchet par jour » beugle dans son mégaphone : « Qui veut aller au ciné gratuitement ? » « Moiiiiiii », hurlent-ils en chœur, avant de piger qu’il faudra pour ça aller ramasser bouteilles en plastique et ordures en tout genre dans le quartier, un des plus pauvres de Marseille : la cité Félix-Pyat.

« De moins en moins de jets de poubelles »

« Les p’tits sont toujours motivés », se marre Zina Mebkhout, entre deux tournées de boissons fraîches – servies dans des eco-cup, évidemment. Pour la représentante d’Impact Jeunes, « c’est en partant d’eux qu’on sensibilise tout le monde au tri. Et nous, les associations, on doit aussi sensibiliser les pouvoirs publics : jusqu’à récemment, il n’y avait qu’une poubelle pour tout le bloc, il n’y avait pas assez de conteneurs ! »

Les « p’tits » qui ont ramené le pare-chocs repartent pour une tournée. Un bénévole charge un sac avec un magnifique gant « OM ». Au sol, deux pigeons dévorent ce qui ressemble à du vomi séché. Partout, on voit palettes, plastiques, gravats, sacs-poubelle éventrés par les goélands. Pardon, par les gabians. « Il y a de moins en moins de gens qui jettent les poubelles par les fenêtres, ça s’est bien calmé. Mais il y a encore des mamans qui balancent de la nourriture pour les gabians en cuisinant », lâche Véro.

Véro (cheveux gris, verbe haut) se présente comme une « bénévole professionnelle » dans le quartier. Elle est venue filer un coup de main sur l’opération, mais si jamais elle gagne la moindre place de ciné, elle la refilera aux minots du quartier : « Avec tout ce que je ramasse comme ordures, je pourrais passer ma vie au cinéma gratos ! »

Les fails de la start-up nation

C’est une start-up récemment débarquée à Marseille, Yoyo, qui a mis en place ce système. « Les bouteilles en plastique étaient très mal recyclées », explique Julia Berkowicz, la cheffe de projet. Elle revendique déjà une cinquantaine de trieurs dans le 3e arrondissement de Marseille : chaque sac orange rempli de bouteilles leur rapporte 125 points, et, tous les quatre sacs, il y a un lot à gagner.

Yahya, habitant de la cité Félix-Pyat, est fier comme tout de se présenter comme « coach Yoyo » : « J’ai une équipe de trieurs, je ramasse aussi et je récupère leurs sacs. Ensuite je les amène à Yoyo », raconte ce jeune homme de 28 ans. Il vient de commencer. Et comme la start-up nation ne se fera pas sans bug, il avoue dans un sourire son premier fail : « J’avais trié plusieurs sacs… Et mon père les a balancés. Le travail de sensibilisation commence chez moi, en fait ! » se marre-t-il.

Le baroud d’honneur d’Edmund Platt

Pendant qu’on discute, Edmund Platt s’active. « Fils de p… oubelle », lâche-t-il dans sa barbe, contre ces Marseillais qui balancent leurs déchets par terre. Cette action, ce vendredi, c’est son baroud d’honneur : le célèbre militant britannique va quitter Marseille. Ce n’est pas de la lassitude, assure-t-il, c’était prévu de longue date. L’éternel voyageur vise la Tasmanie, qu’il compte rallier en autostop. Sur la route, il continuera son combat : il a déjà rendez-vous avec des écoliers roumains pour faire de la sensibilisation au tri. Et que dira-t-il de Marseille, à Bucarest ou en Tasmanie ? « Que c’est la ville la plus sale de France… Et la plus belle ville du monde ! »

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