«Monstres légendaires»: Le Yéti, cet abominable homme des neiges qui terrorisait l’Himalaya

SÉRIE 3/5 En explorant, au début du 20e siècle, les voies d’accès à l’Everest, les premiers alpinistes ont surtout découvert la légende du yéti…

Vincent Vantighem

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Un homme déguisé en yéti remporte un concours de déguisement organisé par Disney en Californie.
Un homme déguisé en yéti remporte un concours de déguisement organisé par Disney en Californie. — MARK RALSTON / AFP
  • « 20 Minutes » propose une série d’articles sur les monstres légendaires.
  • Retronews, le site de la Bibliothèque nationale de France, nous a ouvert ses archives.
  • L’occasion de revenir sur la légende du yéti qui fit beaucoup parler d’elle entre 1920 et 1950.

20 Minutes, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France, propose une série d’articles sur les « monstres légendaires ». Aujourd’hui, focus sur le yéti.

« Oh ! Que vous avez de grands pieds ! » Voilà typiquement ce que Charles Howard-Bury aurait pu dire au yéti. Mais, en bon militaire britannique, il n’était pas du genre à citer Le Petit Chaperon rouge. Et surtout, il ne l’a jamais croisé. C’est pourtant à cause de lui que les journaux du monde entier se sont mis, en 1921, à parler de l’abominable homme des neiges.

A l’époque, Howard-Bury dirige la première expédition britannique de reconnaissance de l’Everest. Il envoie régulièrement des nouvelles aux journaux. Et elles deviennent « sensationnelles », assure Le Journal des débats, le jeudi 24 novembre 1921. Non pas que ce fan d’alpinisme soit parvenu au sommet – il faudra attendre 1953 pour cela. Mais, il a découvert « avec stupeur » des empreintes de pieds humains dans la neige à près de 6.000 mètres d’altitude, raconte ce journal dans lequel écrivirent Chateaubriand, Balzac ou encore Kessel.

« Des assassins qui n’auraient que pour vêtements leurs vertus »

C’est un mystérieux « R.P. » qui raconte la même histoire dans Le Temps du 27 novembre de la même année. « Ils se croyaient les premiers à atteindre ces cimes formidables et voici que d’autres êtres (aux pieds insensibles au froid) avaient parcouru – récemment – cette région mystérieuse. » Si Donald Trump était né – et Twitter aussi –, il n’aurait pas hésité à hurler à la « Fake news » en lettres capitales.

Car, dans son article, « R.P. » évoque clairement l’analyse des anthropologues qui estiment qu’il s’agit en fait des traces d’un grand singe, le langur. Pour autant, le journaliste choisit « Les hommes sauvages de l’Himalaya » comme titre et s’attarde longuement sur les légendes autour des mœurs tibétaines. « Certains spécialistes déclarent que les assassins sont condamnés non à mort mais à un exil dans la région inhabitée » où « ils retomberaient à l’état primitif ».

Des langurs photographiés dans l'ouest de l'Inde.
Des langurs photographiés dans l'ouest de l'Inde. - HIMANSHU SHARMA / AFP

S’appuyant sur la « tradition générale » rapportée par « les porteurs indigènes », Le Journal des débats donne même une description précise de ces bêtes sauvages dont – rappelons-le, seules les empreintes ont alors été découvertes. « Velus, ils vivent dans ces solitudes glacées (..) Ils n’auraient pour vêtements que leurs vertus et une fourrure que la nature leur aurait accordée. »

Caquetage de poules et traitement contre les hémorroïdes

La course au sommet de l’Everest étant lancée, les expéditions dans l’Himalaya se multiplient au même rythme que les révélations dans les journaux. En novembre 1929, Le Journal des débats – décidément à la pointe sur le sujet – consacre un article à une équipe allemande escaladant le mont Kinchinjuga (8.585 mètres d’altitude). Rendez-vous compte : des alpinistes cachés sont parvenus à surprendre la conversation entre deux yétis. Et « leur voix ressemble, paraît-il, au caquetage des poules ».

En 1936, c’est Le Petit Journal qui évoque l’abominable homme des neiges dans un entrefilet succédant à un sujet sur le traitement efficace des hémorroïdes. Cette année-là, c’est l’explorateur Eric Shipton qui part à l’assaut du sommet et revient en racontant toutes les histoires que ses porteurs lui ont livrées sur le yéti.

Star de « Tintin au Tibet » et de « l’Empire contre attaque »

Eric Shipton y croit dur comme fer. Il ne lâche rien. Repart fréquemment à l’assaut de l’Everest. Il est le premier à ouvrir une voie côté népalais en 1951 et surtout à ramener la photographie d’une empreinte du fameux homme des neiges.

Étrangement, c’est à partir de ce moment-là que le yéti bascule des colonnes des journaux à la fiction pour ne plus jamais en sortir. Hergé lui offre un beau petit rôle dans Tintin au Tibet (1960) et chaque pays lui donne un petit surnom adapté à ses croyances locales. Les États-Unis le surnomment « Big Foot » et Georges Lucas en livre une version sanguinaire dans L’Empire contre-attaque en 1980.

Les Canadiens préfèrent, eux, parler du Sasquatch qui fera une apparition remarquée en 2010 dans le jeu vidéo Read Dead Redemption : Undead Nightmare.

Il aura en fait fallu attendre quasiment un siècle après son apparition dans les journaux pour que le mystère de l’abominable homme des neiges soit enfin levé. En novembre 2017, la biologiste Charlotte Lindqvist livre les résultats de l’étude génétique qu’elle a menée sur neuf échantillons (os, dents, peaux, poils, fèces…) supposés de yétis et conservés dans des musées ou des collections privées.

« Nos résultats suggèrent fortement que les fondements biologiques de la légende du yéti peuvent être trouvés chez les ours locaux », tranche-t-elle. C’en est fini du caquetage des poules au sujet de l’abominable homme des neiges !

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