Accident mortel en Corse: le canyoning est-il un sport dangereux?

SPORT Ce sport de montagne estival fait chaque année des blessés en France...

L. C. avec J. S.-M.

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Illustration : du canyoning au Canada.
Illustration : du canyoning au Canada. — Francois-Xavier De Ruydts/SIPA

L’accident de canyoning qui a fait cinq morts mercredi à Soccia, en Corse, est le plus grave survenu en France depuis dix ans. Chaque année, des accidents surviennent dans les canyons et 26 personnes sont décédées en dix ans en pratiquant cette activité, selon des chiffres rassemblés par l’AFP.

Descendre en rappel le long d’un torrent, glisser sur des rochers, escalader des parois humides… Le canyoning consiste à descendre des cours d’eau de montagne, rivières, ruisseaux, torrents ou gorges, sans embarcation, souvent en groupe. Ce sport de nature mêle la marche, la nage, les sauts, les glissades, la désescalade et la descente en rappel. Cette activité estivale est-elle particulièrement dangereuse ?

Canyoning : mortalité depuis 2008
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Des dizaines de blessés chaque année

En termes de mortalité, peu d’études existent mais un rapport établi en 2010 par l'Institut de veille sanitaire permet de comparer le canyoning avec d’autres sports extrêmes. Au cours de cette année-là, une personne était décédée dans un canyon, contre 29 en faisant de l’alpinisme, 16 de la randonnée, 12 du kayak ou 10 du parapente, par exemple.

Comme pour d’autres sports aquatiques et de montagne, le risque d’accident est important en canyoning. Les chutes et les sauts ratés font chaque année des dizaines de blessés en France. Dans le cas de la mort de cinq personnes à Soccia mercredi, c’est la subite montée des eaux qui a semble-t-il été fatale.

Le débit d’eau, risque numéro 1

« Le danger, dans le canyoning, ce n’est pas tant la chute… C’est la montée des eaux. Qu’on ne parvient pas toujours à comprendre », témoigne Paul-André Colombani, député de Corse du Sud qui connaît bien le site de l’accident. « C’est un lieu connu pour pas être facile. Il y a deux parties, la deuxième est assez étranglée. Il y a eu des alertes dans le passé, une évacuation un peu délicate, notamment ».

Les touristes décédés étaient accompagnés par des guides, l’un d’eux est mort. « On ne peut pas dire qu’ils ont été imprudents car les orages, c’est quelque chose d’imprévisible. Peut-être aurait-il [le guide] dû se renseigner un peu plus sur les conditions météo ? Mais ça reste imprévisible, à 200 mètres près l’orage n’aurait pas eu les mêmes conséquences », estime Pierre-Marie Mancini président de l’association des maires de Haute-Corse.

« Tous les accidents mortels en canyoning sont liés à un débit d’eau excessif », abonde le lieutenant Auvaro, conseiller technique auprès du directeur pour le groupe Montagne Sapeurs pompiers des Alpes maritimes, premier département en fréquentation des canyons. C’est pour cela qu’il insiste sur l’importance de bien lire les bulletins météo avant de faire du canyoning. « Il vaut mieux partir tôt le matin, car c’est au milieu de l’après-midi que le risque d’orages augmente ».

Quelques précautions indispensables

Météo France émet des bulletins d’alarme en cas de risques d’orages importants et parfois les préfets prennent des arrêtés interdisant le canyoning pour une durée déterminée. « Il faut ensuite s’informer, soit auprès des professionnels du secours, ou de la montagne, ou du loueur de matériel, sur le canyon que vous comptez descendre, pour savoir s’il se remplit rapidement lorsqu’il pleut », poursuit le pompier. Car en cas de précipitations abondantes, certains canyons se remplissent très vite, avec un phénomène de vague qui balaie tout sur son passage.

Quant aux accidents non mortels, « ils découlent le plus souvent d’une mauvaise réception lors d’un saut, cela peut causer une luxation épaule, un traumatisme du dos, des fractures ou entorse des chevilles », poursuit le lieutenant Auvaro.

« Si on est novice, il faut évidemment se faire encadrer par un professionnel et choisir un canyon dont la difficulté est adaptée à son niveau et à sa forme physique », conseille-t-il. De nombreux guides et sites détaillent les particularités des canyons de l’Hexagone. Toutes ces précautions permettent de limiter les risques, et le canyoning n’est « pas plus dangereux qu’une autre activité de nature », relativise le professionnel.

Autres réflexes à avoir : avertissez une personne tierce du canyon que vous descendez et de l’heure à laquelle vous prévoyez d’être de retour. Partez avec au moins un téléphone chargé afin d’alerter les secours si besoin. Certains canyons ont des chemins de sortie, il est utile de les repérer avant de faire votre sortie. « Si ça ne va pas, il faut se mettre en position haute et attendre les secours », complète le lieutenant Auvaro.

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