«Monstres légendaires»: La ganipote, le loup-garou qui semait la terreur dans l'ouest de la France

SERIE (2/5) Aujourd'hui, qui se souvient de la ganipote? Mais jusqu'au XXe siècle ce monstre légendaire, sorte de loup-garou, effrayait les paysans dans les campagnes de l'ouest de la France...

Caroline Politi

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Le mythe de la ganipote a effrayé les campagnes de l'Ouest. Illustrationparue dans Marianne en 1939.
Le mythe de la ganipote a effrayé les campagnes de l'Ouest. Illustrationparue dans Marianne en 1939. — Marianne/Retronews
  • 20 Minutes, en partenariat avec Retronews, propose une série d’articles sur les « monstres légendaires ».
  • Aujourd’hui, retour sur la légende du fantôme de la ganipote.
  • L'animal imaginaire a semé la terreur dans l'ouest de la France, notamment en Charente et en Charente-Maritime. 

20 Minutes, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France, propose une série d’articles sur les « monstres légendaires ». Aujourd’hui, focus sur le fantôme de la ganipote.

« Quel est cet animal ? Certains croient à une mystification faite pour épouvanter les ouvriers trop crédules qui sont bien persuadés d’avoir vu, et bien vu, une ganipote. » Fin août 1939, les journaux parisiens se font l’écho d’un fait divers qui s’est produit dans le petit village de Cougou, à une soixantaine de kilomètres au nord de La Rochelle (Charente-Maritime). Trente paysans affirment avoir aperçu, alors qu’ils rentraient du battage, le fantôme d’une bête étrange. « Sur le chemin, un fantôme appelé en patois du pays ganipote se présenta devant leurs yeux, sautant, dansant et caracolant », écrit le journaliste du Matin. Cette bête est « un quadrupède mesurant environ 1,80 mètre, couvert d’une robe à long poil blanc », poursuit celui de L’Oeuvre.

Cette créature, sorte de loup-garou, appartient à la mythologie populaire de l’ouest de la France et fut particulièrement crainte en Charente, Charente-Maritime et dans le nord de la Gironde. On trouve trace de la ganipote (ou ganipotte) dans les livres sur l’histoire locale ou le patois dès le milieu du XIXe siècle. Pierre Joanin fut l’un des premiers à évoquer cet animal dans son dictionnaire du patois saintongeais, en 1869. « Ce sont des sorciers qui se changent en chien blanc la nuit pour faire peur et mal », écrit-il dans son ouvrage. « Lorsque les érudits en parlent pour la première fois dans leurs livres, cela signifie que cette mythologie appartient à l’imaginaire populaire depuis au moins 200 ou 300 ans », précise Didier Catineau, journaliste-écrivain, spécialiste du pays saintongeais. Selon les coins, la bête se transforme en chien, loup, lièvre ou mouton.

Des lanternes pour faire peur à la ganipote

La mythologie populaire rapporte que la ganipote ère la nuit dans les campagnes et terrorise les marcheurs nocturnes en s’accrochant à leur dos et en tentant parfois de les étrangler. « La légende rapporte que c’est un animal que personne n’a jamais vu car il attaque toujours ses victimes de dos et surtout il ne supporte pas la lumière. Pour s’en prémunir, les paysans creusaient des betteraves et mettaient des bougies à l’intérieur pour en faire des lanternes », assure Didier Catineau, qui précise que comme souvent, l’irrationnel populaire est porteur d’une morale, en l’occurrence, « ne sortez pas seul le soir ».

Régulièrement, la presse se fait l’écho de fait divers impliquant la ganipote… principalement pour rappeler que la bête n’existe pas. « Les ganipotes, les sorciers et les loups-garous n’ont jamais existé que dans les imaginaires malades mais les rôdeurs de nuit sont très habiles pour trouver les moyens de ne pas être inquiétés dans leurs opérations », peut-on lire dans le quotidien local L’Espérance, le 20 février 1874. Le Conservateur, une dizaine d’années plus tard va encore plus loin. « Si l’idiot personnage qui a joué au fantôme avait reçu quelques grains de plomb dans le derrière, cela l’aurait assurément guéri de recommencer une farce aussi stupide ».

Une légende peu à peu oubliée

Peu à peu la légende est tombée en désuétude. « Au XXe siècle, beaucoup de gens ont délaissé le travail de la terre et sont partis s’installer en ville. Ces croyances qui se transmettent de bouche-à-oreille, principalement dans les campagnes, se sont peu à peu perdues même si vous trouvez encore des personnes âgées qui connaissent la ganipotte », précise Didier Catineau. Lui, s’est mis en tête de faire revivre cette légende, notamment pour contrer la folie d’Halloween et lui donner un ancrage local. Cette année, il organisera le 31 octobre pour la première année, la « nuit de la ganipote » pendant laquelle des conteurs raconteront des histoires qui font frémir. « Elle fait partie de notre identité, autant la mettre en avant. »