Marseille: La mairie veut rénover un «quartier représentatif de la ville et de son histoire»

MUTATION La rénovation de la place Jean-Jaurès, une place populaire, doit débuter au mois de septembre…

Adrien Max

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La conférence de presse des opposants au projet de rénovation de la plaine se sont réunis sur la place.
La conférence de presse des opposants au projet de rénovation de la plaine se sont réunis sur la place. — Adrien Max / 20 Minutes
  • La rénovation de la place populaire Jean Jaurès à Marseille doit débuter en septembre.
  • Les opposants regrettent le manque de concertation avec la Soleam, porteuse du projet.
  • Ils regrettent la rénovation totale de la place, qui pourrait modifier la vie dans le quartier.

Un marché populaire, des restaurants, des bars associatifs. Des jeux d’enfants où se pressent les familles du quartier, des grandes tables en bois pour pique-niquer ou boire l’apéro, à l’ombre des tilleuls. Des parties de pétanques, de foot, qui n’en finissent pas. Et même une fanfare les douces nuits d’été, qui n’hésite pas à faire veiller les noctambules jusque très, très, tard.

Une place populaire, un lieu de rendez-vous de tout un quartier, voilà comment résumer la place Jean-Jaurès communément appelée la Plaine, à la frontière entre les 1er, 5e et 6e arrondissements de Marseille.

Des enfants jouent sur les jeux de la plaine.
Des enfants jouent sur les jeux de la plaine. - Adrien Max / 20 Minutes

Pourtant tout cela pourrait bientôt ne plus exister. Des travaux de rénovation de cette place doivent débuter courant septembre. Mais les opposants à ce projet, dans les cartons depuis trois bonnes années, n’ont pas dit leur dernier mot. Ils se sont réunis ce jeudi matin pour présenter leurs arguments, et surtout faire reculer le projet « avant qu’il ne soit trop tard ». Ils ont d’ailleurs lancé une pétition en ligne contre le projet.

« Une place populaire et méditerranéenne »

« Que les choses soient claires, nous ne sommes pas contre un projet de rénovation de cette place qui en a bien besoin, mais pas dans les conditions présentées par la Soleam », annonce en préambule Bruno Le Dantec, membre de l’assemblée de la Plaine. La Soleam, société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine, est en charge de ce projet à 13 millions d’euros, avec des travaux prévus sur trois ans. Elle se vante d’une démarche collective et collaborative, de quoi faire bondir les opposants.

Les principales revendications des opposants au projet de rénovation de la Plaine.
Les principales revendications des opposants au projet de rénovation de la Plaine. - Adrien Max / 20 Minutes

« Aucun des avis lors des rares consultations qu’il y a eu lieu, n’a été pris en compte. Sur les registres, près de 80 % des personnes se disaient opposées au projet, ou tout du moins dans ce qui était proposé », rappelle Marta, elle aussi membre de l’assemblée de la Plaine. Surtout, elle fait remarquer que les objectifs fixés par cette rénovation existent déjà : « En faire une place populaire et méditerranéenne alors qu’il y a déjà de la mixité sociale et qu’il s’agit déjà d’un lieu de vie de proximité », ajoute-t-elle.

Transports

Une absence de concertation qui découle sur une opposition franche au projet. L’abattage de tilleuls, la modification de la circulation, la disparition de places de parking (de 400 places à 65 places « minute »), la réduction du nombre de forains sur le marché, ou les usages prévus, ne passent pas.

« Bien sur que nous voulons une réduction du nombre de voitures en ville, mais la modification du plan de circulation pour ne laisser qu’une voie en plein milieu de la place va engendrer d’énormes complications dans les alentours », regrette Martin, membre de l’assemblée de la plaine.

Une vue large du projet de rénovation de la Plaine.
Une vue large du projet de rénovation de la Plaine. - Agence APS - Soleam

La question des transports en commun est bien évidemment centrale dans une ville qui en manque cruellement. Pierre Garcia est restaurateur et vice-président de l’association des commerçants et des riverains de la Plaine. « Beaucoup de mes clients viennent de loin, pas seulement du centre-ville. Comment voulez-vous qu’ils fassent pour venir ici s’il n’y a pas de places de parking ? Il est plus facile de venir du Vieux-Port à pieds qu’en métro. Ils ont supprimé le parking gratuit pendant midi, j’ai constaté une baisse de 20 % de mon activité », s’inquiète-t-il.

« Projet ambitieux »

Mathieu Grapeloup, observateur des mutations de la ville à travers sa page Facebook Marseille à la loupe, trouve, lui, ce projet positif. « Pour une fois la ville et la Soleam ont concocté un projet ambitieux. Ambitieux parce qu’il réduit drastiquement la place des voitures pour les modes doux. Le projet est beau », considère-t-il à titre personnel.

Mais il émet néanmoins quelques réserves. « Je suis chagriné qu’ils coupent des arbres, même s’ils vont en replanter. Ils parlent d’améliorer les lieux de convivialité mais il n’y a même pas un terrain de pétanque, c’est dommage », regrette-t-il. « En lieu et place du terrain de pétanque et de foot, ils prévoient d’installer des brumisateurs alors qu’ils n’arrivent même pas à entretenir une fontaine », plaisante à moitié Martin, autre membre de l’assemblée de la Plaine.

Mort programmée ?

Derrière ce projet, beaucoup y voient la volonté de la mairie de transformer en profondeur cet endroit populaire du centre-ville. « Ça fait 20 ans qu’ils laissent la place à l’abandon. Pas d’éclairage public un jour sur deux, la butte est colonisée par les rats, les jeux d’enfants sont dégradés, les déchets du marché ne sont pas traités. Pourquoi seraient-ils désormais capables de l’entretenir, alors qu’ils auront investi 13 millions ? », s’interroge Bruno.

Le marché de la Plaine à Marseille
Le marché de la Plaine à Marseille - Adrien Max / 20 Minutes

Surtout, ces trois ans de travaux risque de faire mourir le quartier à petit feu. « Les forains qui ne seront pas conservés pendant les travaux vont devoir aller dans des marchés des quartiers Nord, les commerces risquent d’en pâtir et de fermer au fur et à mesure », prévoit Bruno. « Ce quartier, c’est comme le stade, tout le monde vit ensemble. Il est représentatif de la ville et de son histoire et pourtant ils veulent tout détruire », se désole-t-il.

Ils auraient souhaité une rénovation partielle et non pas complète comme celle prévue, en concertation avec ses usagers. « Ce lieu a connu des coups durs comme le déménagement du marché de gros dans les années 1970. Mais il a su se réinventer avec de la bonne volonté et le développement de lieux artistiques, de boutiques de créateur », se remémore Pierre. Des journées conviviales, pour rester dans le même esprit, sont prévues au mois de septembre, « la meilleure solution c’est de continuer à faire vivre la plaine », résume Bruno.

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