Affaire Benalla: Gérard Collomb, le ministre qui ne savait rien (ou pas grand-chose)

ENQUETE Devant les députés de la commission des Lois, le ministre de l’Intérieur a renvoyé ce lundi la responsabilité d’éventuels manquements au préfet de police de Paris et au directeur de cabinet d’Emmanuel Macron…

Thibaut Chevillard

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Gérard Collomb à l'Assemblée nationale, lundi 23 juillet 2018
Gérard Collomb à l'Assemblée nationale, lundi 23 juillet 2018 — ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA
  • Un responsable de la sécurité d’Emmanuel Macron « en observation » auprès des forces de l’ordre a été filmé frappant un jeune homme au sol, lors du défilé parisien du 1er-Mai.
  • Parallèlement à l’enquête judiciaire menée par la PJ parisienne et l’IGPN, députés et sénateurs vont entendre dans les prochains jours les protagonistes de l’affaire.
  • Auditionné ce lundi devant la commission des Lois de l’Assemblée nationale, Gérard Collomb a chargé le cabinet d’Emmanuel Macron et la Préfecture de police.

Il fut un temps où le ministre de l’Intérieur était l’homme le mieux informé de France. Cette époque semble définitivement révolue tant les réponses apportées ce lundi par Gérard Collomb aux députés de la commission des Lois sont évasives. Interrogé durant deux heures et demie sur l' affaire Benalla, le Premier flic de France s’est défendu de tout manquement personnel. Il s’est largement défaussé sur la Préfecture de police et le cabinet d’Emmanuel Macron et compte sur l'enquête de l'IGPN -la police des polices- pour faire la lumière sur cet épineux dossier qui embarrasse la Macronie depuis plusieurs jours.

Il l’a assuré : Gérard Collomb n’était pas au courant de la présence du sulfureux collaborateur d’Emmanuel Macron lors de la manifestation du 1er-Mai, durant laquelle il a été filmé en train de s'en prendre à un homme et une femme place de la Contrescarpe (5e arrondissement). D’ailleurs, jusque très récemment, il ne « connaissait pas » le chargé de mission du président, et « encore moins » Vincent Crase, un employé de LREM qui était à ses côtés place de la Contrescarpe et qui a, lui aussi, été filmé en train de commettre des violences « inadmissibles ». Lorsqu’il croisait Alexandre Benalla lors d’évènements en présence d' Emmanuel Macron, il pensait qu’il « faisait partie des services de police ».

« Je n’en sais rien »

Ce n’est que bien plus tard que l’hôte de la place Beauvau a découvert que les deux hommes, mis en examen dimanche soir, « étaient présents sur les lieux et s’étaient rendus ensuite, d’ailleurs de manière à mon avis inopportune, dans la salle de commandement où j’étais allé regarder avec le préfet de police la suite des opérations ». Qui les avait conviés ? « Je n’en sais rien », a répondu penaud Gérard Collomb. Avant de préciser que la Préfecture de police « était sans doute informée » de la « venue sur la manœuvre » de ces deux personnes. « Pas forcément le préfet lui-même », mais au moins « le chef d’Etat-major ».

Le jour de la manifestation, un casque et des éléments de protection ont été remis à Alexandre Benalla, comme toujours avec les «observateurs» en immersion avec les forces de l'ordre. En revanche, « il semble que ni le brassard de police, ni le poste de radio, ne lui ont été remis à cette occasion », explique Gérard Collomb. D’ailleurs, il n’a constaté que le 18 juillet dernier, au moment de la révélation de l’affaire par Le Monde, qu’Alexandre Benalla était en possession de ce matériel. Ce qui a justifié, affirme-t-il, qu’il saisisse l’IGPN. Car en l’état, il ne « sait pas » qui les lui a fournis.

« Je l’ai découvert mercredi dernier »

Les députés de l’opposition s’interrogent : pourquoi Gérard Collomb n’a-t-il pas signalé les délits commis par les deux hommes au procureur de la République, comme l’article 40 l’impose ? Là encore, l’ancien maire de Lyon a botté en touche. « Ce n’est pas au ministre qu’il appartient de le faire ». Selon lui, après avoir été mis au courant de l’affaire par le chargé de mission en charge des réseaux sociaux de l’Elysée, ses services ont pris attache avec le cabinet du président de la République et la Préfecture de police. « Je pensais, comme c’est la règle, que les mesures appropriées avaient été prises. C’était à eux de prendre les sanctions et éventuellement d’informer les autorités judiciaires ».

Autre questionnement des parlementaires : le ministre de l’Intérieur était-il au courant qu’une autorisation de port d’arme avait été délivrée à Alexandre Benalla contre l’avis des services de la place Beauvau ? Une fois de plus, Gérard Collomb a rejeté la faute sur la préfet de police qui a pris un arrêté, le 13 octobre 2017, autorisant le conseiller du président à porter une arme « sans que mon cabinet n’en ait été avisé ». « Je l’ai découvert mercredi dernier. » Il ajoute que Michel Delpuech l’avait en outre autorisé « à détenir une arme uniquement dans les locaux du siège de la campagne ». Une autorisation qui a depuis expiré.

Une nouvelle audition mardi

Enfin, les élus se demandent pourquoi Alexandre Benalla, qui n’était ni policier, ni gendarme d’active, roulait en Renault Talisman équipé d’un gyrophare. Et une nouvelle fois, le ministre a eu du mal à leur répondre. « Je ne suis pas en mesure de vous indiquer pourquoi et comment il a disposé d’un véhicule avec ce type d’équipements. »

Bref, au terme de la séance, les réponses du ministre de l’Intérieur n’auront pas permis d’éclairer les députés sur les zones d’ombre de cette affaire. Il sera à nouveau, mardi, sous le feu des questions des sénateurs qui voudront eux aussi comprendre comment les agissements d’une jeune de 26 ans, se prenant pour un policier, peuvent déstabiliser la République.
 

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