L’école de cinéma de Luc Besson va-t-elle fermer? Les étudiants appellent à l’aide, la direction reste muette

ENSEIGNEMENT Selon nos informations, l’école de cinéma gratuite créée en 2012 par le réalisateur et producteur du « Grand Bleu » devrait prochainement fermer ses portes. Les étudiants encore scolarisés dans l’établissement déplorent l’absence d’explication claire fournie par la présidence et la direction…

Helene Sergent

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L'école de la Cité du cinéma créée par Luc Besson en 2012 est installée à l'intérieur de la Cité du cinéma à Saint-Denis.
L'école de la Cité du cinéma créée par Luc Besson en 2012 est installée à l'intérieur de la Cité du cinéma à Saint-Denis. — FRANCK FIFE / AFP

Le téléphone sonne inlassablement dans le vide. Depuis la publication dans le Monde le 9 juillet dernier de l’annulation du concours d’entrée à l’école de la Cité, plus personne ne décroche. Un silence assourdissant de la direction et de la présidence de l’école qui suscite chez les étudiants, une vive inquiétude. Créé en 2012 par le réalisateur et producteur Luc Besson, cet établissement privé mais entièrement gratuit forme chaque année une trentaine de jeunes scénaristes et réalisateurs.

L’ambitieux projet, essentiellement financé par des dons et du mécénat, séduit plus de 2.600 candidats la première année. Elle attire également de nombreux professionnels et le travail des étudiants est régulièrement sélectionné dans des festivals professionnels. Installée dans les imposants locaux de la Cité du cinéma à Saint-Denis, l’école accumule rapidement les dettes. Cinq ans après sa création, elle accusait un déficit de 669.000 euros selon les comptes annuels publiés au Journal Officiel.

Réorganisation ou fermeture ?

Dans l’unique déclaration écrite concédée par la direction de l’école de la Cité et consultée par 20Minutes, ces difficultés financières sont jugées responsables de l’annulation du concours : « Faute de financements suffisants de l’Etat et parce que les dons privés ne sont pas au niveau nécessaire, l’Ecole de la cité doit redéfinir les conditions de son équilibre financier ». En 2018 pourtant, l’école a reçu 400.000 euros de subventions publiques versées par le CNC (Centre national du cinéma) et la région Île-de-France. Pour autant les responsables de l’école ont « pris la décision de repousser le recrutement de nouveaux élèves à une date qui sera rendue publique ultérieurement. Afin de prendre les bonnes décisions, nous mettons à profit l’été pour nous réorganiser », conclut le communiqué.

Selon nos informations, la « réorganisation » promise par la direction se traduirait concrètement par une fermeture prochaine de l’école. « Il y a eu une réunion fin juin. Tous les élèves actuels de l’école ont été convoqués (…), c’est là où on nous a annoncé qu’il n’y aurait pas de nouvelle promo l’année prochaine, donc aucune suite pour l’école. Même si le mot n’a pas été prononcé, je ne me fais aucun espoir sur l’avenir de la formation », rapporte un élève récemment diplômé de l’école de la Cité. L’équipe administrative et pédagogique de l’école aurait également été informée de l’arrêt prochain de l’établissement.

Le grand bluff

Frileux à l’égard de la presse depuis plus de trente ans, Luc Besson a toujours fait du silence sa stratégie de communication favorite. Sollicitée à de nombreuses reprises par 20 Minutes, son bras droit et vice-présidente de l’établissement Isabelle Agid n’a pas répondu à nos demandes d’interview. Le directeur, Laurent Jaudon, est lui aussi resté silencieux, nous renvoyant vers la vice-présidente.

Partenaire historique de l’école, le groupe Kering s’est refusé à « tout commentaire ». Le groupe TF1 a réaffirmé son soutien à l’école et aux étudiants, « si le programme se poursuit ». Quant aux subventions de la région Ile-de-France, celles-ci sont « conditionnées pour les années suivantes au projet pédagogique de l’école », rappelle le cabinet de Valérie Pécresse.

Si une ancienne élève affirme également à 20 Minutes avoir été informée de cette fermeture via l’association des anciens élèves, sa présidente assure n’être au courant de rien : « On essaie de se coordonner avec l’école et les élèves pour leur transmettre les informations dont on dispose. Mais en dehors de l’annulation du concours cette année et de l’arrêt du recrutement d’une nouvelle promotion, on ne sait rien », soutient Alice Wagret, à la tête de l’association des anciens élèves.

Installée quelques mètres plus loin sous l’immense nef de la Cité du cinéma, la société de production de Luc Besson, Europacorp, dément la fermeture imminente et l’arrêt de cette formation. « Il n’est pas question de fermer l’école, il s’agit d’une réorganisation », maintient Régis Lefevbre, porte-parole de la société.

« On est un peu livrés à nous-mêmes »

Qu’adviendra-t-il de la soixantaine d’étudiants de la promotion 2017-2019 parrainée par Jan Kounen ? Et quelles seront les conditions de départ pour l’équipe salariée de l’école ? A ces questions, aucune réponse. La première réunion organisée fin juin entre la vice-présidente et les élèves a laissé de nombreuses interrogations en suspens, Isabelle Agid les incitant à se tourner directement vers Luc Besson pour évoquer l’avenir de l’école.

« On ne comprend pas en fait, ça nous dépasse. C’est une école qui est jeune, y’a pas énormément d’effectifs, pas énormément de moyens, on est un peu livrés à nous-mêmes », déplore un étudiant. « On n’a aucune info sur les raisons de cette fermeture… Est-ce que c’est à cause du modèle de financement ? De la chute d’Europacorp ou des récentes plaintes visant Luc Besson ? Aucune idée et personne ne communique dessus. Je suis même pas sure que l’administration soit au courant de la véritable raison », ajoute une ancienne étudiante.

Soucieuse de voir l’école subsister, l’association des anciens élèves a interpellé la ministre de la Culture dans une lettre publiée ce jeudi par BFM Business. Des membres de l’association se seraient également tournés vers le ministère de l’Enseignement supérieur. Un appel à l’aide resté pour l’heure sans réponse précise Alice Wagret : « Tout ce qu’on veut, c’est que cette formation géniale perdure. On ne sait pas sous quelle forme, mais peu importe, l’aspect juridique ne nous concerne pas directement. On tient simplement à ce que cette formation continue d’exister ».

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