L'accident avait coûté la vie à Anne-Laure Moreno, 28 ans. (illustration)
L'accident avait coûté la vie à Anne-Laure Moreno, 28 ans. (illustration) — Rafael Ben-Ari/Cham/NEWSCOM/SIPA

JUSTICE

Lyon: Le procès du drame du cours Vitton prévu le 22 octobre, quels seront les enjeux?

Une jeune femme de 28 ans avait été tuée à cause d'un chauffard roulant en excès de vitesse, sous l'emprise de stupéfiants et de l'alcool et sans permis...

  • Le procès du drame du cours Vitton à Lyon se déroulera le 22 octobre.
  • Anne-Laure Moreno, 28 ans, avait été tuée sur le coup et son amie, Julie, grièvement blessée.
  • Toutes deux avaient été fauchées par un véhicule à la suite d'un accident provoqué par un chauffard, ivre et sous l'emprise de stupéfiants.

Une étrange coïncidence. Le procès de l’accident mortel du cours Vitton se déroulera le 22 octobre à Lyon. Soit deux ans, jour pour jour, après la mort d'Anne-Laure Moréno, fauchée par un chauffard à cet endroit. Mais tous les occupants du véhicule ne seront pas jugés. L’occasion de refaire le point sur ce drame, avant que l’affaire ne passe au tribunal.

Que sait-on des faits ? Dans la nuit du 22 au 23 octobre, Julie et son amie Anne-Laure, 28 ans, rentraient de soirée et avaient décidé de marcher pour discuter un peu plus. Les deux femmes, qui habitent dans le 6ème arrondissement de Lyon, se trouvaient vers 1h30 à proximité du cours Vitton. A ce moment-là, une voiture avec quatre personnes à son bord, est arrivée à vive allure. Le chauffeur, qui n’avait pas le permis de conduire, a grillé plusieurs feux et conduisait à 105 kilomètres/heure, soit bien au-delà de la vitesse autorisée en centre-ville de 50 km/h.

Le jeune homme a fini par passer au rouge une énième fois et a percuté un autre véhicule qui traversait. Sous la violence du choc, la seconde voiture est montée sur le trottoir situé à l’angle de la rue Garibaldi et du cours Franklin-Rossevelt. Elle est venue percuter Anne-Laure et Julie. La première est décédée quasiment sur le coup et la seconde a été très grièvement blessée. Elle a dû passer plusieurs mois à l’hôpital, souffrant notamment d’un traumatisme crânien, de fractures du genou et du tibia.

Le chauffard, qui avait consommé de l’alcool et des stupéfiants, a rapidement pris la poudre d’escampette. Deux des passagers ont tenté dans un premier temps de se faire passer pour des victimes, au lieu de porter secours aux jeunes femmes ou même d’appeler les pompiers. Ils ont ensuite fui à leur tour et contacté des amis pour se couvrir et avoir un alibi.

Que sait-on du conducteur ? Le jeune homme, âgé de 25 ans au moment des faits, travaillait comme paysagiste. Il n’était pas propriétaire de la Clio qu’il conduisait. C’est sa petite amie qui lui avait prêté pour que la bande aille à Lyon, fêter l’enlèvement du bracelet électronique de l’un des garçons du groupe. Il n’a jamais passé son permis et aurait appris à conduire dans la cité de Vaulx-en-Velin, où il habitait.

Originaire d’Angola, il a été arrêté sept mois après les faits. Il n’était pas inconnu des services de police et de justice puisqu’il comptait déjà neuf condamnations à son casier judiciaire pour des vols avec violence. Mis en examen pour homicide et blessures involontaires avec circonstances aggravantes, il a été placé en détention provisoire jusqu’à son procès.

Qui sera jugé ? Deux personnes seront finalement poursuivies : le conducteur et le passager avant. Les deux derniers occupants, assis à arrière du véhicule, échapperont au procès bien qu’ils aient couvert leur ami pendant plusieurs mois, en ne le dénonçant jamais. Et bien qu’ils se soient également enfuis. Ils ne seront donc pas jugés pour « omission de porter secours » comme le demandait la chambre d’instruction.

La propriétaire du véhicule ne sera pas non plus inquiétée. La jeune femme avait pourtant prêté sa voiture en toute conscience à son amoureux, sachant pertinemment qu’il n’avait pas le permis. Le lendemain du drame, elle avait également appelé l’assurance pour déclarer que la voiture avait été volée, se dédouanant ainsi de toute responsabilité et couvrant également le chauffard.

Cette situation satisfait-elle les victimes ? Jeudi, le père d’Anne-Laure, a réagi via l’association qu’il a créée « Et 6 c’était vous ? » en faisant part de sa perplexité. « Dépourvue de toute humanité, la justice choisit la date anniversaire pour ce procès, rajoutant du drame au drame », a-t-il lâché, parlant d’une « instruction menée avec le plus grand mépris des victimes ».

La famille d’Anne-Laure avait saisi le Conseil supérieur de la magistrature estimant que le juge d’instruction n’avait pas respecté les règles dictées par la chambre d’instruction. Ce dernier a en effet mis en examen deux personnes alors que la chambre avait demandé que tous les occupants de la voiture soient poursuivis. Le procureur avait émis le même souhait.

Cette attitude inspire désormais les plus grandes craintes aux victimes qui redoutent une sanction trop clémente à l’égard des deux prévenus.

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