Loi Elan: «Le gouvernement doit généraliser l'encadrement des loyers le plus vite possible», réclame l'association de consommateurs CLCV

INTERVIEW A Paris, moins d’une annonce de location immobilière sur deux respecte le loyer maximal autorisé, selon une étude réalisée par l’association de consommateurs CLCV... 

Propos recueillis par Nils Wilcke

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Selon l’association CLCV, les prix ont explosé depuis l'abandon de l’encadrement des loyers.
Selon l’association CLCV, les prix ont explosé depuis l'abandon de l’encadrement des loyers. — DUCLOS/SIPA

Les loyers à Paris ont-ils explosé depuis l'abandon de l'encadrement des loyers en novembre 2017 ? C’est ce que soutient l’association Consommation Logement Cadre de Vie (CLCV), chiffres à l’appui. Plus d’un loyer sur deux dépasserait désormais l’ancienne limite fixée, selon une enquête rendue publique mercredi par l’association, qui a passé en revue plus d’un millier d’annonces immobilières dans la capitale. Le nombre de loyers conformes aurait quant à lui chuté de 13 % en six mois, après trois ans de stabilité.

Des chiffres contestés par l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), à l’origine de la plainte ayant mené la justice à annuler le dispositif d’encadrement des loyers fin 2017. « C’est une étude à charge parce qu’on sait que la CLCV est pro-encadrement des loyers », a expliqué mercredi sur franceinfo son directeur  Pierre Hautus. Jean-Yves Mano, président de CLCV, explique à 20 Minutes pourquoi l’application de l’encadrement des loyers devrait selon lui être appliquée à toutes les zones tendues.

Vous avez analysé 1.000 annonces immobilières à Paris. Les prix ont-ils réellement augmenté après l’abandon de l’encadrement des loyers ?

A partir du moment où le dispositif a été supprimé, les prix des loyers ont flambé dans la capitale. Aujourd’hui, un nouveau locataire sur deux à Paris paie plus de loyer qu’il ne le devrait, dans des proportions importantes. C’est la conséquence de mauvaises pratiques que nous dénonçons. Un pourcentage important de professionnels de l’immobilier ne respecte plus les règles. En un an, leur taux de conformité a plongé de 77 % à 57 %. Chez les bailleurs, même constat même si la baisse est moindre, de 44 % à 39 %.

A combien s’élève le dépassement de loyer ?

En moyenne, nous avons constaté un dépassement de 130 euros par mois, soit 1.500 euros de trop payé par an. Mais certains paient jusqu’à 5.000 euros de loyer en trop par an. Le marché est devenu fou. Ce phénomène est particulièrement visible pour les petites surfaces. Nous avons vu un 17m² à 800 euros par mois dans le 20e arrondissement ! C’est tout à fait injustifié.

Quels sont les effets de ces niveaux de loyers pour les Parisiens ?

Cette politique de loyers non contrôlés entraîne une baisse de pouvoir d’achat des habitants. Elle expulse également les classes moyennes de la capitale.

Ce phénomène est-il limité à Paris ?

Non, bien sûr. Dans les métropoles françaises, on l’observe également. A Rennes, à Bordeaux, à Nantes et dans les zones frontalières avec la Suisse… Ces zones subissent les mêmes pressions qu’à Paris. Comme à Paris, les prix montent de 6 % en moyenne par an et le pouvoir d’achat baisse car il n’y a pas d’encadrement des loyers.

L’encadrement des loyers était-il pour autant la solution ?

Ce n’est pas une baguette magique mais cela permettait de limiter les hausses de loyers incontrôlées. Depuis son arrêt, c’est la loi du plus fort qui règne en maître.

La loi était très critiquée notamment par les associations de propriétaires, qui dénonçaient une mesure liberticide…

Ce texte est équilibré et objectif. Les loyers ne sont pas sous-côtés mais les locataires évitent de subir l’emballement des prix du marché. Des pays très libéraux encadrent les loyers. En Californie, Etat libéral par excellence, un référendum va être lancé dans les prochains jours sur le sujet. Paris et le gouvernement français devraient s’en inspirer.

La Ville de Paris a annoncé le retour de l’encadrement des loyers par le biais de la loi Elan, actuellement en discussion au Sénat. Êtes-vous satisfait par cette annonce ?

Le problème, c’est que cet encadrement sera optionnel, avec 5 ans d’expérimentation à la clef. Qu’est ce qui justifie ce délai alors que cette mesure fonctionne ? Dans les faits, les loyers vont continuer à augmenter pendant 5 ans et le départ des populations plus modestes va se poursuivre. Le gouvernement doit généraliser l’encadrement des loyers le plus vite possible dans les zones tendues.
 

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