Coupe du monde 2018: «Tout ce que je vais retenir de la victoire des Bleus, c’est mon agression sexuelle sur les Champs-Élysées…»

TÉMOIGNAGES De nombreuses femmes assurent avoir été victimes d’agressions sexuelles alors qu’elles célébraient la victoire de la France dans les rues dimanche soir…

Vincent Vantighem

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Paris, le 15 juillet 2018. De nombreuses femmes ont dénoncé des faits d'agressions sexuelles subis lors des rassemblements en l'honneur de l'Equipe de France de football.
Paris, le 15 juillet 2018. De nombreuses femmes ont dénoncé des faits d'agressions sexuelles subis lors des rassemblements en l'honneur de l'Equipe de France de football. — Francois Mori/AP/SIPA
  • La France a gagné la Coupe du monde de football dimanche.
  • Les Français sont descendus dans les rues pour célébrer cette victoire.
  • Certaines femmes affirment avoir été agressées sexuellement à cette occasion.

Entre un message de Pelé à la gloire de Kylian Mbappé et un autre montrant Emmanuel Macron « dabant » dans le vestiaire français, Marie* a un peu assombri l’ambiance bleu-blanc-rouge sur Twitter. « On est champions du monde mais allez bien en enfer les abrutis ! », a-t-elle posté dimanche soir, quelques heures à peine après la victoire des Bleus face à la Croatie.

Comme de nombreuses jeunes femmes, cette Parisienne de 24 ans s’est servi du réseau social pour dénoncer les agressions sexuelles qu’elle dit avoir subies après le coup de sifflet final. Pour elle, c’était devant un bar de Pigalle (Paris, 18e arrondissement). « J’ai regardé tous les matchs de la compétition dans ce pub sans problème, raconte-t-elle à 20 Minutes. Mais dimanche, pour la finale, il y a eu trop de monde et surtout trop d’alcool. Certains n’ont pas compris que célébrer la victoire ne leur offrait pas le droit d’agresser des jeunes femmes… » En l’occurrence, les deux « abrutis » coupables notamment de lui avoir caressé les fesses. Mais surtout celui qui s’est déshabillé devant elle aux toilettes avant de l’inviter à le rejoindre.

« J’ai vu son visage. Je m’en souviendrai toute ma vie. »

A Marseille, Lyon ou Paris. Dans les rues, les bars ou les fan-zones. Les messages évoquant des faits similaires se sont tellement multipliés qu’une internaute, Kateya, a fini par en dresser la liste sur son compte Twitter. « Je vous laisse observer la soirée horrible que la délicatesse masculine a fait passer à beaucoup trop de femmes… », a-t-elle sobrement commenté.

Parmi elles, Rose*. « On était sur les Champs-Élysées, décrit-elle à 20 Minutes. Il y a eu un mouvement de foule, des gaz lacrymogènes. J’ai quasiment perdu connaissance. Alors qu’une de mes amies me portait pour me mettre à l’abri, un mec a commencé par me toucher les fesses puis le sexe à travers mon short. Je me suis retournée. J’ai vu son visage. Je m’en souviendrai toute ma vie. Tout ce que je vais retenir de la victoire, c’est mon agression sexuelle sur les Champs-Élysées... »

La liesse sur les Champs-Elysées
La liesse sur les Champs-Elysées - Lucas BARIOULET / AFP

Pour autant, cette étudiante de 20 ans ne compte pas déposer plainte. Pas plus que Maëlys*, une lycéenne de 18 ans qui a été « attrapée par le cou » par deux hommes voulant l’embrasser de force en sortant de la fan-zone située Place Bellecour à Lyon (Rhône). « On était au moins 200.000 dans Lyon. A quoi cela servirait-il que je dépose plainte contre X ? Je sais déjà que la police ne fera aucune recherche à ce propos. »

« Elles n’ont qu’à éviter les bains de foule » pour « éviter les dérives »

Contacté par 20 Minutes ce mardi, le parquet de Paris indique, en effet, n’avoir pas remarqué une hausse du nombre de plaintes pour agressions sexuelles ou viols suite à la soirée de dimanche. Selon une source judiciaire, deux hommes dont un mineur auraient été interpellés pour des faits d'agressions sexuelles entre dimanche soir et lundi après-midi. « Il y aura peut-être davantage de plaintes dans les prochains jours, analyse Lucie Sabau, qui travaille à la plate-forme d’écoute téléphonique du Collectif féministe contre le viol**. Nous n’avons pas, non plus, reçu plus d’appels que d’habitude. Mais tous les messages sur Twitter illustrent bien les difficultés que rencontrent les femmes aujourd’hui à se faire entendre… »

Elles en avaient peut-être tout autant il y a vingt ans lorsque l’équipe de France a accroché une première étoile à son maillot et que Twitter n’existait pas encore. Sauf que, depuis, l’affaire Weinstein et  #BalanceTonPorc sont venues éveiller les consciences. Malgré tout certains considèrent encore, sur Twitter, que les femmes n’ont qu’à « éviter les bains de foule » si elles ne supportent pas « les dérives qui vont avec »…

« C’est le plus dur à supporter, reprend Marie. Quand j’ai raconté ma soirée de dimanche, certains m’ont répondu que ce n’était qu’une main aux fesses. Mais non ! Ce sont mes fesses ! Personne ne peut les toucher sans avoir l’autorisation ! » Rose, elle, a pris une décision d’une tristesse absolue au regard des émotions suscitées par les Bleus. « Je me sentais tellement sale en rentrant chez moi. J’ai pleuré longuement. Et je me suis dit que je ne sortirai plus jamais lors des prochaines Coupe du monde. »

* Les prénoms ont été changés.

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