Défilé du 14-Juillet: «On est plus souvent confronté à des gens qui nous sifflent qu’aux applaudissements»

FETE NATIONALE Renaud Hocq était le chef de la Bac du 11e arrondissement de Paris pendant la vague d’attentats de 2015. Après le 13-Novembre, il a ressenti le besoin de tourner une page, en passant le concours d’officiers…

Caroline Politi

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Renaud Hocq s'entraîne pour le défilé militaire.
Renaud Hocq s'entraîne pour le défilé militaire. — Sicop
  • Renaud Hocq, chef de la Bac du 11e arrondissement lors des attentats de Charlie Hebdo de l’Hypercacher et du Bataclan, défile ce samedi sur les Champs-Elysées.
  • Après 26 ans de carrière, presque exclusivement passée dans le 11e arrondissement, il s’apprête à rejoindre, en tant qu’officier, la CRS 36 près de Metz.
  • Il ne cache pas sa fierté d’avoir été sélectionné pour défiler ce 14-Juillet.

Ce soir du 13 novembre 2015, Renaud Hocq, alors chef de la Bac dans le 11e arrondissement de Paris, a tardé à partir du commissariat. Un pot d’arrivée était organisé dans son service, l’ambiance était bon enfant. Il venait tout juste de se décider à rentrer lorsqu’il a sursauté en entendant de bruits sourds émanant de la rue. « J’ai immédiatement pensé à des tirs de kalachnikov, c’était exactement le même son que lors de l’attentat de l’Hypercacher. Mais un collègue m’a rassuré, il m’a dit que c’était des pétards, rien de grave. » Le soulagement n’a duré que quelques secondes.

« Il y a une tuerie chez moi, viens. »

Le régisseur du Bataclan, un ami, l’a appelé sur son téléphone personnel. « Viens vite, il y a des gens avec des fusils, ils tirent sur tout le monde. » Ce n’était pas des fusils, mais difficile de faire la différence lorsqu’on n’a jamais vu d’armes de sa vie. Puis les coups de fil pleuvent. Les habitants du quartier signalent des fusillades un peu partout entre Charonne et République. Renaud Hocq reçoit un coup de téléphone du patron de la Bonne Bière, également un proche. « Il y a une tuerie chez moi, viens. » Au commissariat du 11e, la fête est finie. Tout le monde s’équipe à la hâte. Renaud Hocq et quatre de ses « gars » partent en direction du Bataclan, d’autres équipes se dispersent vers les terrasses visées. Avec ses hommes, il organise un couloir sanitaire autour de la salle de concert, confine les passants dans des bars en attendant l’arrivée de la BRI. « Il fallait être très concentré et préparer l’arrivée des services spécialisés », se remémore-t-il.

Renaud Hocq, le confesse sans détour, malgré ses 26 ans de carrière, presque exclusivement passée dans le 11e arrondissement, rien ne pouvait le préparer à l’année 2015. Il était parmi les premiers dans les locaux de Charlie Hebdo, avant même l’arrivée des pompiers. Il était en patrouille à côté de l’Hypercacher lorsqu’Amedy Coulibaly a pris en otage clients et employés. Puis ce soir du 13-Novembre… « Il y a un avant et un après. Ce n’est pas de la délinquance, pas un braquage, ce sont des gens qui veulent mourir et tuer un maximum. »

« Ça a joué sur ma volonté de rebondir »

Un mois après les attentats du 13-Novembre, il s’est inscrit au concours d’officiers, le besoin de tourner la page. « Ça a joué sur ma volonté de rebondir même si je songeais déjà à faire évoluer ma carrière, confie-t-il. Je connaissais cet arrondissement comme ma poche. Le Bataclan, j’y allais souvent avec ma femme et des amis. J’y étais encore deux jours avant. » Dans quelques jours, il rejoindra, en tant qu’officier, la CRS 36 de Châtel Saint-Germain, près de Metz. Mais avant de prendre ses fonctions, le jeune promu savoure. Ce samedi, il défilera sur les Champs-Elysées avec une partie de la nouvelle promotion.

Y voit-il une forme de reconnaissance après cette année 2015 si éprouvante ? Surtout pas. « Certains policiers ont mal vécu le fait de ne pas être récompensés mais personnellement, ça me passe complètement au-dessus. Après ce que j’ai vu dans les bars, au Bataclan ou à Charlie, je savoure juste ma chance. » En revanche, il ne cache pas sa fierté d’avoir été sélectionné pour battre le pavé ce 14-Juillet. « Dans notre métier, on n’est plus souvent confronté à des gens qui nous sifflent ou ne nous aiment pas parce qu’on représente l’autorité, les institutions ou même la France, qu’à des gens qui viennent nous applaudir et reconnaissent notre travail. »