Océan Atlantique: «Aucune noyade mortelle recensée en zone surveillée»

SECURITE Un scientifique spécialisé dans la dynamique du littoral a analysé plus de 2.500 accidents qui se sont produits en trois ans sur les plages de Gironde et des Landes...

Mickaël Bosredon

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Plage sur le littoral de Nouvelle-Aquitaine, à Soulac (Gironde).
Plage sur le littoral de Nouvelle-Aquitaine, à Soulac (Gironde). — M.Bosredon/20Minutes
  • Shore break et baïnes constituent les plus grands dangers pour les baigneurs sur le littoral en Nouvelle-Aquitaine.
  • Le scientifique insiste sur la nécessité de se baigner dans la zone surveillée, où l'on n'a recensé aucune noyade mortelle.
  • Pour anticiper, il suggère la création d'indicateurs de risques du danger sur les plages.

C’est un travail colossal qu’a réalisé Bruno Castelle, chercheur au laboratoire Epoc (Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux), une unité mixte de recherche de l’université de Bordeaux et du CNRS. Spécialisé dans la dynamique du littoral (vagues, érosion, submersion), il est allé, sur son temps libre, se plonger dans les archives du centre national des CRS et du centre hospitalier du Pays Basque, où sont collectés tous les dossiers concernant les accidents qui se sont produits sur le littoral.

« Je n’ai pu retrouver que trois années complètes, 2007, 2009 et 2015, et après n’avoir retenu que les accidents qui se sont produits dans l’eau, j’ai pu analyser 2.523 fiches accidents, concernant la côte girondine et celle des Landes », raconte le scientifique.

Un indicateur pour permettre au CHU de se mobiliser en amont

Son objectif ? Avec un collègue du CHU de Bordeaux, Eric Tellier, il veut « relier cette accidentologie aux conditions de vagues, de marée, de vent, pour, à terme, mettre en place des indicateurs de dangerosité ». Des indicateurs de risque qui auraient « la même valeur que ceux concernant les avalanches ». Ils permettraient de prévenir en amont de la dangerosité des plages du littoral Atlantique, « notamment concernant les baïnes », et pour le CHU de « mobiliser le personnel à l’avance ainsi que la disponibilité de l'hélicoptère de la sécurité civile Dragon 33 ». Le Samu 33 a d’ailleurs commencé à mener une expérience de ce type l’an passé sur la plage du Porge (Gironde), avec un bulletin d'alerte baïnes.

L’analyse des 2.523 fiches accidents, a confirmé qu’il existe deux principaux dangers sur les plages de l’Atlantique au sud de l’estuaire de la Gironde : les baïnes et les shore break.

Faire attention aux grosses vagues, même en zone surveillée

« J’ai constaté que 45 % des accidents sont liés aux shore break, c’est énorme », note Bruno Castelle. Le shore break, c'est cette fameuse vague puissante qui se forme à marée haute, et qui vient se briser sur le rivage, généralement sur la partie la plus haute de la plage, donc dans très peu d’eau. On la retrouve le plus souvent au sud de la côte Atlantique (Landes et Pyrénées-Atlantiques).

Conséquence : quand un nageur est pris dedans, il peut heurter violemment le sable, parfois la tête la première. « On constate aussi des chocs entre les nageurs, car les accidents ont lieu souvent dans des zones où il y a beaucoup de monde », précise Bruno Castelle. Les surfeurs ne sont pas épargnés et font partie des victimes recensées. Le danger principal est de s’en sortir avec un traumatisme du râchis. Conclusion : « il faut faire attention aux grosses vagues, même en zone surveillée. »

L’année 2015 avait été particulièrement ponctuée d’accidents liés aux shore break. « Les plages étaient très pentues cet été-là, analyse le scientifique : à la suite d’un hiver 2013/2014 particulièrement tempétueux, le sable était revenu très vite au printemps 2015, ce qui avait favorisé les vagues de shore break par la suite. »

La baïne, véritable piège à baigneurs

Toutefois, on ne recense quasiment aucun accident mortel lié au shore break. « Le danger principal, c’est la baïne, car chaque année nous déplorons des morts par noyade de personnes emportées par ce courant d’arrachement. » Elle ne représente pourtant que 9 % des accidents. « Mais il y a beaucoup d’actions de sauvetage des maîtres-nageurs sauveteurs, qui viennent récupérer des gens emportés par les baïnes, et de fait ce n’est pas répertorié dans les fiches. »

Baïne signifie « petite bassine » : véritable piège à baigneurs, elle se présente sous la forme de bassine d’eau calme et donc attirante car apparemment non dangereuse. Mais un fort courant est cependant présent sous la surface, qui peut vous emporter au large lorsque la marée remonte. Il est très difficile de lutter contre la force de ce courant, même pour un bon nageur.

« Il existe différentes manières de la repérer : par le mouvement des masses d’eau, par la couleur un peu sableuse de l’eau, et par la surface de l’eau, qui est un peu ridée. Mais on ne répétera jamais assez qu’il faut se méfier d’un endroit où il n’y a pas du tout de vague, et surtout qu’il faut se baigner entre les drapeaux bleus : on n’a recensé aucune noyade mortelle dans la zone surveillée. »

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