VIDEO. Coupe du monde 2018: Les violences conjugales augmentent-elles les soirs de matchs?

SOCIETE Une récente campagne anglaise assure que les violences domestiques progressent sensiblement pendant cet événement sportif...

Delphine Bancaud

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Illustration d'une femme victime de violences conjugales.
Illustration d'une femme victime de violences conjugales. — Rafael Ben-Ari/Cham/NEWSCOM/SIPA
  • Selon une campagne de sensibilisation anglaise qui relaie les chiffres d’une enquête réalisée par l'université de Lancaster, pendant la Coupe du monde, les violences conjugales augmentent de 38 % en cas de défaite de l’équipe d’Angleterre et de 26 % en cas de victoire.
  • En France aucune donnée connue permet de certifier que les plaintes pour violences faites aux femmes progressent lors de ces évènements.
  • Si le foot ne rend pas violent, l’alcool et le contexte dans lequel se déroulent les matchs, peuvent avoir des effets désinhibants chez des hommes qui le sont déjà.

« Si l’Angleterre est battue, elle le sera aussi. » Des mots durs accompagnés de photos chocs pour une campagne contre les violences conjugales en Angleterre orchestrée par le Centre national contre les violences domestiques (NCDV) à l’occasion de la Coupe du monde. Une campagne qui s’appuie sur les données d’une étude britannique réalisée par l’université de Lancaster en 2014 et portant sur les Coupes du monde de 2002, 2006 et 2010.

Selon cette dernière, les violences conjugales augmenteraient de 38 % lorsque l’équipe nationale anglaise perd un match de foot. Et une hausse de 26 % serait aussi constatée en cas de victoire. Pour parvenir à ces statistiques, des chercheurs ont observé le nombre de plaintes enregistrées par la police du comté de Lancashire les jours de matchs de l’Angleterre lors de ces trois Coupes du monde. Reste à savoir si ces sombres données correspondraient aussi à une réalité en France.

Interrogées par 20 Minutes la Police nationale et  la Fédération nationale solidarité femmes (qui regroupe plusieurs associassions luttant contre les violences faites aux femmes), indiquent qu’elles ne possèdent pas de données spécifiques montrant une augmentation des plaintes pour violences conjugales les soirs de matchs.

Ce n’est pas le football qui déclenche l’agression

Mais pour Heloïse Duché, activiste au Groupe F, « on peut estimer que ces chiffres représentent un indicateur représentatif de ce qui se passe en Europe de l’Ouest. Car le climat régnant lors de la Coupe de monde est similaire en France et en Angleterre ». Pour la militante féministe, il existe des facteurs à risques lors des soirs de grands matchs : « même si de plus en plus de femmes s’intéressent au foot, cela reste un univers à dominante masculine où sont reproduits des comportements virilistes. De plus, la forte consommation d’alcool peut entraîner des comportements violents chez certains hommes. Et la défaite d’une équipe peut générer de la colère chez des hommes qui ont une propension à la violence. »

Pour le docteur Gilles Lazimi, spécialiste des violences faites aux femmes et membre du Haut conseil à l’égalité « le foot ne rend pas violent et les agressions de femmes n’attendent pas les soirs de matchs. Mais ces derniers peuvent constituer des circonstances pour qu’un homme déjà violent, commette des agressions. L’alcool va jouer un rôle désinhibant et sa frustration à l’égard de son équipe qui perd, lui sert de prétexte pour se défouler verbalement, sexuellement ou physiquement sur une femme ».

Les campagnes de sensibilisation, un outil efficace

Si les violences faites aux femmes sont généralement commises à l’abri des regards dans la sphère privée, elles peuvent aussi l’être dans la sphère publique les soirs de grands matchs : « sur Twitter mardi soir après la victoire de la France, des femmes ont témoigné des violences qu’elles ont subies dans la rue ou dans les transports publics. Des supporters les embrassant de force ou les touchant, comme si elles étaient à leur disposition pour fêter la victoire de cette manière avec eux », souligne Heloise Duché.

Pour lutter contre ce fléau, les campagnes de sensibilisation sont essentielles, estime Gilles Lazimi : « Le fait de diffuser un spot de ce type le soir d’un match peut non seulement freiner les agresseurs, mais agir aussi sur les témoins de ces agressions qui seront plus enclins à s’y opposer. »

Lors de l’Euro 2016, certains membres de l’équipe de France s’étaient d’ailleurs personnellement engagés dans une campagne intitulée : « Je ne supporte pas les bleus ».

Une campagne qui avait relayée ces chiffres effrayants : « pendant la durée de l’Euro 2016, dix femmes vont mourir sous les coups de leur compagnon ».