Marseille: De «vrais enjeux» derrière l'«affaire» des noms latins des poissons du Vieux-Port

IL EST PAS FRAIS MON POISSON? Des pêcheurs du Vieux-Port affirment avoir été amendés pour l’absence du nom scientifique des poissons... 

Adrien Max

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Les noms latins sont désormais affichés sur les étales du Vieux-Port.
Les noms latins sont désormais affichés sur les étales du Vieux-Port. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Un contrôle de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) a beaucoup fait parler sur le Vieux-Port.
  • Selon les pêcheurs, la DDTM leur a infligé des amendes pour absence du nom scientifique, en latin, des poissons.
  • Mais selon la DDTM aucune amende ne sera dressée pour cette raison, mais des problèmes d’hygiène et de traçabilité ont été relevés par les contrôleurs.

Une blague, une hérésie, une connerie. Autant de qualificatifs pour décrire ce qu’ont vécu les poissonniers du Vieux-Port, à  Marseille. Des agents de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) les ont verbalisés mi-juin pour ne pas avoir inscrit les noms scientifiques (en latin) des poissons, comme les oblige une loi européenne, depuis décembre 2013. Plusieurs vendeurs de poissons se sont vus infliger des amendes allant de 400 à 1.500 euros.

En ce mardi matin, toutes les étales affichent désormais les noms scientifiques des espèces vendues. Ou presque. « J’ai imprimé une fiche sur papier plastifié que j’ai dans ma caisse, avec tous les noms latins. Un agent m’a dit que ça devrait suffire », explique Jean, très surpris par le contrôle.

« Si on ne sait pas, on demande »

Anna, dit « Nana », vend du poisson depuis soixante-dix ans sur le Vieux-Port : « Un merlu ou une rascasse reste un merlu ou une rascasse, les gens ne regardent pas les noms en latin. S’ils ont besoin d’explications, ils demandent. Je ne sais pas si c’est parce que je suis âgée, mais je ne comprends pas cette loi », témoigne « Nana ».

« Nana » ne comprend pas cette obligation d'afficher les noms des poissons en latin.
« Nana » ne comprend pas cette obligation d'afficher les noms des poissons en latin. - Adrien Max / 20 Minutes

Xavier, Marion et leurs enfants, originaires de Paris, se promènent sur le Vieux-Port en profitant de leurs vacances. « On se fie aux noms français qu’on connaît un peu mais pas du tout au nom latin. Si on ne sait pas, on demande. Et quand on voit un petit poisson rouge on sait que c’est une rascasse, pas besoin du nom latin », considère Xavier.

Un contrôle pour « faire chier »

Pour Jacky, qui ne sait pas comment on traduit son prénom en latin, les touristes n’achètent de toute façon pas de poisson. « Ils ne sont pas chez eux, et ceux qui sont de passage n’apportent pas leur glacière pour acheter du poisson. Que ce soit les touristes ou les locaux, personne ne regarde les noms latins », avance-t-elle.

Pour beaucoup, ce contrôle a eu lieu pour « faire chier ». « Ils ont tout contrôlé et n’ont rien relevé à part les noms latins. La provenance était inscrite, les papiers étaient en règles, il a bien fallu qu’ils trouvent quelque chose », trouve comme explication ce pêcheur qui souhaite garder l’anonymat.

Les noms latins occupent une place importante sur les affichettes des pêcheurs du Vieux-Port.
Les noms latins occupent une place importante sur les affichettes des pêcheurs du Vieux-Port. - Adrien Max / 20 Minutes

Problèmes d’hygiène et de traçabilité

La préfecture, considère, elle, que « cette histoire de noms latins est l'arbre qui cache la forêt, alors qu’il y a de vrais enjeux derrière ». Jean-Philippe D’issernio, directeur de la DDTM des Bouches-du-Rhône l’assure, « aucune amende ne sera établie pour l’absence d’affichage des noms scientifiques ».

Par contre, d’autres infractions ont bien été relevées contrairement à ce qu’affirme le pêcheur sous couvert d’anonymat. « Nous avons constaté qu’il n’y avait pas du tout de nom ou de prix affiché pour certaines espèces. Des problèmes d’hygiène ont également été constatés, notamment lorsque le poisson est vidé il doit être rincé à l’eau potable. Enfin, l’autre point relevé est l’absence de traçabilité sur la provenance des poissons », relate le directeur de la DDTM 13.

Des discussions

L’arrêté municipal autorise uniquement la vente directe sur le Vieux-Port, or certains vendeurs ne seraient que des intermédiaires. « Deux d’entre eux ont pu nous communiquer le nom du pêcheur qui les avait fournis, un autre n’a pas du tout pu justifier la provenance des poissons et nous avons saisi son stock », précise Jean-Philippe D’issernio.

Une réunion s’est tenue mardi soir en préfecture entre la DDTM, des pêcheurs et la ville. « Nous souhaitions avoir une discussion constructive entre les différentes parties. Nous avons rappelé aux pecheurs qu’il n’était pas question de faire de ce marché une poissonnerie, et que nous étions attachés à la tradition. Pour autant, nous souhaitons voir uniquement des poissons pêchés dans la nuit sur les étales, avec la possibilité d’avoir recours à un vendeur », détaille Maxime Ahrweiller, sous préfète.

D’une manière générale, toutes les parties souhaitent faire évoluer les conditions d’hygiènes. Un rendez-vous est fixé dès ce vendredi pour travailler sur cette problématique.

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