Marseille: «Ça ne pourra aller que de pire en pire»... A la cité de la Busserine, une crèche ferme à cause de l'insécurité

SOCIETE La Crèche de l’œuf, au cœur de la cité de la Busserine à Marseille, va fermer à la fin du mois de juillet…

Adrien Max

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La police assure la protection du rassemblement du personnel et des parents de la crèche de la Busserine.
La police assure la protection du rassemblement du personnel et des parents de la crèche de la Busserine. — Adrien Max / 20 Minutes
  • La direction de la Crèche de l’œuf, dans la cité de la Busserine à Marseille, a décidé de fermer l’établissement à cause de l’insécurité.
  • Le personnel, qui souhaitait un déménagement et non pas une fermeture, l’a appris par le biais des parents.
  • Beaucoup de familles se retrouvent démunies face à l’urgence de la situation.

« Ara », cri un adolescent devant la Crèche de l'oeuf, en plein cœur de la cité de la Busserine, dans les quartiers Nord de Marseille. Par ce cri, il avertit le point de revente du réseau de l’arrivée de la police. Aussi étrange que cela puisse paraitre, ils sont venus « assurer la sécurité » d’un rassemblement de parents et du personnel de la Crèche de l’œuf.

Personnel et parents, qui ne semblent pas si inquiets que cela, ont décidé de se rassembler devant cette crèche en ce lundi en fin d’après-midi pour protester contre sa fermeture. « On a appris le 13 juin que la crèche allait déménager dans un autre endroit, mais quinze jours plus tard on a appris par les parents ou les réseaux sociaux qu’en réalité, la crèche fermait définitivement », raconte Zoulira, auxiliaire puéricultrice depuis dix ans dans la Crèche de l’œuf.

« Poursuite d’activité dans un autre endroit »

« Nous souhaitions le déménagement à cause de l’insécurité ambiante, surtout depuis la fusillade du 21 mai dernier. On vient au travail avec angoisse mais nous ne voulions pas de fermeture, nous voulions une poursuite d’activité dans un autre endroit », insiste-t-elle. Pourtant la direction de la crèche, rattachée aux Apprentis d’Auteuil, en a décidé autrement et a choisi la fermeture pure et simple, pour raison de sécurité.

Résultats, la quinzaine d’employés va se retrouver au chômage technique à la fin du mois. Près d’une quarantaine de familles, qui avaient inscrit leurs enfants à la crèche, se retrouvent également démunies face à la situation et ce, moins de deux mois avant la rentrée scolaire.

« Il ne faut pas s’arrêter de vivre »

Sarah, la fille de Menana et de Farid, seulement âgée de 9 mois devait rentrer à la crèche début septembre. « Nous avions tout planifié, ma femme doit reprendre le travail dans son école en septembre donc on s’était organisé et on apprend d’un coup qu’en fait tout tombe à l’eau », se désole Farid. « Vous savez quand j’ai appris que ma fille était acceptée j’en ai pleuré, je viens de démarcher d’autres crèches mais pour l’instant je n’ai pas de réponse », témoigne Manana, preuve de l’importance de cette crèche dans la vie des parents.

Beaucoup comprennent les problèmes liés à la sécurité, mais refusent de voir cette crèche fermer. « Jusqu’ou ça va aller ? Si après chaque fusillade on ferme quelque chose, il n’y aura plus rien. Bien sûr que j’ai peur de prendre une balle perdue mais il ne faut pas s’arrêter de vivre. Sinon ça ne pourra aller que de pire en pire. Qu’est ce que ce sera ensuite ? L’école primaire ? Le club de foot a déjà interrompu ses entraînements », s’inquiète Fadella.

« Fermer cette crèche c’est créer davantage d’insécurité »

Julien, 39 ans, et sa femme travaillent tous les deux. Leur fils vient dans cette crèche depuis deux ans. « Nos familles respectives vivent loin, sans cette crèche nous ne pourrions pas nous en sortir déjà que c’est compliqué avec les grèves des cantines et autres. D’autant plus que le personnel fait un travail exceptionnel, les enfants sortent toujours avec le sourire », témoignent-il.

Surtout, il en a marre de cette perpétuelle récupération de l’insécurité : « Franchement on a plus de chance de mourir dans un accident de voiture en emmenant nos gamins à l’école qu’à cause du trafic. Fermer cette crèche, c’est créer davantage d’insécurité. Les parents ne vont pas pouvoir aller travailler, ce qui va créer plus de précarité. Ou alors les enfants devront se débrouiller tout seul. Le schéma, on le connaît par cœur mais plutôt que d’agir, tout le monde récupère cette question de l’insécurité. »

Zoulira, elle, est remplie de tristesse : « Ça fait trente-cinq ans que cette crèche existe et on est obligé d’abandonner toutes ces familles qui sont déjà en difficulté. Je pense beaucoup à elles. »

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