Rattrapage du bac: «Non, ce n’est pas impossible de trouver sa voie et de réussir sans mention»

VOUS TEMOIGNEZ Des lecteurs de «20 Minutes» qui ont décroché leur bac au rattrapage, racontent comment ils ont cartonné ensuite dans leurs études... 

Delphine Bancaud

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La découverte des résultats du bac à Lyon, le 6 juillet 2018.
La découverte des résultats du bac à Lyon, le 6 juillet 2018. — KONRAD K./SIPA
  • Beaucoup d’élèves qui ont eu le bac au rattrapage se révèlent ensuite lorsqu’ils sont étudiants.
  • Parce qu’ils sont beaucoup plus motivés par ce qu’ils font et sont débarassés des matières qu’ils n’aimaient pas.
  • Alors que les oraux de rattrapage sont prévus lundi et mardi «20 Minutes» a interrogé ses lecteurs qui ont vécu l’expérience et s’en sont très bien sortis.

Au lycée, ils n’ont pas été des sprinters et d’ailleurs ils ont décroché le bac au rattrapage. Mais cela n’a en rien été le présage d’études supérieures médiocres. Alors que les candidats au bac passent ce lundi et ce mardi les épreuves orales du rattrapage, 20 Minutes a donné la parole à ceux qui ont eu leur bac au repêchage, mais qui ont cartonné ensuite dans leurs études supérieures. Comme le ministre en charge des Relations avec le Parlement, Christophe Castaner !

C’est le cas de Marion, qui a eu son bac ES au rattrapage. Une épreuve pour elle : « J’y suis allée dépitée, persuadée de l’échec à venir. J’avais 36 points à rattraper… et j’en ai rattrapé 37. C’était très juste mais c’est passé ! Vous imaginez bien la joie quand j’ai su que c’était bon pour moi, la libération ! », se souvient-elle. La bachelière s’est ensuite inscrite en cursus d’histoire et là tout s’est mieux passé : « J’ai eu mon premier semestre, à l’aise. Puis le second, et les quatre d’après, toujours plus ou moins aisément. Et j’ai continué, master recherche validé grâce à un mémoire, puis master 2 pro, validé avec la meilleure moyenne de ma vie : 17 », raconte-t-elle. Rétrospectivement, elle comprend pourquoi il y a eu un tel avant et un tel après : « Pour moi, le bac était trop généraliste, avec trop de matières que je n’aimais pas. La fac a été d’une grande liberté, mais j’avais aussi une vraie motivation pour me dépasser : mes parents se saignaient tous les mois pour me payer des études, un appartement, des livres et toutes les autres charges de la vie d’étudiante. Je n’avais droit à aucune bourse et je me suis battue pour que tout ça ne soit pas dépensé en vain ».

« Ce n’est pas impossible de trouver sa voie et de réussir sans mention »

Même analyse pour Fanta, qui a eu droit au repêchage : « Par la suite, j’ai obtenu ma licence en information communication à Montpellier, avec une très bonne moyenne, et un master en communication des organisations à Bordeaux, avec une mention. Pour moi qui aime beaucoup apprendre, l’année de terminale a été assez intense, mais arrivée à la fac, où j’ai pu choisir d’étudier ce que j’aime, sans contraintes, j’étais plus qu’épanouie. Aujourd’hui, j’évoque cette période avec beaucoup d’humour et surtout de fierté, parce que je l’ai quand même eu ce sacré diplôme. », raconte-t-elle.

Pour Alexandre, l’histoire aurait pu s’arrêter là aussi : «un élève moyen qui décroche moyennement son bac pour faire ensuite des études moyennes ». Mais ça n’a pas été le cas. C’est en s’inscrivant en psychologie à l’université qu’il s’épanouit scolairement : « Ce qui m’a attiré, ce sont les enseignements en biologie, statistiques et psychologie cognitive… Aujourd’hui, je suis titulaire d’un doctorat de psychologie cognitive et je suis actuellement ingénieur d’études sur un projet hospitalo-universitaire où je m’occupe de l’analyses de données de neuroimagerie », raconte-t-il fièrement. « Alors oui, le bac a été important pour rentrer à la fac. Mais non, ce n’est pas impossible de trouver sa voie et de réussir sans mention », résume-t-il.

Certains de nos lecteurs ont même eu du mal à s’arrêter de faire des études après le bac, comme Hélène : « J’ai finalement effectué neuf années de hautes études après le bac me conduisant à un mastère en télécommunications suivi d’un doctorat avec mention très bien effectuée pour la DGA au sein de Télécom ParisTech et Dassault Électronique. Je ne suis pas sûre de m’être "révélée" lors de mes études supérieures mais plutôt "relevée". D’années en années, les études deviennent moins généralistes et les matières moins appréciées se retrouvent écartées », confie-t-elle.

Vianney, qui a obtenu son bac S au rattrapage en 2006, ne dit pas autre chose. Il a ensuite décroché un DUT GEII (Génie Electrique et Informatique Industrielle) et a intégré une école d’ingénieur (ICAM), avant de poursuivre en doctorat !

« Je suis sortie major de promotion »

Olivier aussi a eu une révélation, en s’inscrivant en biologie, après avoir décroché son bac S au deuxième round : « J’ai tout de suite été dans les meilleurs de la promotion puisque les enseignants-chercheurs valorisent essentiellement la compréhension, la logique, la capacité à se poser les bonnes questions et l’approche pour répondre a ces questions. J’ai obtenu une bourse de thèse sur concours puis j’ai obtenu mon doctorat en biologie moléculaire et biochimie. J’ai ensuite passé des interviews pour travailler en tant que chercheur dans des équipes qui m’intéressaient à l’étranger et j’ai passé trois ans aux Etats-Unis avant de trouver un second poste au King’s College à Londres où je développe maintenant des thérapies cellulaires de pointe contre différents types de cancers ».

En se penchant sur son passé scolaire, Olivier le comprend mieux : « je suis passé très près de l’abandon au lycée, non pas parce que je n’avais pas d’intérêt pour les études mais parce que je n’avais aucune méthodologie et que le savoir et l’apprentissage par cœur me semblent plus valorisés dans l’enseignement secondaire que la capacité d’analyse, de compréhension globale et celle à résoudre des problèmes. A l’inverse, je connais de nombreux exemples de camarades qui excellaient au lycée mais qui n’ont jamais pu s’adapter à l’université par manque de compréhension globale et d’esprit critique… »

Laureline est aussi passée près de l’échec au bac STT : « Je suis rentrée à l’école d’infirmière en 2005 et sortie major de promotion en 2008 d’une école privée très sélective avec des résultats pratiques oraux et écrits qui ont battu des records ! J’étais tout simplement passionnée par ce que je faisais ! Il me fallait quelque chose de concret ! ». Arnaud se souvient aussi ému, de ce bac obtenu à la force du poignet : « Je n’ai retenu qu’une seule chose de l’épreuve de rattrapage. Ce fut la première fois que je fus confronté à moi-même, et cela a nécessité de puiser une grande énergie en moi. J’ai suivi ensuite des études de commerce, qui furent à ma plus grande surprise à ma portée, et je suis maintenant polyglotte, chef d’entreprise en Asie, dans un secteur très porteur où je m’épanouis », confie-t-il.

« Il ne faut jamais abandonner et croire en soi-même »

Le parcours de Mariavah a été plus chaotique : après avoir redoublé à deux reprises en troisième et en seconde, elle a eu son bac ES au rattrapage, avant de cumuler les petits boulots pendant un an. Puis elle a finalement repris ses études : « Je suis aujourd’hui titulaire d’un BTS assistante de gestion et d’une licence en gestion des ressources Humaines. Donc j’ai un BAC +3. Plutôt pas mal après mes déboires scolaires ! Je n’étais pas bête, mais je n’aimais pas l’école et le système scolaire tout simplement. J’ai monté une société avec mon compagnon et nous avons la chance aujourd’hui de faire un chiffre d’affaires à six chiffres ! A 30 ans, j’estime avoir réussi professionnellement malgré les difficultés rencontrées lors de ma scolarité », conclut-elle.

Léana semble, comme Mariavah, savourer encore plus sa réussite en ayant décroché son bac au rattrapage : « Je suis partie ensuite au Québec étudier dans ce que j’aime, la biologie et la chimie verte en protection de l’environnement. Et maintenant après avoir passé un an au Québec, je valide tous mes cours et donc ma première année haut la main ! C’est pour moi une belle revanche. Il ne faut jamais abandonner et croire en soi... Même si votre plus proche entourage reste dubitatif, croyez en vous ! »

Des conseils, que donne aussi aux plus jeunes, Romain, titulaire d’une licence pro administration et sécurité des réseaux d’entreprises : « Si j’avais une morale a donner aux jeunes qui sont dans la même situation que moi : ne lâchez rien, dites-vous qu’il faut viser ce qui vous passionne, donnez-vous les moyens d’y arriver ! Ce n’est pas parce que vous avez des difficultés au collège ou au lycée que vous en aurez dans l’enseignement supérieur ! ».